‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 21 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

seul dans une assemblée ; s elève-t-il sur la pointe du pied pour être mieux vu ; qui est-ce qui n'a pas une disposition secrète à rabaisser l'air superbe et vain d'un jeune fat? Tout s'unit bientôt comme de concert; les regards inquiétants d'un homme grave, les mots railleurs d'un caustique, ne tardent pas d'arriver jusqu'à lui ; et , ne fÙt-il dédaigné que d'un seul homme, le mépris de cet homme empoisonne à l'instant les applaudissements des autres.

Donnons-lui tout,- prodiguons-lui les agréments, le mérite; qu'il soit' bien fait, plein d'esprit , aimable : il sera recherehé des femmes ; mais en le recherchant avant qu'il les aime , elles le rendront plutôt fou qu'amoureux : il aura de bonnes fortunes ; mais il n'aura ni transports ni passion pour les goûter. Ses désirs toujours prévends, n'ayant jamais le temps de naître , au sein des plaisirs il ne sent que l'ennui (le la gêne : le sexe fait pour le, bonheur du sien le dégoûte et le rassasie même avant quille connaisse; s'il continue à le voir, ce n'est plus que par vanité; et quand il s'y attacheroit par un goût véritable, il ne sera pas seul jeune, seul brillant, seul aimable, et ne trouvera pas toujours dans ses maîtresses des prodiges de fidélité.

Je ne dis rien des tracasseries, des trahisons, des noirceurs , des repentirs de toute espèce insé-

parables d une pareille vie. L'expérience du monde en dégoûte, on le sait; je ne parle que des ennuis attachés à la première illusion.

Quel contraste pour celui qui , renfermé jusqu'ici dans le sein de sa famille et de ses amis , s'est vu l'unique objet de toutes leurs attentions , d'entrer tout>à*coup dans un ordre de choses où il est' compté pour si peu; de se trouver comme noyé, dans une spnère étrangère ,■ lui qui fit si longf tetfips le centre de la siçnneJ Que d'affronts , queM'humiliations tae faut-il pas qu'il essuie ^ avant de perdre, parmi lés inconnus, les préjugés de son, importance pris et nourris parmi les siens ! Enfant, tout lui cédoit, tout s'empressoit autour de lui .jeune homme, il faut qu'il cède à tout le mtuide> ou pour peii qu'il s'oublie et conserve ses anciens airs, que 4e dures leçons vont le faire rentrer en lui-même 1 L'habitude d'obtenir aisément les objets de ses désirs le porte à beaucoup 4esirer, et lui fait sentir dés privations continuelles. Tfcut ce qui le flatte le tente ; tout ce que d'autre oftt , il voudroit lavoir: il convoite tout, il porte envie à tout le monde , il voudroit dbminer par-tout ; la vanité le ronge, l'ardeur dès désirs effrénés enflamme son jeune cœur ; la jalousie et la haine f naissent avec eitx ; toutes les passions dévorantes y prennent à-la-fois leur essor; il en pprte l'agitation dans le tumulte du monde; il la rapporte

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