‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 23 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

une modération de jouissance qui laisse peu de prise au désir et au dégoût. L'inquiétude des de* sirs produit la curiosité, 1 inconstance; le vide des turbulents plaisirs produit l'ennui. On ne s ennuie jamais de son état quand on n en connoît point de plus agréable. De tous les hommes du monde , les sauvages sont les moins curieux et les moins ennuyés ; tout leur est indifférent : ils ne jouissent pas des choses, mais deux; ils passent leur vie à ne rien-foire!, et ne s ennuient jamais.

L'hpmibe du momje est tout entier dans son masque. N étant presque jamais en lui-même, il y est toujours étranger $ et mal à son»aise quand il est forié d'y rentrer. Ce qu il est n'est rien , ce qu'il paroi t e*t tttut pour lui.

Je ne puis m'empecher de me représenter, «ur le visage du jeune homme dent j'ai parlé ci-devant, je ne sais quoi d'impertinent^ de doucereux, d'affecté , qui déplaît, qui rebute les gens unis ; et sur celui du mien, une physionomie intéressante et simple, qui montre le contentement, la véritable sérénité de lame, qui inspire l'estime, la confiance, et qui semble n'attendre que lepanchement de l'amitié pour donner la sienne à ceux qui rapprochent. On croit que la physionomie n'est <f&'un simple développement de traits' déjà marqués par la nature. Pour moi , je penserois^qu'outre ce développement , les traits du visage d'un

KMILE. T. II.

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homme viennent insensiblement à se former et prendre de la physionomie par l'impression fréquente et habituelle de certaines affections de lame. Ces affections se marquent sur le visage, rien n'est plus certain ; et quaftd elles tournent en habitude, elles y doivent, laisser des impressions durables. Voilà comment je conçois que ku physionomie annonce le caractère , et qu'on' peut quelquefois juger de l'un par l'autre, sans aller chercher des explications mystérieuses qui supposent des coimoissances que nous n avons. pas.

Un enfant n'a qué*deux affections bien mar-r quées, la joie et la douleur: il rit ou il pleure; les intermédiaires ne sont rien pourvut ; sans cesse il passe de l'un de ces mouvements à l'autre. Cette alternative continuelle empêche qu'ils ne fassent sur son visage aucune impression" corislante, et qu'il ne prenne de la physionomie: mais dans l'âge o^, devenu plus sensible, il est plus vivement ou plus constamment affecté , les impressions plus profondes laissent des traces plus difficiles à détruire; et de l'état habituel de lame résulte un arrangement de traits que le temps rend ineffaçables. Cependant il n'est pas rare de voir des hommes changer de physionomie à différents âges. J'tfe ai vu plusieurs dans ce cas ; et j'ai toujours trouvé que ceux quçj'avfcis pu bien observer et suivre a voient aussi changé dç passions

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