‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 52 sur 160 · LIVRE IV. n · texte numérisé non relu

LIVRE IV. n

que l'air est par-tout , au moins dans notre atmosphère; et le mot esprit, dans son origine, ne signifie lui-même que souffle et vent Sitôt qu'on accoutume les gens à dire des mots sans les entendre , il est facile après cela de leur faire dire tout ce qu'on veut.

Le ' sentiment de notre action sur les autres corps a dû d'abord nous faire croire que, quand ils agissoient sur nous, c étoit d'une manière semblable à celle dont nous agissons sur eux. Ainsi l'homme a commencé par animer tous les êtres dont il sentoit l'action. Se sentant moins fort que la plupart de ces êtres , faute de connoître les bornes de leur puissance, il l'a supposée illimitée, et il en fit des dieux aussitôt qu'il en fit des corps. Durant les premiers âges, les hommes, effrayés de tout, n'ont rien vu de mort dans la nature. L'idée de la matière n'a pas été moins lente à se former en eux que celle de l'esprit , puisque cette première idée est une abstraction elle-même. Ils ont ainsi rempli l'univers de dieux sensibles. Les astres, les vents, les montagnes, les fleuves, les arbres, les villes % les maisons même, tout avoit son ame, son dieu, sa vie. Les marmousets de Laban, lés manitous des sauvages, les fétiches des Nègres, tous les ouvrages de la, nature et des

dans l'Écriture, prétendoient qu'il avoit réellement une' forme humaine.

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hommes ont été les premières divinités des mortels; le polythéisme a été leur première religion, et l'idolâtrie leur premier culte. Ils n'ont pu reconnoître un seul Dieu que quand , généralisant de plus en plus leurs idées, ils ont été en état de remonter à une première cause, de réunir le système total des êtres sous une seule idée, et de donner un sens au mot substance, lequel est au fond la plus grande des abstractions. Tout enfant qui croit en Dieu est donc nécessairement idolâtre, ou du moins anthropomorphite; et quand une fois l'imagination a vu Dieu, il est bien rare que l'entendement le conçoive. Voilà précisément l'erreur où mène l'ordre de Locke.

Parvenu, je ne sais comment, à l'idée abstraite de la substance, on voit que, pour admettre une substance unique, il lui faudroit supposer des qualités incompatibles qui s'excluent mutuellement, telles que la pensée et l'étendue, dont l'une est essentiellement divisible, et dont l'autre exclut toute divisibilité. On conçoit d'ailleurs <jue la pensée, ou si Ton veut le sentiment, est une qualité primitive et inséparable de la substance à laquelle elle appartient; qu'il en est de même de l'étendue par rapport à sa substance. D'où Ton conclut que les êtres qui perdent une de ces qualités perdent la substance à laquelle elle appartient, que par conséquent la mort n'est qu'une séparation de

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