LIVRE IV. i
praverai moins en suivant mes propres illusions, qu'en me livrant à leurs mensonges.
Alors, repassant dans mon esprit les diverses opinions qui m'avoient tour-à-tour entraîné depuis ma naissance, je vis que, bien qu'aucune d'elles ne fût assez évidente pour produire immédiatement la conviction, elles avoient divers degrés de vraisemblance , et que l'assentiment intérieur s'y prêtoit ou s'y refusoit à différentes mesures. Sur cette première observation, comparant entre elles toutes ces différentes idées dans le silence des préjugés, je trouvai que la première et la plu,s commune étoit aussi la plus simple et la plus raisonnable, et qu'il ne luimanquoit, pour réunir tous les suffrages, que d'avoir été proposée la dernière. Imaginez tous vos philosophes anciens et modernes ayant d'abord épuisé leurs bizarres systèmes de forces, de chances, de fatalité, de nécessité, d'atomes, de monde animé, de ipatière vivante , de matérialisme de toute espèce , et après eux tous , l'illustre Clarke l éclairant le monde , annonçant enfin l'Être des êtres et le dispensateur des choses : avec quelle universelle admiration, avec quel applaudissement unanime n'eût point été reçu ce nouveau système, si grand, si consox lant, si sublime, si propre à élever l'ame , à donner * une base à la vertu , et en même temps si frappant,
, * Célèbre théologien aiiglois, mort en 1729,
si lumineux, si simple, et, ce me semble, offrant moins de choses incompréhensibles à l'esprit humain qu'il n'en trouve d absurdes en tout autre système! Je me disois : Les objections insolubles sont communes à tous , parceque l'esprit de l'homme est trop borné pour les résoudre; ellfes ne prouvent donc contre aucun par préférence : mais quelle différence entre les preuves directes? celui-là seul qui explique tout ne doit-il pas être préféré quand il n'a pas plus de difficulté que les autres? x
Portant donc en moi l'amour de la vérité pour toute philosophie, et pour toute méthode une règle facile et simple qui me dispense de la vaine subtilité des arguments, je reprends sur cette règle l'examen des connoissances qui m'intéressent , résolu d'admettre pour évidentes toutes celles auxquelles^ dans la sincérité de mon cœur, je ne pourrai refuser mon consentement, pour vraies toutes celles qui me paraîtront avoir une liaisou nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes les autres dans l'incertitude, sans les rejeter ni les admettre, et sans me tourmentera les éclaircir quand elles ne mènent à rien d utile pour la pratique.
Mais qui suis-je? quel droit ai-je de juger les choses? et qu'est-ce qui détermine mes jugements? S'ils sont entraînés, forcés par les impressions que