‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 7 sur 160 · LIVRE IV, i · texte numérisé non relu

LIVRE IV, i

mystère qu on affecte de tendre devant leurs yeux , sont autant d aiguillons à leur curiosité. A la manière dont on s'y prend , 11 est clair que ce qu'on feint de leur cacher nest que pour le leur apprendre; et c'est de toutes les instructions qu'on leur donne celle qui leur- profite le mieux.

Consultez, l'expérience , vous comprendrez à quel point cette méthode insensée accélère lou~ * vrage de la nature et ruine le tempérament. C'est ici l'une des principales causes qui font dégénérer les races dans les villes* Les jeunes gens , épuisés de bonne heure , restent petits , fbibles , mal faits', vieillissent au lieu de agrandir, comme la vigne à qui l'on fait porter du fruit au printemps languit et meurt avant l'antomne.

Il faut avoir vécu chez des peuples grossiers et simples pour connoitre jusqu'à quel âge une heureuse ignorance y peut prolonger l'innocence des enfants. Cest un spectacle à-la-fois touchant et risiMe d'y voir les deux sexes , livrés à la sécurité de leurs cœurs, prolonger dans la fleur de l'âge et delà beauté les jeux naïfs de l'enfance, et montrer par leur familiarité même la pureté de leurs plaisirs. Quand enfin cettcaimable jeunesse vient à se marier, fes deux éponit , se donnant mutuellement les prémices de leur personne, en sont plus chers l'un à l'autre ; des multitudes d'enfants , sains et robustes, deviennent le gage d'une union

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que rien ri altère, et le fruit de la sagesse de leurs

premiers ans.

Si l'âge où l'homme acquiert la conscience de son sexe diffère autant par l'effet de l'éducation que par l'action de la nature , il suit de là qu'on peut accélérer et retarder cet âge selon la Ynanière dont on élèvera les enfants ; et si le corps gagne ou perd de la consistance à mesure qu'on retarde ou qu'on accélère ce progrès, il suit aussi que, plus on s'applique a le retarder , plus un jeune homme acquiert de vigueur et de force. Je ne jiarle encore que des effets purement physiques : ou verra bientôt qu'ils ne se bornent pas là.

De ces réflexions je tire la solution de cette question si souvent agitée, s'il convient d'éclairer les enfants dé bonne heure sur les objets de leur curiosité; ou s'il vaut mieux leur donner le change par de modestes erreurs. Je pense qu'il ne faut faire ni l'un ni l'autre. Premièrement, cette curiosité ne leut- vient point sans qu'on y ait donné lieu. Il faut- donc faire en sorte qu'ils ne l'aient pas. En second lieu , des questions qu'on n'est pas forcé de résoudre n'exigent point qu'on trompe celui qui les fait: il vaut mieux lui imposer silence que de lui répondre en mentant. Il sera peu surpris de cette loi , si Ton a pris soin de l'y asservir dans les choses indifférentes. Enfin, si l'on prend le parti de répondre , que ce soit avec la plus grande sim-

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