LIVRE IV. i
vcHiloir faire un livre des merveilles de la nature, qui montrent la sagesse de son auteur? Son livre seroit aussi gros que le monde, qu'il n'auroit pas épuisé son sujet; et sitôt qu'on veut entrer dans les détails, la plus grande merveille échappe, qui est l'harmonie et l'accord du tout. La seule génération des corps vivants et organisés est l'abîme de l'esprit humain ; la barrière insurmontable que la nature a mise entre les diverses espèces , afin qu'elles ne se confondissent pas, montre ses intentions avec- la dernière évidence. Elle ne s'est pas contentée d'établir l'ordre , elle a pris des mesures certaines pour que rien ne pût le troubler.
Il n'y a pas un être dans l'univers qu'on ne puisse, à quelque égard , regarder comme le centre commun de tous les autres , autour duquel ils sont tous ordonnés , en sorte qu'ils sont tous réciproquement fins et moyens les uns relativement aux autres. L'esprit se confond et se perd dans cette infinité de rapports, dont pas un n'est confondu ni perdu dans la foule. Que d'absurdes suppositions pour déduire toute cette harmonie dé l'aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement! Ceux qui nient l'unité d'intention qui se manifeste dans
célèbre comme philosophe, mort en 171 8. Entre antres ouvrages il a publié, dans sa langue, -un traité de Y Existence de Dieu démontrée dar les merveilles de la nature, traduit en françois par Noguès (Parts, 1725, in-4% réimprimé en 1740»)
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les rapports de toutes les parties de ce graim tp*t , ont beau couvrir leur galimatias d'abstra&tons, de co-ordinations, de principes généraux, de termes emblématiques; quoi qu'ils fassent, il m'est impossible de concevoir un système d êtres si constamment ordonnés, que je ne conçoive une intelligence qui l'ordonne. Il ne dépend pas de moi de croire que la matière passive et morte a pu produire des êtres vivants et sentants, qu'une fatalité aveugle a pu produire des êtres intelligents , que ce qui ne pense point a pu produire des êtres qui pensent.
Je crois donc que lç monde est gouverné par une volonté puissante et sage; je le vois, ou plutôt je le sens, et cela m'importe à savoir. Mais ce même monde est-il éternel ou créé? Y a-t-il un principe unique des choses? y en a-t-il deux ou plusieurs? et quelle est leur nature? je n'en sais rien; et que m'importe? A mesure que ces connoissances me deviendront intéressantes, je m'efforcerai de les acquérir; jusque-là je renonce à des questions oiseuses qui peuvent inquiéter mon amour-propre, mais qui sont inutiles à ma conduite et supérieures à ma raison.
Souvenez-vous toujours que je n'enseigne point mon sentiment, je l'expose. Que la matière soit éternelle ou créée, qu'il y ait un principe passif ou qu'il n'y en ait point; toujours est-il certain