LIVRE IV
que le tout est un, et annonce une intelligence unique; car jp ne vois rieli qui ne soit ordonné dans le même système, et qui ne concoure à la même fin, savoir la conservation du tout dans Tordre établi. Cet être qui veut et qui peut, cet être actif par lui-même, cet être enfin, quel qu'il soit , qui meut l'univers et ordonne toutes choses , je lappelleDieu. Je joins à ce nom les idées d'intelligence , de puissance , de volonté , que j'ai rassemblées, et celle de bonté qui en est une suite nécessaire : mais je n'en connois pas mieux l'être auquel je l'ai donné ; il se dérobe également à mes sens et à mon entendement; plus j'y pense, plus je me confonds : je sais très-certainement qu'il existe, et qu'il existe par lui-même: je sais que hion existence est subordonnée à la sienne, et que toutes les choses qui me sont connues sont absolument dans le même cas. J'aperçois Dieu partout dans ses œuvres; je le sens en moi, je le vois tout autour de moi ; mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt que je veux chercher où il est, ce qu'il est, quelle est sa substance, il m'échappe , et jjaon esprit troublé n'aperçoit plus rien.
Pénétré de mon insuffisance , je ne raisonnerai jamais sur la nature de Dieu, que je n'y sois forcé par le sentiment de ses f apportsavec moi. Ces raisonnements sont toujours téméraires; un homme
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sage ne doit s'y livrer qu'en tremblant, et sûr qu'il n'est pas fait pour les approfondir : car ce qu'il y a de plus injurieux à la Divinité n'est pas dç ny point penser, mais d'en mal penser.
Après avoir découvert ceux de ses attributs par lesquels je conçois son existence, je reviens à moi , et je cherche quel rang j occupe dans l'ordre des choses qu'elle gouverne, et que je puis examiner. Je me trouve incontestablement au premier par mon espèce; car, par ma volonté et par les instruments qui sont en mon pouvoir pour l'exécuter, j'ai plus de force pour agir sur tous les corps qui m'environnent, ou pour me prêter ou me dérober comme il me plaît à leur action , qu'aucun d'eux n'en a pour agir sur moi malgré moi par la seule impulsion physique; et, par mon intelligence, je suis le seul qui ait inspection sur le tout. Quel être ici-bas, hors l'homme, sait observer tous les autres, mesurer, calculer, prévoir leur mouvement, leurs effets, et joindre, pour ainsi dire, le sentiment de l'existence commune à celui de son existence individuelle? Qu'y a-t-il de si ridicule à penser que tout est fait pour moi , si je suis le seul qui sache tout rapporter à lui?
Il est donc vrai que l'homme est le roi de la terre qu'il habite ' ; car non seulement il dompte tous les animaux , non seulement il dispose des
1 * Var... «Est le roi de la nature, au moins sur la terre.... »