‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 78 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

formèrent dans mon esprit les sublimes idées de lame, qui navoient point jusque-là résulté de mes recherches? en méditant sur la nature de rhomme , j'y crus découvrir deux principes distincts, dont l'un lelevoit à 1 étude des vérités éternelles, à 1 amour de la justice et du beau moral, aux régions du monde intellectuel dont la contemplation fait les délices du sage, et dont l'autre le ramenoit bassement en lui-même, l'asservissoit à 1 empire des sens, aux passions qui sont leurs ministres , et contrarioit par elles tout ce que lui inspiroit le sentiment du premier 1 . En îne sentant entraîné, combattu par ces deux mouvements contraires, je me dhois: Non, l'homme n est point un ; je veux et je ne veux pas, je me sens à-la-fois esclave et libre; je vois le bien, je l'aime, et je fais le mal; je suis actif quand j'écoute la raison , passif quand mes passions m'entraînent; et mon pire tourment, quand je succombe, est de sentir que j'ai pu résister.

Jeune homme, écoutez avec confiance, je senti toujours de bonne foi. Si la conscience est l'ouvrage des préjugés, j'ai tort sans doute, et il ny a point de morale démontrée; mais si se préférer à tout est un penchant naturel à l'homme, et si pourtant le premier sentinient de la justice est

* * Var. « .... Ce que lui inspiroit de noble èt^de grand le sentiment.... »

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inné dans le cœur humain , que celui qui fait de l'homme un être simple lève ces contradictions, et je ne reconmois plus qu'une substance.

Vous remarquerez que , par ce ôiot de substance , j'entends en général l'être doué de quelque qualité primitive,' et abstraction faite de toutes modifications particulières ou secondaires. Si donc toutes les qualités primitives qui nous sont connues peuvent se réunir dans un. même être, on ne doit admettre qu'une substance; mais s'il y en a qui s'exr cluent mutuellement, il y a autant de diverses substances qu'on peut faire dépareilles exclusions. Vous réfléchirez sur cela; pour moi je n'ai besoin , quoi qu'en dise Locke, de connoîtrela matière que comme étendue et divisible, pour être assuré qu'elle ne .peut penser; et^quand un philosophe viendra me dire que les arbreé sentent et que les rochers pensent ' , il aura beau m'embarrasser dans

• Il me semble que, loin de dire que les rochers pensent, la philosophie moderne a découvert au contraire que les hommes ne pensent point. Elle ne reconnoît plus que des êtres sensitifs dans la nature; et toute la différence qu'elle trouve entre un homme et une pierre, est que l'homme est un être sensitif qui a des sensations , et la pierre un être sensitif qui n'en a pas. Mais s'il est vrai que toute matière sente, où concevrai-je l'unité sensitive ou le moi individuel? sera-ce dans chaque molécule de matière ou dans des corps agrégatifs? Placerai -je également cette unité dans les fluides et dans les solides, dans les mixtes et dans les éléments? Il ny a, dit-on, que dès individus dans la nature! Mais quels sont ces individus? Cette pierre estelle un individu ou une agrégation d'individus? Est-elle un seul être

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