LIVRE IV
ce que j'ai voulu faire, ou quand je ne fais que céder à mes passions. J'ai toujours là puissance de vouloir, non la force d'exécuter. Quand je me livre aux tentations, j'agis sglon l'impulsion des objets externes. Quand je me reproche cette foibfcesse , je n'écoute que ma volonté ; je suis esclave par mes vices , et libre par mes remords; le sentiment dé ma liberté ne s'efface en moi que quand» je me déprave, et que j'empêche enfin la voix de lame de s'élever contre la loi du eorps.
Je ne connois la volonté que par le sentiment de la mienne , et l'entendement ne m'est pas mieux connu. Quand on me demandetjuelleest la cause qui détermine ma volonté^ je demande à mon tour quelle est la cause qui détermiue mon jugement : car il est clair que ces deux causes n'en font qu'une ; et si l'on comprend bien que l'homme est actif dans ses jugements, que son entendement n'est que le pouvoir de comparer et de juger, on verra que sa liberté n'est qu'un pouvoir semblable , ou dérivé de celui-là ; il choisit le bon comme il a jugé le vrai; s'il juge faux il choisit mal. Quelle est donc la cause qui détermine sa* volonté? C'est son jugement. Et quelle est la cause qui détermine son jugement? C'est sa faculté intelligente, c'est sa puissance de juger ; la cause déterminante est en lui-même. Passé cela, je n'entends plus riep.
Sans doute je ne suis pas libre de ne pas vou-
loir mon propre bien, je ne suis pas libre de voteloir mon mal; mais ma liberté consiste en cela même que je ne puis vouloir que ce qui m'est convenable, ou que j'estime tel, sans que rien d'étranger à moi me détermine. S'ensuit-il que je ne sois pas mon maître, parceque je ne suis pas le maître d'être un autre que moi?
Le principe de toute action est dans la volonté d'un être libre; on ne sauroit remonter au-delà. Ce n'est pas le mot de liberté qui ne signifie rien , c'est celui de nécessité. Supposer quelque acte, quelque effet qui ne dérive p$s d'un principe actif, c'est vraiment supposeras effets sans cause, c'est tomber dans le cercle vicieux. Ou il n'y a point de première impulsion , ou toute première impulsion n'a nulle cause antérieure , et il n'y a point de véritable volonté sans liberté. L'homme est donc libre dans ses actions, et, comme tel, animé d'une substance immatérielle , c'est mon troisième article de foi. De ce$ trois premiers vous déduirez aisément tous les autres , sans que je continue à les compter.
Si l'homme est actif calibre , il agit de lui-même ; tout ce qu'il fait librement n'entre point dans le . système ordonné de la Providence, et ne peut lui être imputé. Elle ne veut point le mal que fait l'homme, en abusant de la liberté qu'elle lui donne; mais elle ne l'empêche pas de le faire, soit que de