LIVRE IV. i
la part d un être si foible ce mal soit nul à ses yeux, soit qu elle ne pût l'empêcher, sans gêner sa liberté et faire un mal plus grand en dégradant sa nature. Elle Fa fait libre afin qu'il fît , non le mal , mais le bien par choix. Elle l'a mis en état de faire ce choix en usant bien des facultés dont elle l'a doué ; mais elle a tellement borné ses forces , que l'abus de la liberté qu'elle lui laisse ne peut troubler l'ordre général. Le mal que l'homme fait retombe sur lui sans rien changer au système du monde, sans empêcher que l'espèce humaine elle-même ne se conserve malgré qu'elle en ait. Murmurer de ce que Dieu ne l'empêche pas de faire le mal, c'est murmurer de ce qu'il la fit d'une nature excellente, de ce qu'il mit à ses actions la moralité qui les ennoblit, de ce qu'il lui donna droit à la vertu. La suprême jouissance est dans le contentement de soi-même; c'est pour mériter ce contentement que nous sommes placés sur la terre et doués de la liberté, que nous sommes tentés par les passions et retenus par la conscience. Quepouvoit de plus en notre faveur la puissance divine elle-même? Poiivoit-elle mettre de la contradiction dans notre nature et donner le prix d'avoir bien fait à qui n'eut pas le pouvoir de mal faire? Quoi ! pour empêcher l'homme d'être méchant, falloit-il le borner à l'instinct et le faire bête? Non , Dieu de mon ame, je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à
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ton image, afin que je pusse être libre, bon et
heureux comme toi.
C'est l'abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants. Nos chagrins, nos soucis, nos peines, nous viennent de nous. Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique ne seroit rien sans nos vices , qui nous lont rendu sensible. N'est-ce pas pour nous conserver que la nature nous fait sentir nos besoins? La douleur du corps n est-elle pas un «igné que la machine sedérange, et un avertissement d'y pourvoir? La mort.... Les méchants n'empoisonnentils pas leur vie et la nôtre? Qui est-ce qui voudroit toujours vivre? La mort est le remède aux mai» que vous vous faites; la nature a voulu que vous ne souffrissiez pas toujours. Combien l'homme vivant dans la simplicité primitive est sujet à peu de maux ! il vit presque sans maladies ainsi que sans passions , et ne prévoit ni ne sent la mort; quand il la sent, ses misères la lui rendent désirable : dès-lors elle n'est plus un mai pour lui. Si nous nous contentions d'être ce quemous sommes , iious'n'aurions point à déplorer notre sort; mais pour chercher un bien-être imaginaire, nous nous donnons mille maux réels. Qui ne sait pas supporter un peu de souffrance doit s'attendre à beaucoup souffrir. Quand on a gâté sa constitution par une vie déréglée, on la veut rétablir par