‹ Oevres complètes de J.J. Rousseau, Volume 4Chapitre 97 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

écritures, de ces dogmes obscurs sur lesquels je vais errant dès mon enfance , sans pouvoir ni les concevoir ni les croire , et sans savoir ni les admettre ni les rejeter.

Oui, mon enfant, dit-il en in embrassant, j'achèverai de vous dire ce que je pense; je ne veux point vous ouvrir mon cœur à demi : mais le désir que vous me témoignez étoit nécessaire pour m autoriser à n avoir aucune réserve avec vous. Je ne vous ai rien dif jusqu'ici que je ne crusse pouvoir vous être utile et dont je ne fusse intimement persuadé. L'examen qui me reste à faire est bien différent; je n'y vois qu'embarras, mystère, obscurité; je n'y porte qu'incertitude et défiance. Je ne me détermine qu'en tremblant, et je vous dis plutôt mes doutes que mon avis. Si vos sentiments étoient plus stables , j'hésiteroi&de vous exposer les miens ; mais , dans l'état 011 vous êtes , vous gagnerez à penser comme mo^ 1 . Au reste, ne donnez à mes discours que l'autorité de la raison : j'ignore si je suit dans l'erreur. Il est difficile , qupnd on discute, de ne pas prend*? quelquefois le ton affirmatif ; mais souvenez-vous qu'ici toute? mes affirmations ne sont que des raisons de douter! Cherchez la vérité vous-même; pour moi, je ne vous promets que de la bonne foi,

. ' Voilà, je crois, c* que le bon vicaire pourrait <Hre h prêtent au public.

Vous ne voyez dans mon exposé que la religion naturelle : il est bien étrange qu'il en faille une autre? Par où connoîtrai-je cette nécessité? De quoi puis-je être coupable en servant Dieu selon les lumières qu'il donne à mon esprit, et selon les sentiments qu'il inspire à mon cœur? Quelle pureté de morale, quel dogme utile à l'homme et honorable à son auteur puis-je tirer d'une doctrine positive, que je ne puisse tirer sans elle du bon usage de mes facultés? Montfez-moi ce qu'on peut ajouter, pour la gloire de Dieu, pour le bien de la société, et pour mon propre avantage, aux devoirs de la loi naturelle , et quelle vertu vous ferez naître d'un nouveau culte , qui ne soit pas une conséquence du mien. Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. Dieu n'a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement? Qu'est-ce que les hommes nous diront de plus? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu, en lui donnant les passions humaines. Loin d eclaircir les notions du grand Être, je vois que les dogmes* particuliers les embrouillent; que loin de les ennoblir ils les avilissent; qu'aux mystères inconcevables qui l'en* vironnent ils ajoutent des contradictions absurdes; qu'ils rendent l'homme orgueilleux, intolérant, cruel; qu'au lieu d'établir la paix sur la terre, ils

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