‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 10 sur 351 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

1786 jusqu'à la fin de 1810, c'est-à-dire durant vingt-quatre années, entre lesquelles il en faut compter dix de fonctions politiques et dix de maladies.

Il a été, sans interruption , membre de toutes les législatures qui se sont succédé depuis 1792 jusqu'au mois de mars 1802. Quoiqu'il ait beaucoup écrit en vers et en prose dans le cours de ces dix années , il est indubitable que , s'il avait pu les consacrer aux lettres sans partage et sans distraction , le recueil de ses œuvres serait aujourd'hui beaucoup plus riche. Cependant, comme nous venons de le dire, c'était encore de littérature et d'instruction publique qu'il s'occupait le plus ordinairement dans l'exercice de ses fonctions législatives, et il s'est, à certaines époques, presque borné à ce seul genre d'activité et d'influence. Quand il sortait de cette sphère, c'était presque toujours, depuis 17945 pour contribuer au retour de l'équité, pour s'opposer aux résolutions tyranniques, aux mesures arbitraires, pour rétablir l'ordre et le règne des lois. Sa voix éloquente a rappelé au sein de la Convention M. Lanjuinais et les autres proscrits de 1793 , et au sein de la France, M. de Talleyrand.

Il est bien aisé, après de violens orages, de censurer les hommes publics qui , jetés au milieu des troubles , ne les ont pas maîtrisés. Mais l'exagération des reproches qu'on leur adresse prouve seulement qu'en leur place on en aurait soimême mérité de bien plus graves ; car c'était précisément cette partialité , cette rigueur extrême , cet impatient besoin de condamner, qui, dans ces temps déplorables, disposait, entraînait presque invinciblement aux erreurs, aux fautes, aux injustices. Il est une opinion, un vote de Chénier que nous n'entendons excuser en aucune manière ; à l'égard des autres, nous désirerions que ses censeurs voulussent bien prendr<> une connaissance un peu exacte des faits et des époques dont ils parlent : ils sauraient que plusieurs missions lui ont été proposées en 1 793 ; que , pour les avoir toutes refu-

SUR M.-J. CHÉNIER. xv

sées, il fut »^\clii du comité d'instruction publique i ; que, menacé d'une proscription plus sérieuse, et forcé de prendre la parole sur les honneurs qui avaient été décernés, en 1791 , à la mémoire de Mirabeau, il osa rendre hommage aux talens, au génie et à quelques actions de cet orateur célèbre, et ne pas dire un seul mot d'un autre homme dont on divinisait le délire et les attentats. Ce silence, au moment même d'une telle apothéose, en était, sans aucun doute, le désaveu le plus solennel, l'improbation la plus outrageante; et nous ignorons ce qu'aui'aient fait de plus courageux , en une pareille conjoncture, ceux qui ont tant blâmé et si peu lu ce discours ^. Les tyrans en jugèrent mieux : ils se promirent de venger leiu- idole par la perte de Chénier et de sa famille entière. Son père fut menacé; deux de ses frères furent arrêtés; il fut bientôt dénoncé lui-même, cité, recherché, inscrit à son rang sur l'une des pages de la liste des proscriptions. Il n'en devint que plus ardent à solliciter la délivrance de ses frères ; durant plusieurs mois , il n'eut pas d'autre pensée ; et ses instances furent si vives, si persévérantes qu'il parvint à sauver l'une des deux victimes. Nous ne prétendons point le louer ici de ces démarches, auxquelles l'entraînaient les sentimens les plus tendres, mais qu'il aurait encore faites quand il n'eût consulté que son intérêt personnel ; car les périls de ceux qui portaient son nom agravaient les siens propres; et l'on arrivait à lui en les frappant. André Chénier périt le 7 thermidor; et cette date toute seule réfuterait assez une calomnie aussi absurde qu'horrible. Si quelqu'un , le 7 thermidor , avait en effet le moyen de sauver ses parens les plus chers, assurément un tel crédit, une telle puissance n'appartenait point à celui qui périssait luimême si ce régime sanguinaire eut duré quinze jours de plus.

1. Voyez le procès-verbal de la Convention nationale, séance du quinzième jour du premier mois de l'an II , p^es i23 et 124.

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