‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 2)Chapitre 132 sur 351 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Eh quoi ! dans le sommeil est-il encor plongé ? Non; de sombres vapeurs il paraît assiégé. Brutus !

BRUTUS

Ah! ce n'est point un songe, un vain prestige.

A l'instant, Cassius, ô merveille! ô prodige!

En est-il?

BRUTUS

Tu m'en vois encor tout étonné.

Aux noirs pressentimens, au trouble abandonné, Je veillais, cher ami: César à l'instant même,

Dans ces lieux, à l'instant, tel qu'à son jour suprême, Sanglant , couvert de coups , César m'est apparu. Je l'ai vu.

CASSIUS

Non , Brutus , non , tu ne l'as point vu : Non; la vie est d'un jour, la mort est éternelle; Et, quand il a quitté sa dépouille mortelle. Non, l'homme, rassemblant des vestiges épars. Ne vient pas des vivans effrayer les regards. Pour qui n'est point crédule il n'est point de merveille.

BRUTUS

Puis-je ainsi que mes yeux démentir mon oreille? Il m'a parlé.

CASSIUS

Nos sens et leurs impressions Sont esclaves, Brutus, de nos opinions; £t l'esprit, abusé par un charme invincible. Bientôt croit existant ce qu'il a cru possible. De là ces visions, ces spectres ténébreux. Dans l'ombre de la nuit simlilacres affreux, Ces accens du trépas et ces voix importunes Qui prédisent, dit-on, les grandes infortunes, Ces signes précurseurs de nos calamités. Tous ces objets trompeurs par nous-même inventés, Ces rêves dont jadis, au temps de notre enfance. Nous berçaient chaque jour la crainte et l'ignorance. Laissons cela. Sais-tu que tu m'as offensé?

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