ACTE I, SCÈNE I
Il caressait le peuple, il flattait le sénat; Agrippa dans le camp dirigeait ses cohortes; Du temple de Janus la paix fermait les portes ; Et Mécène étouffait, sous les palmes des arts. Les cyprès teints de sang qui couvraient nos remparts. Auguste vieillissant fit oublier Octave.
Parlant de république au sein de Rome esclave, Il nous berçait encor de ces mots révérés , Vains hochets du vulgaire et fantômes sacrés, Et, des Romains séduits trompant l'obéissance, Du nom de liberté cimentait sa puissance. Il étendit sur moi son charme suborneur: Des faisceaux avec lui je partageai l'honneur; Et, lorsque le destin, secouru par Livie, Eut fait un dieu de plus en terminant sa vie , Son successeur Tibère, en ce même palais. Me retint, m'opprima sous d'horribles bienfaits. Là , du nouveau tyran j'ai connu l'âme altière : J'ai vu les chevaliers, le sénat, Rome entière. Tout l'empire, à l'envi, se faisant acheter. Briguer la servitude et s'y précipiter.
CNÉIUS
Ah! parmi ces flatteurs, émules d'infamie,
Une tête innocente est bientôt ennemie.
Quand sous le crime heureux tout languit abattu ,
Malheur aux citoyens coupables de vertu ,
Et dont la gloire offense, à Rome ou dans Tannée,
Tibère impatient de toute renommée !
^54 TIBEllE.
Les délateurs , vendant leur voix et leurs écrits , Viennent dans son palais marchander les proscrits ; Lui seul des tribunaux fait pencher la balance; Le sénat le contemple , et décrète en silence ; Les regards sont muets; les, lois n'osent parler; Tibère à ses genoux voit l'Univers trembler, Et, subissant lui-même un tyrannique empire, Éprouve , en l'ordonnant , la frayeur qu'il inspire. En ses yeux, qui toujours commandent les forfaits. Son ministre devine et prévient les arrêts ; Et le ciel à-la>ifois fit naître en sa colère -~
Tibère pour Séjan , et Séjan pour Tibère. S'ils n'eussent divisé Germanicus et vous , Peut-être un jour plus pur luirait encor sur nous. Le peuple est fatigué du pouvoir despotique : Naguère, il m'en souvient, le nom de république A, jusque dans sa cour, effrayé l'oppresseur. Quand, des derniers Roumains et la veuve et la sœur, La nièce de Caton , cette illustre Junie , A leurs mânes sanglans fut enfin réunie. Devant l'urne funèbre on portait ses aïeux: Entre tous les héros qui, présens à nos yeux, Provoquaient la douleur et la reconnaissance, Brutus et Cassius brillaient par leur absence. Que dis-je ? le^ tyran ne peut dormir en paix : Quand la nuit sur nos murs étend son voile épais, Des regrets importuns fatiguent son oreille; Des Romains opprimés la douleur se réveille ;