ACTE III, SCENE I
On voit les tribunaux, les temples désertés! Pourquoi ? Ces Dieux dont Rome adore les images , Jiile, Auguste, en mourant, ont reçu moins d'hommages; Moins de deuil éclatait même aux jours malheureux Où Rome a vu pâlir ses destins généreux , Où Canne et Trasimène excitaient tant d'alarmes, Où les mères, les fils, les veuves dans les larmes, A l'ombre de Varus redemandaient en vain Les légions d'Auguste et du peuple romain.
AGRIPPINE
Et ne 'comptez-vous pas comme un jour déplorable Celui qui vit tomber ce chef irréparable , Par qui de vains regrets ne redemandaient plus Les légions d'Auguste à l'ombre de Varus?
TIBÈRE
V^pws, ne m'accablez pas sous tant de renommée. Ay^nt Germanicus j'ai commandé l'armée.
On se souvient du temps où les Parthes vaincus Rendaient à mes exploits les drapeaux de Crassus;- Quand, privés de tombeaux aux forêts dllercinie. Les ossemens romains couvraient la Gennanie, Quand Varus expiait d'imprudentes terreurs, Aux champs illyriens j'arrêtais ses vainqueurs: Mon front ceignit deux fois la palme triomphale. Je n'ai cependant pas d'une gloire rivale Jusque dans son palais insulté l'Empereur, Ni d'un peuple avili courtisé la faveur.
278 TIBÈRE
AGRIPPINE
S'il était avili, quelle en serait la cause? De la faveur du peuple est-ce moi qui dispose ? Lorsque Germanicus y conquérait des droits, - Etait-ce par le crime, ou bien par des exploits? Voulait-il de si loin briguer le rang suprême? Il courtisait le peuple en vous servant vous-même. Il avait un grand nom; brillant, mais faible appui ;^ Vingt cités l'adoraient! ah! ce n'était plus lui. Ces regrets si toudians, il n'a pu les entendre: On ne le voyait plus, mais on voyait sa cendre; De pleurs reconnaissans on venait la couvrir. Hélas! et c'était moi qui devais les tarir! Complice de Pison, la veuve d'un grand homme Aurait dit à l'empire , et répété dans Rome : ^ César est indigné de ce deuil solennel ; , ; En pleurant un héros on devient criminel !
TIBÈRE
Oui : voilà les discours que vos amis répandent , Que vous favorisez, que ces voûtes entendent; Et voilà seulement ce qui peut m'indigner. Vous n'avez qu'un chagrin; c'est de ne pas régner.
A^GIl rPPIlVE.
Moi!
TIBÎÎRE.
Vous. En d'autres ^emps vous l'avez fait connaître, Quand sur les bords du Rhin tout le camp vit paraître Votre jeune Caïus^ promené sur un char,