ACTE III, SCENE L
Revêtu des habits et du nom de César.
AGRIPPINE
Pour calmer, pour vous rendre une armée en furie. Est-on coupable encor quand on sert la patrie? De Caïus, de mes fils, les droits sont-ils perdus? Quoi! le nom de César ne leur appartient plus! Et qui donc maintenant soutiendra leur enfance? Quelle était, cher époux, ta dernière espérance? Ah! mes^tremblantes mains, en de cruels instans, Sur son lit de douleur rassemblaient ses enfans: Il les pressait tous trois dans ses bras héroïques : Tous trois il les baignait de larmes prophétiques : « Si le sort, me dit-il, se déclarait contr'eux, « Et si, comme leur père, ils étaient malheureux, « Dieux, veillez sur mes fils ! Dieux, protégez leur mère ! « Germanicus expire, et les lègue à Tibère. « Ah! je l'ai bien servi. Pour me récompenser « Qu'un regard paternel daigne les caresser. « Tendre et fidèle épouse, arme-toi de courage: « Nos enfans, que tes soins vont sauver du mmfrage, « Recueillis par César retrouveront en lui « Un père aussi sensible, un plus puissant appui; « Et ton cœur, pénétrant sous le froid mausolée, « iSentira tressaillir mon ombre consolée. »
TIBÈRE
Pourquoi rappeleg:-vous ces douloureux discours? C'est de votre infortune éterniser le cours. Le malheur n'est vaincu que par la résistance :
28o TIBERE. '
Il dompte la faiblesse, il cède à la constance. - Obéissez du moins aux conseils d'un époux. Pour ses fils toutefois que me demandez-vous? Parlez: qu'espèrent-ils?
Qu'élevés par vous-même.
Partageant tout l'éclat qui suit le rang suprême, A côté de Drusus , près de vous réunis...
TIBÈRE
Avez-vous oublié que Drusus est mon fils?
AGRIPPINE
Non, mais Rome a connu deux enfans de Tibère; Et souvent mon époux vous appelait son père.
T I B ÈvR E.
Lui! ce rival de gloire à Tibère opposé!
Lui mon fils!... Par Auguste il me fut imposé.
AGRIPPINE
Par Auguste! Et vous-même, au déclin de sa vie y Ne lui fûtes-vous pas imposé par Livie?
TIBÈRE
Il est vrai; mais comment osez-vous le savoir. Me braver dans ma cour, et tenter mon pouvoir?
AGRIPPINE
Dût ce pouvoir un jour accabler Agri^ppine, Des fils de votre fils voudrait-il la ruine? Quel mal vous ont-ils fait? Des enfans délaissés, Par le sort infidèle un moment caressés. Vous alarmeraient-ils dans un âge.s^ tendre?