ACTE IV, SCÈNE III
CE D I P E
C'est donc vous, ô vieillard, vous qui m'avez fait naître?
Non.
ŒDIPE
Quels sont mes parens?
POLICLÈS.
Je n'ai pu les connaître.
ŒDIPE
Quoi! leur nom, leur destin, tout m'est-il enlevé?
POLICLÈS.
Je ne sais que les lieux oîi vous fûtes trouvé.
ŒDIPE
Trouvé ! quels sont ces lieux témoins de mon enfance ?
Sur le mont Cithéron, délaissé sans défense...
JOCASTE
Ciel!
œ:dipe.
Achevez.
POLICLÈS.
Des cris d'une plaintive voix Vous perciez faiblement la profondeur des bois. J'approche ; un dieu sans doute auprès devons m'amène : Des liens suspendus aux rameaux d'un vieux chêne Nouaient les pieds sanglans d'un enfant malheureux.
ŒDIPE
Vous pâlissez , Jocaste , à ce récit affreux !
Vos pieds de ces liens portent les cicatrices.
OE D I P E
Ah! je reconnais trop ces funestes indices!
Le nom d'OEdipe , enfin, qui vous est demeuré, Des maux de votre enfance est un gage assuré.
Vous sauvâtes mes jours?
Si j'eus cet avantage , Instruit de vos destins , un autre le partage.
OE D I p E.
Et qui donc?
POLICLÈS.
Un mortel né dans les champs thébains.
Il détacha vos nœuds, vous remit en mes mains, Me dit, baigné de pleurs et glacé par la crainte: «Recueillez cet enfant; menez-le dans Corinthe; « Par des parens cruels il est sacrifié... »
ŒDIPE
Quel était ce thébain sensible à la pitié?
POLICLÈS.
Un berger de Laïus.
ŒDIPE
Et son nom ?
POLICLÈS.
Je l'ignore;