ACTE I, SCENE IL 4oi
La veuve de Laïus me choisit pour époux.
Savions-nous tous les deux ma naissance funeste?
Non: les autels d'hymen sanctifiaient l'inceste:
De la fatalité subissant les arrêts ,
Au sein de la vertu j'ai commis des forfaits.
De Delphes , maintenant , aux rives de l'Attique
Je me rends, sur la foi du trépied prophétique;
Apollon m'a guidé vers ces bois protecteurs ;
J'y laisserai ma cendre; et de mes bienfaiteurs
Ce trésor, à son tour, protégeant les murailles
Doit leur assujettir le destin des batailles.
Ne prétendez donc plus, vieillards, qui m'écoutez,
M'effrayer par le nom des pâles déités :
De leurs flambeaux vengeurs je ne sens point la flamme;
Le remords déchirant ne flétrit point mon âme :
Criminel devant vous, je suis pur à leurs yeux;
Et leur auguste appui m'attendait dans ces lieux.
LE c H OE u R.
A décider sur vous le Roi seul peut prétendre, OEdipe: en attendant qu'il vienne vous entendre. Goûtez quelque repos dans ce lieu solennel. Cueillez , fille si douce à son cœur paternel , De l'arbre de Pallas les branches révérées; Plongez-les dans les eaux des fontaines sacrées; D'un aveugle chéri guidez les pas tremblans; L'olive dans les mains, et tous deux supplians , Tous deux prosternez-vous sur les degrés du temple: Puisse OEdipe y fléchir le ciel qui le contemj)le!
OEuvres Posthumes. I. 20
4o2 OEDIPE A COLONE.
Vos désirs sont remplis: vous, mon père, venez.
O filles de la nuit, devant vous prosternés. Nous élevons vers vous notre voix gémissante ; Accueillez les soupirs de ma fille innocente; Terminez mon exil: je vous offre des pleurs. Une âme résignée, et trente ans de malheurs.
LE CHOEUR
Recevez, chastes Euménides, Les vœux qui vous sont présentés; Redoutables divinités.
De larmes et de sang avides.
Calmez vos serpens irrités; Eteignez vos flambeaux livides.
Que les Dieux à leurs ennemis Gardent vos tourmens légitimes; Mais ne prenez pas pour victimes Des cœurs à la vertu soumis; Et ne punissez pas des crimes Que le destin seul a commis.