ACTE II, SCÈNE I. 4o
THÉSÉE
Pourquoi désirent-ils de réparer l'outrage?
ŒDIPE
Pour désarmer les Dieux , qui les ont menacés.
THÉSÉE
Quels revers aux Thébains seraient donc annoncés?
ŒDIPE
Par votre peuple un jour Thèbes sera punie.
THÉSÉE
Thèbes, par des traités, à mon peuple est unie.
ŒDIPE
Tout, excepté les Dieux, subit les lois du sort: Tout naît, change, vieillit, et trouve enfin la mort. Renversés par le temps, les empires s'écroulent; Les siècles dévorés comme un instant s'écoulent; Miné par une longue et mortelle langueur. Le corps sent par degrés s'éteindre sa vigueur. Ces palais somptueux , ces campagnes fertiles Seront de vains débris, des sables inutiles. Des intérêts communs unissent les humains; Des intérêts divers ensanglantent leurs mains. La fidélité meurt ; de sa cendre attiédie S'élèvent les soupçons, bientôt la perfidie; Et l'impiété même , aux pieds des immortels , Vient d'un serment parjure effrayer leurs autels. Jusqu'ici nul motif, appelant la vengeance. De vous et des Thébains ne rompt l'intelligence; De resserrer vos nœuds tout semble prendre soin :
/jofi OEDIPE A C CLONE.
Mais, un jour, et ce jour peut-être n'est jDas loin, A l'antique amitié succédera la haine ; Les Dieux vengeurs du crime et protecteurs d'Athène, D'une guerre implacable allumant le flambeau, Verront le sang thébain couler sur mon tombeau. Si j'en crois Apollon, ma cendre triomphante Parmi vos ennemis jettera l'épouvante; D'Athènes désormais OEdipe est citoyen, Et les débris d'OEdipe en seront le soutien.
LE CHOEUR
Sous les regards sacrés des terribles déesses, OEdipe, en arrivant, nous a fait ces promesses.
THÉSÉE
Il suffit qu'en ce jour la céleste faveur
D'accueillir un héros m'ait gardé le bonheur.
Je ne réclame point une autre récompense.
Sans rejeter les dons que l'Olympe dispense,
Je sens que pour un homme, et surtout pour un roi,
Le respect du malheur est la première loi.
Héritier de Cadmus, votre audace intrépide
Avant moi descendit sur les traces d'Alcide.
Alcide, comme vous à l'exil condamné.
De ses propres parens se vit abandonné;
Des destins en courroux la longue jalousie
I^ui fit payer bien cher l'Olympe et l'Ambroisie;
L'infortune, pour lui commençant au berceau.
Vint au sommet d'OEta lui creuser un tombeau :
Mais il vainquit le sort, qui lui faisait la guerre,