SCÈNE V
CYRUS, MANDANE, ASTYAGE, gardes.
AST YAGE.
Eh bien, 3e vous, Mandane, ai-je eu tort de me plaindre? Tandis qu'un vil mortel, vieilli dans l'art de feindre, De Cyrus en pleurant m'annonce le trépas, Cyrus est dans ces murs ; vous ne l'ignorez pas. Il y vient de Memnon confirmer le présage; Mitradate me fuit; je ne vois point Harpage; Hors ce jeune guerrier, tout se cache à mes yeux. Mandane, on l'accusait d'un combat odieux; Auprès de vous pourtant je le retrouve encore.
MANDANE
Ah! seigneur, permettez que ma voix vous implore.
ASTYAGE
Pour lui?
M AND ANE
Contre mon fils il ne s'est point armé.
ASTYAGE
Je reconnais Cyrus ; vos larmes l'ont nommé. Soldats !
M AND ANE
N'ordonnez rien. Non; je dois le défendre. Lui mon fils! vous croyez... seigneur, daignez m'entendrc.
Mandane, au nom du ciel qui nous a réunis, Ne désavouez point que je suis votre fils. N'accusez point, seigneur, celle qui m'a fait naître: Mitradate à l'instant vient de me reconnaître. Vous avez tout pouvoir sur un infortuné. Que, même en son berceau, vous aviez condamné; Ainsi que mes destins j'ignorais ma disgrâce , Et jusques aux dangers répandus sur ma trace. Vous savez quel combat vous m'avez proposé; Il était criminel , et je l'ai refusé.
J'aurais pu contre vous tenter une victoire; Elle m'aurait flétri; j'ai conservé ma gloire; Je redoute la bonté et crains peu le trépas; Je l'ai bravé pour vous en guidant vos soldats. Si votre haine encore a besoin de ma tête. Ordonnez, je vous suis, votre victime est prête.
ASTYAGE
Mon empire ébranlé s'affermit en ce jour.