I. Yoyezpag. 112 et suir. présenl volume. [Note de l'E dit
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de Louis XL Ces Nouvelles en prose sont faites sur le modèle du Décaméron de Rocace et des Cent Nouvelles italiennes, qui parurent manuscrites après le Décaméron. Quelques-unes même sont évidemment tirées de Rocace. D'autres ont été imitées par La Fontaine; mais les narrations, et souvent les titres mêmes offrent une liberté cynique qui ne se trouve ni dans Bocace ni dans La Fontaine. C'était cependant pour amuser les dames que l'on racontait ces nouvelles durant les soirées d'hiver. Duclos prétendait que les plus honnêtes femmes sont celles qui entendent avec le plus d'indulgence les contes un peu libres. Si Tobservation est fondée, les dames de la cour de Bourgogne devaient être de bien honnêtes femmes. On a beaucoup écrit pour et contre la moralité des romans; mais jamais question ne fut plus mal posée. Quel genre d'écrire est moral ou immoral dans le sens absolu? Les comédies, ou plutôt les farces de Montfleuri et de Dancourt sont immorales ; mais Tartufe et le Misanthrope sont d'une haute moralité. Qui pourrait comparer sous le point de vue moral Emile et les Sermons du P. Maillart , les romans de Richardson et les ouvrages théologiques de Sanchés? Toutes les productions de l'esprit humain peuvent également porter le cachet du vice et l'empreinte de la vertu. On ne sait pas au juste ce que pensaient sur ce point
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le P. du Baudory, le P. Neuville et le frère Bertier, qui furent, à l'insu de leurs contemporains, les flambeaux du dix-huitième siècle; qui formaient, au fond du collège de Louis-le-Grand, la chambre ardente des réputations : tribunal dispensateur de la gloire, et tribunal bien équitable, car on ne pouvait le soupçonner d'être à la fois juge et partie. Mais le P. Berruyer, comme eux jésuite, a fait de X histoire du peuple de Dieu un roman fort divertissant. Le P. Médina, cordelier, envoyé au concile de Trente par le bienheureux Philippe II, a conseillé la lecture des romans espagnols. Enéas Sylvius , avant d'être pape , a fait un roman, qui pouvait être meilleur sans péché mortel. Le savant Huet, évèque d'Avranches, a pris la défense de ce genre d'écrire '. On lui attribue même le roman de Diane de Castro. Enfin, par les mains du grand Fénélon, la vertu et le génie ont élevé, dans le roman de Télémaque , un des plus beaux monumens de l'art d'écrire. Veut-on dire qu'il ne faut point séduire l'esprit par des fictions? Qu'importent des fictions que l'on donne pour telles? Il faudra donc condamner jusqu'aux paraboles de l'évangile! non: pour être justes, ne condamnons qu'une seule espèce de fic-
I. Lettre de M. Huet à M. de Segrais, sur V Origine des Romans. Cette lettre est imprimée en tète du roman de Zayde, de madame de La Fayette. [Note de l'Éditeur.)
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tions: les impostures que l'on force de croire, et qui font le malheur des hommes.
Mais comment faut-il faire un roman ? quelles sont les règles du genre? quel en est le but? quelle est la borne où l'on doit s'arrêter? questions faites pour amuser les casuistes littéraires, tout aussi graves que les casuistes théologiens. Tandis que les critiques de vocation, toujours prêts à décider faute d'examen, veulent resserrer ce genre d'écrire en des cases aussi étroites que leurcervelle, tous les merveilleux sont employés, toutes les formes d'ouvrages sont imitées dans les romans. Ici la mythologie d'Homère éclate avec pompe; là se mêlent ensemble le christianisme et l'islamisme; tantôt la religion d'Odin répand sa tristesse septentrionale; tantôt la riante féerie étale ses prestiges orientaux. Pétrone compose une satire en action, Longus une pastorale, Héliodore une tragédie. Chez les modernes, Fénélon s'approche de l'épopée, pour donner des leçons aux rois et aux peuples; Cervantes, Lesage et Fielding, suivent les traces de la comédie; Richardson réunit les deux genres dramatiques ; Swift, après Rabelais, cache une amère dérision sous le voile transparent de l'allégorie; Montesquieu, dans un roman, traite les questions de morale et de politique ; J. J. Rousseau y ajoute les ornemens de l'éloquence; et Voltaire, uni ver-
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sel en ce genre comme dans l'ensemble de ses onvrages, unissant partout la morale et la plaisanterie, aborde la métaphysique dans Candide et la. physique générale dans Micromégas. Que doit-on conclure de cet aperçu ? qu'il faut bien laisser au génie l'indépendance qu'il a conquise. Si l'on veut partout des poétiques, fixons d'après lui, mais en peu de mots, la poétique des romans. Les moyens sont des hommes qui parlent, écrivent, agissent. La règle est de plaire; le but, d'instruire; l'étendue , celle des idées ; la borne , celle d'une imagination raisonnable.
Tout le monde aime les romans : je ne parle pas de cette foule d'ouvrages frivoles qui se précipitent les uns sur les autres, s'impriment sans devenir publics, et ne sont pas même oubliés; je parle des bons romans : leur nombre est assez considérable. C'est la lecture la plus générale; et cela doit être ainsi. Les romans peuplent la solitude et charment la peine. Au milieu même des hommes, qui n'a pas cherché des hommes dans les livres? L'histoire est souvent désespérante; et le passé ressemble un peu trop au présent. Qui n'a pas eu besoui quelquefois de se réfugier dans le monde idéal pour se consoler du monde réel? Mais, de tous les romans bien faits, les plus relus sont ceux où l'amour domine. TIs font les délices des femmes : elles sav<Mit l'inspirer, l'éprouver et
le peindre. Ils plaisent à tous les âges. Éprouvet-on les passions ? leur peinture fidèle tourmente, mais intéresse. Quand les passions s'amortissent, leur spectacle intéresse sans tourmenter, comme la tempête que l'on voit du port. Pourquoi tant blâmer les imaginations romanesques? Elles font quelquefois leur malheur, mais elles ont des larmes pour celui des autres. Ce ne sont pas elles qui admettent l'infortune particulière et souvent l'infortune publique comme des élémens nécessaires dans le calcul de leur bonheur. Vous donc qui sentez avec énergie , et qui savez écrire ce que vous sentez, donnez-nous de nouvelles richesses; composez des romans brillans, mais utiles. Si, dans les siècles qui font encore partie du moyen âge, nos vieux romanciers ont peint ce qu'il y avait de mieux alors : l'amour héroïque et la loyauté chevaleresque; si, même au tems des croisades, ils ont accordé des vertus aux ennemis de leur religion; vous, en des tems plus éclairés, laissez aux jongleurs les spectres, les revenans, les présages; ne servez pas l'imposture par la sensibilité; mais que votre éloquence , à la fois véridique et touchante, assure l'empire des idées saines, que des intérêts personnels combattent sans les vaincre, et dont le triomphe est infaillible, parce qu'elles sont fondées sur la nature, et consacrées par le génie.