ACTE III, SCÈNE I
SIR CHARLES
Par un maudit mousquet, Qui lui creva l'œil gauche aux champs de Malplaquet. D'un héros petit-maître il n'a point la tournure, Mais d'un vaillant soldat l'honorable parure; Ni plumets, ni cordons, ni riches vêtemens, Comme on peint aujourd'hui nos généraux charmans; On voit son front guerrier, sous sa perruque énorme, Relevé par son casque et son grand uniforme. Pour trois cents livres donc mon oncle et ses lauriers.
SIR O L I V E R , à part.
Donner pour trois cents francs la perle des guerriers !
SIR CHARLES
Eh bien!
SIR OLIVER
Soit : à ce prix je consens à le prendre.
MOSiîS.
Adjugé.
Débora, propre sœur d'Alexandre, Ma tante Débora, bergère du hameau.
Et, la houlette en main, conduisant son troupeau. Regardez les moutons que la belle fait paîlre : Elle est plus douce encor. L'ouvrage est d'un grand maître : Ma respectable tante est peinte, trait pour trait. De la main de Rneller; et, dans ce beau portrait. Nous pouvons remarquer, outre la ressemblance, Un grand fonds de pudeur, un grand air d'innocence*,
3o LES PORTRAITS DE FAMILLE.
Mais, quoique morte fille à plus de soixante ans, Mon petit Prémium l'aura pour deux cents francs.
SIR OLIVER
Soit encore.
MOSÈS
Adjugé.
SIR OLIVER, à part.
Pour deux cents francs ma tante.
Qui mit à si haut prix sa sagesse éclatante. Et qui ne rencontra personne, de ses jours. Digne de captiver ses pudiques amours!
SIR CHARLES
A la tante il faut bien joindre ses deux cousines: Prenez pour cinq cents francs ces beautés enfantines.
SIR OLIVER
D'aussi charmans objets ne se marchandent pas.
MOSÈS
Cousines, suivez donc la tante et ses appas.
Que me donnerez- vous d'un juge respectable, Savant criminaliste et toujours équitable?
MOSÈS
Cent francs.
SIR CHARLES
Comment ! cent francs ! sa perruque les vaut. Mon cher monsieur Mosès, vous avez le défaut D'être juif, mais très-juif, très-ignare en peinture, Et très-irrévérent pour la magistrature.
Le petit Prémium .sera plus circonspect: