‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur Chénier (volume 5)Chapitre 94 sur 180 · POÈME SUR LES CAMP. D'ITALIE · texte numérisé non relu

POÈME SUR LES CAMP. D'ITALIE

Joubert, que le péril trouve toujours paisible; La Harpe l'invaincu, Masséna l'invincible; Augereau, dont le bras porte des coups certains; Berthier, dont le coup d'œil enchaîne les destins. Sur les flots étonnés leur marche triomphante Dans le camp de Beaulieu va semer l'épouvante. Il voit de Fombio les murs abandonnés, Les Français triomphans, ses soldats consternés. Le vainqueur les poursuit; et l'Adda sur ses rives Accueille avec frayeur leurs bandes fugitives. Mais vous, Français ! pleurez : quand l'aigle a succombé, Atteint du plomb mortel , un héros est tombé : C'est La Harpe. Il naquit sur les monts helvétiques; Il suça les vertus de ces guerriers rustiques Qui, bravant de Gésier les insolentes lois, Les premiers dans l'Europe ont aboli les rois. Sa bouche en expirant fait des vœux pour la France. Ah! le Ciel remplira ta sublime espérance, Chef digne des Français! tu ne perds point ta mort: Beaulieu vient de ployer sous ton dernier effort. La victoire te suit dans ta demeure sombre. Adieu! la terre illustre où repose ton ombre Sera toujours légère, et couverte de fleurs; Et les enfans du brave y verseront des pleurs.

Le superbe Eridan contemple avec ennui.

Et les champs qu'appauvrit l'opulence des villes ,

Et ses flots condamnés à des tributs serviles.

2i8 FRAGMENS D'UN POËME

Tout à coup des Français il voit les étendards, Et cette Liberté dont les rians regards En des tems plus heureux égayaient son rivage : Le fleuve, impatient d'un trop long esclavage. Reconnaît la déesse, et bénit son retour.

Mais le jour baisse et fuit; la nuit règne à son tour. Tout dort ; le héros veille , et médite sa gloire. Ln doux repos, si doux quand il suit la victoire, Couvrait le camp français, et la terre et les cieux; Zéphyr berçait les flots purs et silencieux; Et la lune argentait le fleuve et la prairie , Lorsque des vieux Romains l'immortelle Patrie, D'un pas majestueux sortant du fond des bois. Apparaît au héros, non telle qu'autrefois Aux bords du Rubicon César la vit descendre : Pâle, les yeux baissés, le front couvert de cendre, Reprochant au vainqueur ses coupables succès, Et du fleuve sacré lui défendant l'accès; Mais conservant l'orgueil de sa gloire éclipsée; Portant sur l'avenir sa lointaine pensée; Les yeux levés au ciel , le front paré de fleurs. « Salut! jeune héros, qui viens sécher mes pleurs, « Dit-elle : ah! je me joins aux drapeaux de la France; « Et mon cœur oppressé ressaisit l'espérance. « Souvent, lorsque d'un roi le sacrilège orgueil « Dans mes champs violés venait porter le deuil, « Ma voix contre Brennus redemandait Camille;

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