‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur ChénierChapitre 3 sur 140 · POÈME · texte numérisé non relu

POÈME

«Honorés, agrandis, souvenl usurpateurs,

« Stérilement dévots, traînaient dans le silence

« Des jours longs et pcsans, fdés par l'indolence.

«Enfin riionime stupide, à Toubli consacré,

«Eut contre le travail lui refuge assuré;

«De citoyens vivans ces tombeaux se remplirent;

« A l'envi de Pépin vingt rois les enrichirent.

« Entends-tu maintenant les sanglots, les regrets?

« O d'un zèle insensé trop funestes effets !

«Vois-tu tous ces enfans, les victimes d'un père,

« Condamnés loin du monde à gémir sous la haire?

« Leur bouche a prononcé le serment solennel ;

« Et , contraints de mentir aux pieds de l'Eternel ,

«Ils vont baigner de pleurs des marbres inflexibles;

« Ils accusent le Dieu qui les rendit sensibles ,

«L'inexorable autel qui les tient opprimés,

« Et ces vœux sans retour qu'ils n'avaient point formés.

« Martyrs ou fainéans, laisse-les disparaître;

« Eteints, et non détruits, qu'ils meurent sans renaître :

« L'Etat ne leur doit rien; ils n'ont rien fait pour lui;

« Et le fisc épuisé redemande aujourd'hui

« C'-et or long-iems oisif, conquis sur la faiblesse.

« Bientôt , juste héritier d'une injuste richesse,

« Tu pourras accueillir de bienfaisans regards

«Les essais du travail, les prodiges des arts.

«Des moissons vont couvrir les landes infertiles;

«Les cités vont s'orner de monuinens utiles;

«D'innombrables vaisseaux, élancés de nos ports.

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