‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur ChénierChapitre 34 sur 140 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

Je hais l'attaque, et j'aime la défense; Mais épouser la commune vengeance, Mais écraser un reptile odieux, Un TÏl serpent, qui, fuyant tous les yeux Mélange affreux de rage et de faiblesse, Sous les buissons glissant avec souplesse, SifEant sans cesse et sans cesse irrité. Lance au hasard un venin détesté; Mais à plaisir sur la terre infectée Fouler aux pieds sa tête ensanglantée:

C'est au courage allier un bon cœur; C'est du public être le bienfaiteur '.

LE PTJBI, IC.

vJu vas-tu donc? Pour(|uoi ce teint livide? Ces yeux baissés, ce front pale et timide?

I. CeUe pièce de vers a été imprimée sur un manuscrit trouve dans les papiers de l'auteur. Il parait qu'il se proposait de donner une nouvelle édition de cette satire, et qu'il réservait cette copie pour l'impression. {^Note de t éditeur.)

1. Quiconque s'est élevé avec force contre les calomniateurs, les auteurs de pamphlets anonvmes, les libellisles de toute espèce,

nô LE PUBLIC ET L'ANONYME.

Porterais-tu le deuil de tes écrits?

l'anonyme.

Ah!

LE PUBLIC

Tu te plains?

J'en veux à tout Paris.

Je suis outré; le malheur m'environne.

Né, sans fortune, aux rivages du Rhône, Innocemment je rêve un beau matin Que je suis fait pour un brillant destin.

a bien mérité du publie. En connjosant cet ouvrage de morale, on ne s'est pas flatté d'éteindre la race des médians par métier; on sait fort bien qu'il s'en trouvera toujours en France et partout , tant qu'il y aura un écu à gagner dans cette profession ; mais la peinture fidèle de leur ignominie guérira peut-être une infinité de jeunes provinciaux séduits par l'espèce de sensation que produisent de plates satires en prose, et tentés par l'extrême facilité de ce genre.

Beaucoup de gens très-modérés, quand personne ne les attaque ne manquent jamais de donner des conseils à ceux qui sont attaqués. IL faut mépriser tous ces gens là, vous dit-on; vous les honorez en les accablant de ridicule. D'abord , il ne parait pas qu'il V ait d'inconvénient à les honorer de cette manière. En second lieu, s'il fallait pour cela renoncer à les mépriser, la chose pourrait devenir embarrassante; mais, par bonheur, rien n'est moins nécessaire.

Si dans la suite quelques plaisans de la li.ême trempe s'avisent encore de jeter aux passans de la boue, dont ils sont couverts, on tâchera de redoubler de vigueur, et d'en faire justice le plus promptement possible. (Note de L'hénier.)

Je vois, j'entends les nymphes de mémoire

Me reprocher d'ensevehr ma gloire.

De m'oiihlier, quand le peuple et le Roi,

Quand tout Paris ne compte que sur moi.

Gagné bientôt par un si doux reproche,

A mon réveil je prends ma place au coche.

J'arrive enfin, brûlant d'être aperçu,

Et de la gloire épris à son insu.

Moitié satire, et moitié flatterie.

Me voilà donc pavant d'effronterie,

Ne passant plus déjà pour étranger;

Là, bon valet, me faisant protéger;

De mes aïeux ici parlant en maître

(Je suis bon fils; je voudrais les connaître).

Souvent sublime et souvent très piquant.

Plus d'un café me trouvait éloquent.

En mon cerveau j'esquissais maint beau livre,

Et je devins un grand homme pour vivre.

Mauvais métier ! J'avais trop de rivaux.

J'imaginais que de tous mes travaux

Argent, honneur, seraient la récompense:

L'événement détruit mon espérance;

Et je m'en vais par où je suis venu.

Tout aussi sec, mais un peu plus connu;

Par conséquent méprisé davantage,

Ayant la honte et la faim pour partage.

LE PUBLIC

Jusqu'à présent tu dis la vérité;

Et je fais cas de ta sincérité.

Mais il fallait, suivant de Melpomène,

D'un beau chef-d'œuvre ensanglanter la scène:

C'est là qu'on trouve et l'argent et l'éclat.

Que si ton style est tant soit peu trop plat,

S'il fait pitié, mais sans être tragique,

Pouvais-tu pas , rieur mélancolique ,

Et d'un seul pied chaussant le brodequin,

En vers moraux ennuyer ton prochain ?

Sûrs d'attendrir un facile auditoire,

Ces froids sermons ont un succès sans gloire.

Tout en bâillant chacun aurait vanté

Ton esprit , non , mais bien ta probité :

Un pareil sort doit inspirer l'envie.

l'aIVON YME.

A d'autres soins j'ai consacré ma vie.

S'il faut d'ailleurs vous parler franchement,

Cent ans plus tôt j'aurais fait aisément

Le Misanthrope, Horace, Iphigénie;

Les tems sont durs, même pour un génie :

Cent ans plus tard, prenant un autre vol,

Votre Racine eût été Faribol :

On peut encor glaner dans la satire;

Mais pour la scène il n'est plus tems d'écrire;

C'est de tout point un projet insensé :

On a tout dit.

LE PUBLIC

C'est fortement pensé.

SATIRE. luj

Il fait beau voir avec cette assurance Un impuissant prêcher la continence.

As-tu créé du moins quelque chanson, Bouquet, charade, énigme du bon ton; Discours français, qui, dans la Germanie, Vont obtenir un prix d'Académie ' ; De gens obscurs éloges inconnus , Qu'on priserait s'ils pouvaient être lus;

1 . II y a quelques anuées, l'Académie de Berlin proposa un prix poui" le meilleur discours qui lui serait présenté sur V Universalité de la langue française. Le long discours qu'elle a couronné est plein de bévues grossières, surtout en matière de poésie. On y trouve ce que tout le monde sait, ou ce que personne ne doit savoir. Le style en est médiocre ; ce qui faisait espérer davantage que l'auteur n'a tenu depuis. Il y a beaucoup de mots et point de choses. La question aurait pu fournir cent vers ou dix pages de j)rose à quelqu'un qui l'aurait traitée. Elle est discutée en moins d'espace encore dans le siècle de Louis XIV et dans d'autres écrits de M. de Voltaire. On a dit de Tacite qu'il abrégeait tout, parce qu'il voyait tout; ceux qui ne sont pas au fait d'une matière sont ceux qui en parlent le plus long-tems.

M. le marquis de X s'est pourtant donné la peine d'adresser

à l'auteur de ce discours une épître pleine de louanges , elle finit par ces deux vers :

Qu'à tes premiers succès notre estime répoude, Et de Voltaire absent console un jour le monde.

Le premier vers ne dit pas bien ce qu'il veut dire, et ce qu'il veut dire n'est pas juste. Le second, qui est un peu emphatique , renferme un bon conseil. Il y a d'ailleurs des vers très-bien tournés

dans ce petit ouvrage. Les amis de M. de X assurent que son

épître est une ironie continuelle. {Note de Chénier.)

Romans par lettre, ou vers sur la nature. De la province innocente pâture?

J'ai fait de tout.

LE PUBLIC

Je n'en ai rien appris.

l'anonyme.

Je figurais parmi les grands esprits; J'arrondissais déjà plus d'un volume; Sautreau lui-même encourageait ma plume.

Mes vers naissans expiraient sans fracas Dans son journal et dans ses almanachs. Un certain soir, devers les Tuileries, M'abandonnant aux douces rêveries.

Ayant dîné d'ambroisie et de miel, Pieds sur la terre , esprit au haut du ciel , Je rencontrai l'Arétin de la France, Gliton ^ , célèbre à force d'impudence , Peintre abhorré , qui d'infâmes couleurs Voulut noircir jusqu'à ses bienfaiteurs^. On vit alors, par un cas fort étrange. Ses durs pinceaux, pleins de fiel et de fange, Entre ses mains, contre lui retournés, Souiller son front de traits empoisonnés. Fixant sur moi son œil de fanatique.

Il m'accueillit d'un souris frénétique;

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