‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur ChénierChapitre 60 sur 140 · LA RETRAITE · texte numérisé non relu

LA RETRAITE

Un roi, je dirai plus, un sage, Écrit que tout est vanité.

Tout, y compris la majesté, Même l'amour, et c'est dommage.

Nombre de gens ont souhaité D'éterniser dans la mémoire Un nom d'âge en âge escorté Par les fanfares de la gloire.

Ce rêve est sans doute fort beau ; Mais, lorsque de nos jours plus sombres Pâlit et s'éteint le flambeau, Le bruit qu'on fait sur un tombeau Ne va point réjouir les ombres.

Heureux qui, du monde oublie.

Cultive sans inquiétude Et les beaux-arts et l'amiliéî Heureux qui dans la solitude,

LA RETRAITE. an

De la vérité seule épris, Cherche en des livres favoris Le plaisir, et non plus l'étude!

Dans la jeunesse, où l'avenir Nous découvre une mer immense, L'homme entend la voix du zéphir.

Et s'embarque avec l'espérance; Mais bientôt l'imprudent nocher Est froissé par un long orage; Contre les pointes d'un rocher Son vaisseau heurte et fait naufrage.

Lui-même il se sauve à la nage; Il vient sécher ses vêtemens; Les dieux reçoivent ses sermens De ne plus quitter le rivage.

Vainement le zéphir trompeur Lui renouvelle ses caresses :

Il fuit la mer et ses promesses ; Les fleuves même lui font peur.

Il n'ira pas au sein des villes.

Portant des yeux désenchantés.

Abjurer ses plaisirs tranquilles Pour de bruyantes voluptés; Moins passionné , plus sensible , Il ne veut que l'ombre et le frais, Que le silence des forêts.

Que le bruit d'un ruisseau paisible.

Là , quand de ses derniers rayons

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