‹ OEvres de M.J. Chénier, précédées d'une notice sur ChénierChapitre 61 sur 140 · CONTRE L'AMOUR DE LA RETRAITE · texte numérisé non relu

CONTRE L'AMOUR DE LA RETRAITE

Par m. Népomucène L. LEMERCIER.

ijAissE aux rimeurs vanter la solitude; Moi , trop pensif, je la crains et la fuis : . Sou calme ajoute à mon inquiétude; Et la retraite irrite mes ennuis.

Vous qui toujours vous plaignez des vains bruits. Vous qui toujours chantez l'ombre des nuits, La paix des bois et des sombres réduits, De votre muse est-ce vieille habitude?

Qui voit-on seuls? des amants dépités; Des courtisans que la cour a quittés; D'altiers pédans que le public repousse; Des fats honteux de n'être plus cités, Et dont l'orgueil, maudissant les cités. Exhale aux champs l'humeur qui les courrouce Contre des ris qui les ont attristés?

Souvent, hélas! les demeures lointaines Sont les abris des disgrâces mondaines ,

■2i/i RÉPONSE A CHÉNIER,

Ou le séjour de nos caducités.

Là, tel fîicheux, qui déplaît et qui s'aime, Se targue au moins de jouir de soi-même. Rien n'y dément ses sottes vanités :

Paies devient sa déité suprême.

Et le fait roi des lieux inhabités.

Là , tel ministre en un champêtre asile Va s'exiler de peur qu'on ne l'exile, Feignant d'avoir le goût des dignités Moins qu'amour pur des simples voluptés. Château lointain est un rempart utile, D'où maint orgueil fait encor ses traités.

Que si pourtant un sage, un vrai poète, Jurent tous deux qu'ils aiment la retraite, Je les croirai : leur cœur en est épris. De la nature, amour des grands esprits, L'un est l'époux, et l'autre est l'interprète; De ses faveurs ils connaissent le prix.

L'un sur le char du dieu de la lumière Plane avec elle aux célestes lambris; L'autre, plus libre en sa docte carrière, Révèle mieux ses mystères surpris ; Mais sont-ils seuls ? non , ils sont avec elle : Nés pour l'entendre, et dignes de la voir, Rendant chacun leur pensée immortelle.

Et d'elle-même empruntant ce pouvoir.

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