A L'ÉDITEUR
pitre X^ verset [\i. Modestie à part, l'effet du sermon ne peut se figurer : tout Bergerac le sait par cœur; les dévotes n'ont qu'à se bien tenir, leur vertu n'est pas en sûreté; mais réjouissezvous: elles n'ont aucune crainte; elles n'ont jamais été si gaies. Elles appellent les persécutions , comme faisaient nos saints martyrs sous l'infâme Julien, qui ne persécutait pas, qui fut le modèle des vertus humaines , mais qui par cela même est infâme, chrétiennement parlant. Vous n'ignorez pas, mon ami, combien ce malheureux empereur fut corrompu par la philosophie du dix-huitième siècle.
Si la vigne du Seigneur fructifiait partout comme à Bergerac, je n'en serais pas réduit à m'écrier :
Les tems sont durs, et la foi périclite.
Depuis mon fameux sermon , nos pécheresses deviennent dévotes; nos jeunes impies se convertissent. Ils viennent tous me chercher à l'église ; ils viennent me dire , l'un après l'autre : Mon père, madame de Genlis a raison. Je n'entends que cela.... où vous savez. Vive la morale chrétienne !
Pardon , mon cher ami , si j'abuse de votre complaisance ; mais je vous prie instamment de m'envoyer un exemplaire de l'ouvrage posthume
24o LETTRE DE L'ABBÉ MAUDUIT.
où feu M. l'abbé Beurrier ' , prêtre eudiste , a si bien démontré les mystères par les miracles, les miracles par les mystères, l'existence d'une révélation par sa nécessité , et sa nécessité par son existence. On a toujours besoin de livres de cette force ; et mes sermons s'en trouveront bien. Madame de Genlis me servira pour l'éloquence , l'abbé Geoffroi pour les injures, et l'abbé Beurrier pour le raisonnement. Abonnez-moi à la Gazette ecclésiastique , sitôt qu'elle reparaîtra. Tâchez aussi de me rendre quelque service. Vous connaissez mes petites affaires , et vous avez des amis. Je suis docile. J'ai ftiit tout ce qu'on a voulu; je ferai tout ce que l'on voudra. J'ai été prêtre , j'ai cessé de l'être, je le suis redevenu; je me suis marié, déraarié; j'ai juré, abjuré, rejuré. Faut-il blasphémer? Qu'à cela ne tienne. Enfin, parlez pour moi. Je n'ai pas la conscience étroite. Je me sens capable d'être, tour à tour ou à la fois, catholique romain, catholique grec, unitaire, trinitaire, athanasien , arien, pélagien , sémi-pélagien , albigeois, hussite , luthérien , calviniste , anglican , presbytérien , anabaptiste , gomariste , arminien , socinien, janséniste, moliniste, molinosiste, quiétiste, et même déiste. Ne vous gênez pas : allez encore
1 . Le Traité des Sacremens. On a encore de lui lee Analogies de r Incarnation.