‹ Offenbach 1923Chapitre 39 sur 54 · Pp. 86 et suiv · texte numérisé non relu

Pp. 86 et suiv

S'il faut résumer son œuvre, on peut dire qu'il a découvert un monde nouveau, une île inconnue, la terre du rire musical. La tâche n'était point aisée d'inventer une chanson aussi ensorcelante, tenant le milieu entre l’opéra-comique dont la grâce se fanait et la musique de café-concert dont la vulgarité dépassait la mesure. Il a peuplé ainsi le cerveau de ses contemporains de toute une série de créations qui sont des modèles d’esprit, de bonne humeur, d'ingénuité malicieuse. Il a donné la vie à de soi-disant narionnettes qui n'étaient en réalité que des êtres humains regardés par le petit bout de la lorgnette et dont il a quelque peu défiguré la forme afin que personne ne pût se reconnaître et se sentir blessé, Il a été l'historien musical de son temps, un Daumier qui aurait employé les notes de la gamme pour dessiner des silhouettes. Avec Hervé, qu’il ne faut jamais oublier, il a donné naissance à un genre, l’opérette, | qui est française, parisienne, comme la valse est allemande, viennoise. Mais s’il fallait établir une démarcation entre ces deux musiciens gais, on pourrait affirmer qu'Hervé écrivit des opérettes pour s'amuser lui-même, alors qu'Offenbach se donna pour but d'amuser le public. Tous deux ont emporté dans leur tombe le secret de leur art. Un compositeur est venu après eux, qui a essayé de faire revivre la

. verve de leur inspiration et de la rattacher au genre de l’opéra-comique, dont ils s'étaient tous deux

éloignés : ce fut Charles Lecocq, dont il sera ques-

tion, ainsi que d'Hervé, dans notre prochain volume

qui sera consacré à ces autres maîtres de la musique

légère.

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