‹ Offenbach 1923Chapitre 38 sur 54 · Cette phrase a été biffée par Offenbach · texte numérisé non relu

Cette phrase a été biffée par Offenbach

__ Maître, lui demandait-on un jour, que pensez-vous de Beethoven ? |

__ C’est le premier de tous les musiciens.

— Et Mozart ?

=" Cestie seul

« Je n’ose pas penser à la place que Rossini eût donnée à Wagner : celle sans doute que Wagner donne

à Rossini.

« Auber faisait un jour des compliments à un musi-

cien (que j'ai mes raisons pour ne pas nommer) et sur

ses succès, et sur sa grandeur de facilité.

__ Que voulez-vous? lui répondit le compositeur. Je suis forcé de payer comptant. Je n’ai pas le droit de tirer sur le public à trois mois de date.

« La jeune école affecte un grand dédain pour les compositeurs français, pour tous les maitres chanteurs, les mélodistes de tous pays qui paient comptant leur popularité. C’est faire le procès de Don Juan, de Freyschütz, du Pré-aux-Clercs, de la Juive, de la Dame Blanche, de la Muette, des Huguenots, de Guillaume Tell, etc. C’est condamner les adorables symphonies de Haydn, de Mendelssohn, les fantaisies sublimes de Beethoven dans lesquelles la mélodie déborde.

«Ilse peut, puisqu'on l’assure, que tous ces grands > | ; 8

maitres ne soient pas les (€ musiciens de l'avenir ».

« Toujours est-il que depuis plus de soixante ans ces éphémères sont debout, toujours acclamés, plus grands que jamais, grâce aux contrastes, grâce surtout à ce feu divin auquel Prométhée s’est brûlé les ie et que l’on appelle tout simplement : le génie.

« Jacques OFFENBACH. }

Si Offenbach formule sur la musique de Wagner des réserves que l’on peut discuter, il exprime néan-

moins des idées fort justes. Au surplus, nous avons

vu ! à la suite de quelles circonstances le maître du drame lyrique et celui de l’opérette, d’abord très amis, étaient devenus ennemis. La guerre de 1870 avait rendu plus profond le fossé qui les séparait. Par contre, dès 1855, Offenbach avait proclamé son admiration pour Berlioz. Quand linstitut préféra en 1856 Clapisson à l’auteur de la Symphonie fantastisque, Offenbach écrivit dans lArtiste : « On

avait besoin d’un symphoniste, ce fut un danseur

qui l'obtint. »

. Une autre fois il revient à la charge en disant : « Hector Berlioz se console d’être repoussé à l’Académie en obtenant un immense succès avec son Enfance du Christ, trilogie sacrée dont il est à la fois le parolier et le musicien... Berlioz a conquis la sympathie de tout le public musical, dont une partie avait essayé jusqu à ce jour de protester contre ce : talent viril si élevé et si savant, mais qui avait un tort sérieux comme symphoniste, c'était d’être Français. »

Admirons cette belle pensée : la critique d’aujourd'hui ne s’exprimera pas autrement quand il s'agira cinquante ou soixante ans plus tard de faire entrer une œuvre du même Berlioz, les Troyens, dans le répertoire d’un de nos théâtres subventionnés. Des tendances d’un ordre aussi noble, une

vue musicale aussi élevée, aussi pénétrante, honorent

Offenbach. Ce fut un grand esprit, il voyait loin.

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