REPRISES
(VOrphce et de la Grande-Duchesse.
Msidam e Fa.va r t
Les jours d'ingratitude vont commencer:
jaloux d'ajouter une nouvelle variante à l'éternollo histoire d'Aristide, les directeurs se lassent de tant de victoires remportées sous le drapeau de Jacques, dotant de moissons dorées récoltées grâce à lui, et le public, dans son inconscience coutumière, s'inclinera avec eux devant de nouveaux dieux.
Madame J'Archiduc rouvre les Bouffes (31 août), puis, après elle, des mois se passeront sans qu'Offenbach reparaisse au passage Choi-
seul. La Bou1a}ui(''re émigré aux Menus-Plaisirs (l»"" octobre;, tandis que les Variétés se précipitent dans les bras du vaudeville.
Parcourez les colonnes Morris du l*"" janvier 1878 : le nom du maestro n'y est nulle part. Il ne faut rien moins que le naufrage du Théâtre- Lyrique pour le rappeler à la Gaité ; M. Vizentini, devant l'échec suprême de Gilles de Bretagne, songe à remonter Orphée, et le 15 janvier, pour revoir l'Olympe, on se dispute, selon les paroles du monsieur de l'orchestre, jusqu'aux places... du paradis.
Distribution nouvelle à l'exception de M™" Peschard et de M. Christian. M. Habay porte la houlette d'Aristée et M. Grivot, infatigable, cumule les rôles de John Styx et de Mercure. A M"" Piccolo, les ailes de Cupidon; M""* Claudia, Fanny Robert et Sabine Jamet personnifient Junon, Vénus et Amphitrite.
Quand M. Vizentini se voit forcé de renoncer à la lutte l'il février , les artistes, réunis en société, conlinuentles représentations d'Oî^^/iee, mais^la tentative est de courte durée et la Gaîté ferme ses portes jusqu'au mois de mars.
Dans l'intervalle, les Variétés ont rompu définitivement avec Jacques qui, fidèle à l'opéra-boutte, a refusé d'écrire la musique de Niniche,
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Le 13 mars seulement, [il reprend doublement possession des Bouffes, le mystérieux M. X... et l'auteur de la partition de Maître Përonilla, étant une même personne.
« Le compositeur, en se faisant nommer seul, a généralement assumé la responsabilité d'une tâche à laquelle se dérobaient ses collaborateurs bien avisés. Le succès décisif de la soirée, celui du second acte, lui revient donc tout entier. M. Offenbach l'a très certainement composé de verve d'un ])()ut à l'autre : ou, s'il l'a écrit, comme on dit, à bâtons rompus, ce qui est possible, ces bâtons-là sont les raies d'une roue qui court à travers l'imbroglio avec une légèreté toute spirituelle. » {Figaro du 14 mars.)
Et, de fait, il était ravissant cet acte tout entier, depuis les couplets chantés au lever du rideau par M"^ Fanny Robert et les petits pages, jusqu'à la dernière note du finale, en passant par la valse si jolie, et surtout cette Malaguêna exquise, que M"* Peschard caressait ou enlevait tour à tour.
Autre succès de chanteuse pour M"'^ Paola Marié, et aussi pour M'"^ Girard. Moins heureuse, M"* Humberta qui débutait dans Maître Péronilla.
Quant à la note gaie, les valeureux champions
chni'iips dosa défense étaient MM. Daubray et Jolly.
L'exposition est inaugurée le l'ornai. En jetant un regard vers le passé, Jacques revoit tous ces théâtres où son nom Lrillo, il entend l'écho de ses partitions triomphantes, des bravos qui le saluent à l'Opéra-Comique et aux Bouffes, aux Variétés et au Palais-Royal, aux Menus-Plaisirs, durant cette resplendissante année 1867 ; et maintenant l'indifférence semble planer sur lui. Le jour où la clôture annuelle chasse Péronilla des Bouffes, son nom disparait des théâtres parisiens.
A la Comédie-Française, débuts de M. Volny: rOdéon n'a garde d'abandonner les Danicheff. Le Vaudeville tient avec les Bourgeois de Pont- Avcy, un pendant au succès de Diva. A l'Ambigu et à la Porte-Saint-Martin, les Deux Orphelines ei le Tour du Monde.
Tricoche ctCacolet, au Palais-Royal, le Chat botté, de M>L Tréfeu et Blum, à la Gaité. Les Cloches de Corneville et le Petit Duc occupent les Folies-Dramatiques et la Renaissance. Les Bouffes eux-mêmes, enfin, vont entrebâiller leurs portes en plein été pour donner asile à la Reine Indigo.
Mais voici quOrjiihée aux Enfor^i flamboie
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de nouveau en lettres gii^antesqucs sur la faeade de la Gaîté. M. AVeinschenck, devinant la fascination invincible qui attirera, à ce seul nom, la foule des étrangers, a remonté l'opéra-féerie avec tout le luxe désirable.
Un côté piquant dans l'interprétation de cette reprise : ^lour représenter le souverain des dieux, le directeur a engagé M. Hervé.
Aristée retrouve son premier créateur, M. Léonce ; les Variétés sont prêtées à M. Grivot, sans lequel on ne saurait s'imaginer Mercure, et M"" Germain (John Styx). C'est encore M"'" Pescliard (jui soulève la salle avecrEuohe ; et, composant la cour de Jupin : M'""' Berthe Legrand, Angèle, Laget, Baudu, H. Barretti ; sous le casque de Minerve, M"* Marguerite Barretti, souvent applaudie depuis à l'Odéon et à la Porte-Saint-Martin.
A leur tour, les Bouffes reviennent à Offenbach ; c'est la Grande-Duchesse quisigneletraité de paix 5 octobre}. Toutes les démarches faites auprès de M"° Schneider pour la décider à reprendre la couronne de Gérolstein ayant été vaines, c'est à M'" Paola Marié qu'échoit sa redoutable succession.
M"" Luce, MM. Emmanuel, Daubray et Jolly ont à se défendre contre le souvenir toujours présent de M"" Garrait, de Dupuis, de Couder,
(lo Grenier, et bien qne, clans cette lutte, l'avantage reste maintes fois au passé, la Grande- Duchesse parait après dix années d'absence, aussi jtMUie, aussi provoquante qu'à son piTmior sourire.
La réaction s'est accentuée en faveur de Jacques ; nous allons, en moins de trois semaines, le voir coup sur coup dans trois théâtres différents. A la Gaîté d'abord.
Au temps où le maestro tenait le sceptre de ce théâtre, M. Ludovic Ilalévy lui avait proposé de traiter les Brigands suivant le même procédé d'agrandissement employé }»our Orphée.
L'idée ne séduisit-elle pas Otfenbach, ou bien sa retraite empécha-t-elle seule l'exécution de ce projet, la chose importe peu. Mais M. Weinschenck, une fois au pouvoir, songea, lui aussi, aux Brigands.
Jacques se laissa convaincre, et le "25 décembre, Falsacappa et sa bande narguaient les carabiniers du haut des immenses praticables de la ^ Gaîté. Léonce est venu des Variétés rendre au caissier légendaire sa physionomie épique : le chef des brigands et son lieutenant Pietro sont représentés par Christian et Grivot. La saltarelle de Fragoletto est bissée à M™" Grivot, et on a, pour M'"" Peschard, ajouté au rôle
de Fiorella la Malaguêna de Maître Péronilla..
Un ballet intercalé au dernier tableau, le retour du duc de Mantoue, reproduit, dans les limites permises, la fameuse Entrée de Charles- Quint à Anvers du peintre Mackart.
Mais la partition elle-même souffre de tant de hors-d'œuvres, parmi lesquels l'action se noie, et la seconde édition des Brigands ne tient que peu de temps l'affiche.
Trois jours plus tard, M. Cantin, qui semble avoir signé un pacte avec la victoire, remporte aux Folies-Dramatiques un nouveau succès. Madame Favart est le second opéra-comique de la série promise par Jacques; paroles de MM.Chivot et Duru.
Les pires adversaires, eux-mêmes, sont obligés d'en convenir : c'est une brillante revanche des demi-succès des derniers temps. Cette allure enjouée, rapide, toutes ces pages piquées de la tarentule du rythme, et aussi cette note gracieuse, cette émotion furtive, voilà de l'Offenbach vrai, irrésistible autant qu'inimitable.
M. Léon Kerst qui, dans son feuilleton de la Presse, écrivait quelques mois auparavant : « Offenbach n'est plus prophète et Offenbach n'a jamais eu plus de talent qu'aujourd'hui », n'a pas à se déjuger.
« Des couplets et encore des couplets asssaisonnés de l'inépuisable verve que l'auteur de tant d'opérettes prodigue sans calculer, certain qu'il est de ne jamais se trouver à sec ».
Les ovations ont été en croissant jusqu'à la fin et, malgré l'heure avancée, on a trissé la Tyrolienne, chantée par M"" Juliette (îirard ol M. Max Simon.
Citons encore, parmi les héros de la soirée, outre M. Luco et M. Lepers, M. Maugé, que le rôle de Pont-Sablé mettait au premier rang des comiques les plus fins.
Suivons Jacques à présent, à ravant-scène des Bouffes où il surveille les répétitions de la Marocaine, trois actes de M. Paul Ferrier — et de M. Ludovic llalévy, qui restera dans la coulisse.
Dès le 4 janvier 1879 on a fait relâche et le 13, seulement, a lieu la première.
On avait cru à un succès, on était plein de contiance et, dès le milieu de la représentation, toutesles illusions s'envolaient à tire-d'aile. Si bu renommée du musicien restait intacte dans cette malheureuse soirée, la partition, écrite dans un stybî de demi-caractère et avec une remarquable préoccupation de la couleur, n'eu était pas moins entraînée dans le naufrage de la pièce.
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Interprètes : M'"** Paola Marié, Mary- Albert et Hermann; MM. Jolly, Millier et Jeannin.
Dès le 25, la Grande-Duchesse prend la place de la Marocaine et Jacques continue à régner à la fois sur la Gaité, les Bouifes et les Folies- Dramatiques.
Changement de direction aux Bouffes, que M. Comte cède à M. Cantin dans les premiers jours de juin; Offenbach ne reparaîtra plus de son vivant dans le théâtre qu'il a fondé.
La Fille du Tambour-Major
Au mois de novembre, les Folies-Dramatiques reprennent Madame Favart qui vient de triompher encore à Bruxelles et à Londres. On la joue tant que durent les études de la Fille du Tambour-Major, un opéra-comique, célèbre déjà avant la première.
Ce sera la centième partition de Jacques, le centième ouvrage écrit par lui en vingt-cinq années, sans compter les romances, les couplets et les rondeaux semés à tous les vents, improvisés au courant de la plume.
La première est retardée de quelques jours liar la température sibérienne qui étend sur
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Paris un iiianteau de glace ; la Seine est gelée, les boulevards sont enfouis sous la neige et les théâtres, bloqués pour la plupart, ferment leurs Itortes faute de spectateurs. C'est ainsi que le mot Relâche figure à la fois sur les affiches de rOpéra-Populaire, du Chàtelet, des Nations, des Nouveautés, des Arts (Menus-Plaisirs) et des Folies-Dramatiques où Jacques profite de ce repos imprévu pour multiplier les répétitions et les coupures.
Quand le rideau tombe, le 13 décembre, sur l'entrée des Français dans Milan, Ofli'enbach a reconquis à jamais la place qu'on lui discutait hier encore; la victoire est complète, les journaux vont l'enregistrer à l'envi. Partisans ou adversaires de l'opéra-boufife, tous les critiques s'unissent pour chanter les louanges de Mademoiselle Mont-Thabor.
Dans le Gil-Blas^ M. Magnus, qu'on ne pouvait accuser d'excessive indulgence pour la musique légère, se confesse avec la meilleure grâce :
« Oifenbach est toujours lui-même ; il a une espèce de cliché qui lui est spécial, des rythmes qui lui sont propres, que d'autres, en cherchant à limiter, n'ont pas réussi àfaire, etqui deviennent plats et horriblement communs s'ils ne sont pas
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traités avec l'élégance, la finesse et l'esprit qui caractérisent la musique d'Offenbacli. »
Dans la même note est conçue la critique de M. Auguste Vitu :
« Je ne puis juger, au courant de la })lume, les vingt-cinq morceaux dont se compose la partition de M. Jacques Ofîenbacli. Je suppléerai à cette étude par une impression d'ensemble. La musique de la Fille du Tambour-Major possède, à mon avis, une qualité qui, pour moi, la classe dés la première audition. C'est de la musique nette, claire, écrite par une plume qui sait ce qu'elle veut et ce qu'elle peut. Je compare M. Offenbach à un causeur étincelant dont la conversation variée s'alimente de toutes les connaissances et de tous les styles, et qui vous tient sous le charme sans souci des censeurs moroses qui ne lui reprochent que de plaire. »•
La Fille du Tambour-Major avait, dés son premier soir, cette rare fortune de séduire les \ délicats et de forcer la jtopularité : chacun trouvait son compte dans une partition où les refrains étincelants savaient coudoyer les phrases enveloppantes.
C'est devant une salle toujours comble que la 1 centième représentation avait lieu le 7 mars,
avec les créateurs demeurés solides au poste.
La soirée du lendemain était offerte à la garnison de Paris. Encore assourdis par les bravos des troupiers applaudissant les hauts faits de leurs anciens, les artistes des Folies-Dramatiques se rendaient à l'Hôtel Continental, où les attendaient bal et souper, présidés par Jacques -et ses collaborateurs.
Au nombre des invités, M'"'* Léonide Lel)lanc, Manvoy, Bade, Berthe Legrand, Becker, Humberta, Ciawy, Rivero, Rose Thé, Ghinassi, Ilumann, Lavigne.
Quelques lignes volées à YEvénement, clans lequel M. Louis Besson fait, par le menu, le récit de la fête :
c( Onzième vis-à-vis avec maître Otl'enbach lui-même, qui entend jouer par l'orchestre un quadrille de sa façon, qui devine que c'est lui qui a écrit cette musique, mais qui offre une grosse récompense à qui lui dira d'où sortent ces mélodies enfiévrées. »
Au souper, les toasts se croisent et bientôt le Ciel semble prendre à tâche d'exaucer les vœux forméspourlaprospérité de lacentiéme partition. Partout on monte la Fille du Tainhnur-inajor, il est question d'elle pour le moins autant que de la fugue de madame Sarah-Bernhardt
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qui vient de brûler la politesse à la Comédie- Française.
Vienne fête l'œuvre nouvelle avec la même ardeur <]u'autrefois la Grande Duchesse ou la Périchole ; puis c'est Bruxelles qui réclame la l)résence de Jacques aux Galeries Saint-Hubert où M. Carion a royalement monté les trois actes. Le maître y conduit la 59" représentation au milieu d'une pluie de fleurs; la salle est transformée en parterre ; sur la scène le rideau d'Arlequin disparaîtsous les roses ; les couronnes assaillj^nt le compositeur et son interprète, madame Lucy Abel. Rien ne manque au triomjihe d'Offenbach, pas même la sérénade organisée sous ses fenêtres.
Il revient à Paris pour assister à une reprise delà Fie parisienne, aux Variétés, qui tremblent de laisser échapper la légendaire opérette. GondremarketGabrielle, Dupuiset M""' Grivot.
Aussitôt la clôture, les indiscrétions aftluent dans les courtiers du théâtre et jamais le nom de Jacques n'y a été mêlé plus souvent. Hier, on lisait son retour à la Renaissance où les répétitions de Belle Lurette vont commencer; aujourd'hui on nous apprend qu'il doit écriue la musique du Cabaret des Lilas, un acte de MM. Blum et Toché dans lequel madame Théo débutera aux Variétés ; demain nous saurons que