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CHAPITRE V

LES VENDREDIS FOFFENBACH

Du jour où Jacquos se fut installé rue Laffitte, les réunions intimes inaugurées au passage Saulrier ne tardèrent pas à se transformer. Plus l'étoile du musicien montait à l'horizon, plus nombreux se faisait le cercle des noms groupés autour de lui, et bientôt ce fut obtenir un véritable brevet de parisianisme qu'être invité aux vendredis du Maître.

Huit jours après l'apparition de Croquefer, Oti'enbacli donn(.' luie première grande fête (20 février). La fin du monde étant, d'après toutes les prédictions, définitivement fixée au 13 juin 1857, le directeur des BoufTes veut que ses amis emportent de leur passage sur terre un joyeux souvenir de plus.

Si multipliées que soient les invitations il est

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impossible de satisfaire à toutes les demandes et les journaux, en publiant le lendemain le programme des réjouissances, augmentent encore les regrets des refusés.

Un grand intermède musical et littéraire est venu faire diversion aux danses. On y a entendu \a polka des Mirlitons offerte à ses invités par Jacques Ofîenbach et ses camarades, les petits Jules Duprato, Léon Battu, Léo Delibes, Jonas, Ludovic Halévy, Dufrène, Charles Narrey, Albert Cave.

La partie réservée à la littérature et aux Beaux- Arts comprend des fables récitées par Adrien Decourcelle, puis les 132 couplaies de celles d'Egypte^ complainte fantaisiste et attristante du jeune Edmond About. Vu l'incapacité musicale de l'auteur, cette œuvre inédite doit être récitée par le jeune Hector Crémieux, qui saura racheter la fausseté des sons par la pureté des intentions.

Enfin, dans les exercices de force et d'agilité, figure la lutte de Jacques Offenbach contre les difficultés de la prononciation française.

Tel fut l'enthousiasme soulevé par cette soirée qu'une autre fête non moins extraordinaire fut donnée dès le mois suivant.

Après un bal costumé dans lequel brillèrent entre tous Bizet et Nadar en. bébés, Hector Cré-

mieux on pierrot panaché de garde-française, Léo Delibes en pionpiou,Gevaërt en Peau-Rouge, (le Villemessant sous uneostume de la Closerie des Genêts, après qu'on eut acclamé Gustave Doré faisant son entrée sur les mains, les invités s'assirent silencieux: pour assistera la représentation de l'Enfnnf Trouvé ou la prise de Castelnaudary, drame lyrique en cinq actes, dont les décors étaient, au dire du programme, signés de Cambon, Doré, Nadar et Marchai.

Distribution exceptionnelle pour laquelle Offenbach a mis à contribution collaborateurs et intimes : About, Crémieux. Duprato, Halévy, Delibes, Bizet, Gevaërt, etc.

Les accents dramatiques que Jacques arrache au mirliton dans la scène du Miserere sont salués par des trépignements frénétiques. L'émotion causée par cette représentation incomparable n'est pas encore calmée que déjà, sous la direction de M. Carjat, on aiiaquelà Symphonie de la Bnsse-Cour. Tout le . succès est pour M. Delibes qui arrache des larmes aux plus sceptiques, dans la rentrée du petit chien qu'on lui a marché sur la patte.

Désormais l'élan est donné, et chaque vendredi ramène rue Laffitte MM. Crémieux, Albéric Second. Tréfeu, Noriac, de Pêne, Dollingen, Silas, Bischoffsheim, Briguiboule, Caraby, Na-

àiiv, L'Epine, Duponchel, Masson, Stop, de Najac, Bertall, du Locle, Thiboust, Labiche. Marc Michel, Duprato, Ed. Fournier, Delibes, Decourcelle, Edouard Martin, Doré, Jonas, Delacour, etc.

Quelquefois un programme énumère à l'avance les distractions variées qui attendent les amis de Jacques ; parmi ceux qu'on a conservés, figure l'annonce de la Compagnie d'assurances mutuelles contre l'ennui, rédigée par M. L'Epine ; tous les membres du comité de surveillance y sont décorés, suivant leur mérite, de l'ordre du hanneton.

Un simple détail donnera une idée de l'importance exceptionnelle de cette fête : M. Gille y est chargé du bureau des cannes, MM. Delibes, Jonas, Renaud de Vilbac, figurent modestement dans les rangs de l'orchestre.

Les vendredis de Jacques étaient devenus une véritable institution : à l'exception de ses filles, qui ne paraissaient à ces réunions qu'à partir du jour où elles avaient atteint leur seizième année, il aimait à y voir tous les siens.

Madame Offenbach faisait, avec une bonne grâce charmante, les honneurs de ces salons si attrayants, où chacun était à l'aise, où chacun se connaissait. Une seule femme appartenant au

monde ailistiquo y était admise régulièrement ; c'était M"" Emma Fleury, depuis M™°Franceschi.

L'encombrement fut tel, à certains soirs de bal costumé, que les petites tables du souper chcrcbaient asile jusque sur le palier. Que de Ijruit, que d'éclats de rire, au milieu desquels on voyait souvent le musicien travailler, indifférent en apparence au tourbillon qui l'enlaçait, sourd à tous les babillages, ne sortant de son calme que si quelqu'un s'était permis de fredonner.

La colère était de courte durée, et la plume galopait de nouveau tandis que le tapage reprenait plus vigoureux encore.

Combien de souvenirs toujours vivants dans la mémoire des fidèles des vendredis : les tours de cartes de Gustave Doré, ses essais de prestidigitation manquant l'un après l'autre avec une régularité qui l'irritait ; la farandole monstre organisée certain soir et que suivit, dans ses plus capricieux détours, le piano tenu par Gaston Mitchell. Et rayonnante parmi les innombrables surprises qui signalaient ces soirées, la représentation de Faust, donnée dans les dernières années. Quel théâtre oserait aujourd'hui rêver semblable distribution !

A l'orchestre, M. Victorin Joncières, jouant à .a fois du piano et du cornet à piston ; M. Albert Wolff s'est incarné dans Marguerite ; Faust

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emprunle les traits de M. Détaille. A M. Bernc- Bellecour les allures farouches de Méphistophélès; M. Gaston Mitcliell chante l'amour do Siebel. Le ballet de la Kermesse, lui-même, n'est pas oublié.

- Ce n'était pas le vendredi seulement que s'ouvraient les portes de la rue Laffitte ; après chaque première du Maître, les intimes — ceux qu'on appelait le Souper de Jacques — retrouvaient chez lui même hospitalité aimable et franche. Et le nombre était grand des amis qui assistaient à ces solennités, car Offenbach, que sa partition fût aux Variétés, aux Bouffes, à l'Opéra-Comique, achetait quinze cents ou mille frafics de billets pour le moins. Toujours il finissait par céder aux prières de ceux-là qui réclamaient un coin, et bientôt rien ne restait de la liasse de coupons qu'il avait devant lui tout à l'heure.

Ce n'est pas à Paris seulement que Jacques aimait à s'entourer de ses fidèles. L'été venu, Etretat en abritait plus d'un et lés réunions de la villa Orphée ne le cédaient en rien aux soirées de l'hiver.

Là fut célébré le mariage de M"* Berthe Offenbach avec M. Charles Comte ; quatre-vingtseize Parisiens avaient répondu à l'appel du compositeur, pour lesquels on réquisitionna

tous k's logis vacants d'Etretat. Trois jours durant, un convoi de vivres [tart de la villa Orphée dès l'aube, portant café, lait, chocolat aux invités que le déjeuner et le diner réunissent ensuite autour d'une table en fer à cheval traversant quatre i)iéc.es.

A Etretat encore, il fête le vingt-cinquième anniversaire de son mariage, le 14 août 1879. MM. Albert Millaud, Prevel, Arnold Mortier, Angel de Miranda en pierrot, Henry Ileugel, Stop en polichinelle, Robert Mitchell en mendiant, tant d'autres avec eux entouraient M. et M""' Ofl'enbach portant les costumes de mariés de village. La fête n'eût pas été complète sans mirlitons ; aussiJacques avait écrit pour son instrument de prédilection une marche qu'accueillirent des transports d'enthousiasme.

Parfois aussi, une représentation dramati(|ue venait avec sa verve folle, tout l'imprévu de sa fantaisie, ajouter encore à la gaité rie la villa Orphée. Une des dernières fut donnée au mois d'août 1872: les Bons conseils^ moralité en .9 tâblèaiLVy à couronner par l'Académie, jouée en l'honneur de la pi'ésence du Président de la Répul)li(|ue à Trouville.

MM. Adrien Decourcelle, Albert Woltf, Mario Uchard, Berne-Bellecour, Charles Comte, Merle en furent les créateurs en compagnie

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d'Offenbach ; pour représenter le beau sexe on avait fait appel à MM. Toclié, Pierre Decourcelle, et Mario Uchard fils.

Le grand succès du dernier acte fut pour les tours d'adresse exécutés par les frères Boleslas, des gymnastes merveilleux dans lesquels certains spectateurs crurent encore reconnaître MM. Toché et Berne-Bellecour.

Si Jacques prenait si grand souci de distraire ses amis, il n'oubliait pas non plus ses interprètes et nul ne fut plus que lui strict observateur des soupers de centième. Parmi les plus célèbres ont cite encore ceux de la Belle-Hélène, de Trébizonde et surtout ceux d'Orphée (première manière).

Les déjeuners de Jacques

Jamais Offenbach ne déjeunait chez lui ; après avoir travaillé sans relâche, de sept à à onze heures, il donnait audience à son coiffeur, jetait un dernier coup d'oeil au miroir, puis pimpant, soudain rajeuni de vingt années, il gagnait le boulevard pendant que Madame

Offenbach et ses enfants, réunis sur le balcon, suivaient le père des yeux et lui envoyaient un dernier au revoir.

Voulait-on rencontrer le maestro, lui parler affaires, proposer une collaboration, c'est au restaurant qu'on était certain de le rencontrer dès le premier coup de midi.

Durant toute la première période de sa vie, il fut un assidu de chez Peters. Au Passage des Princes, il compta parmi les brillants convives de la table du Figaro, réservée à M. de Villemessant, à ses collaborateurs et à ses familiers. MM. Albert Wolff, Magnard, Aurélien Scholl, Tréfeu, Jouvin, Bourdin, Crémieux, Dollingen, J. Vallès, de Saint-Albin, Th. de Grave, Prevel, Adrien Marx s'y réunissaient d'ordinaire. On y rencontrait aussi Léo Lespès (Timothée Trimm) déjeunant souvent d'un petit salé de 30 centimes, arrosé d'un Château- Yquem coté 25 francs.

Une seule fois, on eut à constater l'absence de Jaeques. Peters venait d'introduire dans sa maison un ours apprivoisé, savant à rendre des points à Munilo. Affecteux et gourmet, l'animal lit le tour de la société, quêtant les morceaux de sucre.

Dès le lendemain, Offenbach manquait à l'appel : démarches et prières ne purent avoir

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raison de sa terreur. Heureusement pourPeters, la Providence mit un beau matin sur laroute.de l'ours un garçon dont le visage lui déplut ; grognements, bousculade, apostropbe au milieu de la face, il n'en fallut pas d'avantage pour décider la mort de la pauvre bête, et le compositeur reparut triomphant au repas dont la victime fît les frais.

Plus tard, c'est au café Riche que le Maitre déjeune, et toujours avec la même régularité ; la table ronde, faisant face à la porte, lui est réservée chaque matin.

Le menu ne variait guère ; mangeur distrait, n'aimant ni ne détestant aucun plat, excepté en voyage, où il déclarait délicieux les mets les plus détestables, Jacques commandait un œuf à la coque, auquel succédait une côtelette. Le cigare allumé dés la troisième bouchée, il causait, ayant l'oreille à chacun, répondant à toutes les questions. Toujours auprès de lui Etienne Tréfeu, son ami et son collaborateur.

A eux se joignaient un jour Villemessant et Aurélien Scholl, une autre fois. Hector Crémieux et Philippe Gille : puis MM. Bischotfsheim de 8aint-Albin, Capoul, Angel de Miranda, Saucéde, Aubryet, Sohège, René Lordereau,

Troisième période: déjeuner chez Bignon où ie suivirent ses fidèles du café Riche, augmen-

SA VIE ET SON OEUVRE !i?55

tes des jeunes collaborateurs, do MM. Albert Millaud, Toché. Le repas de Jacques se terminait invariablement par une tasse de café au lait, dans laquelle il trempait une galette, achetée à son intention, chez le pâtissier installé vis-à-vis du restaurant.

Si aucune répétition ne l'appelait à l'Opéra- Comique, aux Bouffes, aux Variétés, Offenbach, son déjeuner terminé, montait en voiture pour rentrer chez lui. De mémoire de boulevardier, on ne le vit à pied, à moins de se poster à l'entrée du théâtre ou sur les marches de la gare Saint-Lazare.

Etendu dans son fauteuil américain, il reprenait le travail commencé le matin, jetait fiévreusement sur le papier, tout en sifflottant, ces notes serrées, fines, semblables à des égratignures, ne se servant du piano que pour juger de l'effet de certains accompagnements.

De 5 à 7 sept heures, la sieste. C'étaient souvent les seuls instants de repos qu'il put prendre dans cette vie tourmentée, ouverte à l'impL^u, une rêverie plutôl qu'un sounneil. durant laquelle il aimait à entendre encore le murmure des conversations, ne permettant pas (jue Madame Oflenbach fît interdire la porte à un seul visiteur. C'était là une prière qu'il lui avait adressée dès les premiers temps de leur ma-

riage: recevoir, pour lui, quiconque se présenterait durant son travail ou ses voyages.

Au sortir du diner, un flânerie à travers les théâtres où on le jouait, puis il regagnait la rue Laffitte. Madame Offenbach et ses enfants élevés par elle dans l'adoration du père, l'entouraient, puis les intimes venaient et Jacques de reprendre sa plume, indifférent aux rires, insouciant du bruit.

Du jour de son arrivée à Paris jusqu'à son heure dernière, Offenbach ne connut pas le repos: cloué sur son lit par la goutte, au plus fort de ses souffrances, il écrivait encore. Ainsi fut composée la Fi/^e du Tambour-Mcijoi\ ainsi naquirent les Contes cl Hoffmann.

Si impatient qu'il parût des observations, si conscient qu"il fût de lui-même, Jacques se rendait toujours aux conseils de sa femme. Ne livrant pas une page qu'il ne lui eût fait entendre d'abord, il se révoltait quand, en quelques rares circonstances, elle la déclarait indigne de lui ; mais, dès le lendemain, une nouvelle version était écrite et soumise à Madame Offenbach.

Ayant toujours plusieurs ouvrages sur le chantier, il les soignait avec une égale tendresse, proclamait d'ordinaire la dernière partition sa préférée. Il n'eut jamais de faiblesse bien marquée que pour Fortunio, jusqu'au

moment où il commencdiles Contes d'Hoffmann.

Le théâtre s'était incarné en OfFenbach. A peine parcouru, le scénario qu'on lui apportait s'animait devant ses yeux, l'action se déroulait, il la sentait vivre ; et ce fut sa seule faiblesse de s'emballer plus d'une fois sur une situation, d'accepter, en un moment d'enthousiasme, maint livret dont les défaillances n'ont pu être rachetées par la scène qui l'avait séduit.

Jacques aimait à travailler avec ses librettistes, fixant, de concert avec eux, duos, couplets, ensembles. Sa constante préoccupation était d'éviter la monotonie ; il recherchait la grâce après la gaîté, aimait à voir la tendresse succéder à l'éclat de rire. Et là était si bien la note maitresse de son talent que jamais la transition, si brusque qu'elle pût être, n'étonna l'auditeur, entraîné par cette musique qui vivait de contrastes.

On a souvent parlé de la sévérité sans égale du maître, vis-à-vis de son œuvre; on a dit avec quelle impitoyable résolution il tranchait, s'il faisait longueur, le morceau le plus réussi. Parfois même, les sacrifices continuaient au delà de la première : ne tailla-t-il pas sans merci des scènes entières d'Orphée jusqu'à la quinzième représentation ! Une partie de la mu-

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siqiie dv (Jhoufleiiri disparut ù la septiùmc.

Une facilité sans égale l'encourageait d'ailleurs dans cette rage de destruction et la page jetée au panier était vite remplacée.

A une des répétitions de la Belle Hélène, quand la colombe descend du ciel, Dupuis fait remarquer au maître de quelle longueur démesurée paraît la scène et réclame un peu de musique. Jacques va au piano et, tandis que l'oiseau do \'énus recommence à planer sous les frises, il le suit des yeux, improvisant le joli mélodrame qui prit place dans la partition.

Une autre fois, c'est M"' Pfotzer qui treniLle à la pensée du monologue qu'elle doit dire dans la Chanson de Fortunio ; elle ne fait mystère de ses craintes à personne, et un des auteurs se décide à remplacer par une romance le parlé tant redouté. Lajolie poésie «Je l'aime » est vite écrite et remise séance tenante à Jacques qui abandonne la répétition et s'enferme dans le cabinet directorial. 11 revient à l'avant-scène un quart d'heure plus tard, tendant à M"* Pfotzer la mélodie qui reste une des 'perles du rôle de Valentin.

Une autre anecdote moins connue:

Offenbach est chez Bignon, déjeunant en tète à tète avec M. Albert Millaud, qui apporte le paroles d'un rondeau depuis longtemps

véi'lamé par lecoiiipositoiii'. Jacques los lit altontiv(Mnoiil. les parcourt une seconde fois, puis, craignant de laisser échapper, dans le 'trajet du boulovard des Capucines, la phrase qui se dessine déjà, il s'empare d'une assiette, y trace à la hâte les cinq lignes réglementaires et, son motif noté sur ces tablettes improvisées, reprend gaiment le repas interrompu.

Deux ou trois versions différentes écrites souvent pour un même morceau, les scènes entières coupées à la minute dernière ou durant les répétitions, les œuvres de jeunesse oubliées à dessein, les croches jetées au hasard de l'inspiration, sur un cahier ou sur une feuille volante, les partitions commencées puis délaissées, forment un amoncellement de manuscrits que M'"' Ofîenljach conservait avec une ferveur jalouse. Au milieu du même trésor, les notes écrites au jour le jour par le père en des carnets sans nombre, la longue correspondance chaque soir échangée avec sa femme, durant les voyages triomphants, les lettres de ses enfants, les souvenirs des premières années tendrement réunis, même les calendriers aux dates soulignées, avec des hiéroglyphes indiquant dans la marge les premières, rappelant les victoires par un trait de plume — et domi-

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liant le fauteuil dans lequel il aimait à s'étendre, ce fauteuil vénéré à l'égal d'une relique, le portrait de Jacques sourit à ceux dont la même pieuse adoration veille sur sa mémoire, qui l'entoura vivant.

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