‹ Offenbach en AmériqueChapitre 17 sur 24 · AU NIAGARA · texte numérisé non relu

AU NIAGARA

cains, qu'en disant qu'ils sont en réalité: un beiceau à roulettes.

Par exemple, je n'aime pas beaucoup cette cloche permanente qui vous suit pendant tout le trajet avec son glas funèbre, mais c'est peutêtre une habitude à prendre.

Du reste il ne faut pas avoir l'oreille trèsdélicate quand on voyage en Amérique. On est continuellement persécuté par des sons fâcheux.

Ainsi, à Utica, où nous nous arrêtons quelques minutes pour le lunch, je vois — et j'entends, hélas î — un grand Nègre qui frappait sur un tam-tam. Évidemment il devait jouer des airs à lui, car il frappait tantôt fort, tantôt avec une vitesse étonnante, tantôt avec une lenteur mesurée. Il mettait dans son jeu, je ne dirai pas des nuances, mais des intentions. J'oubliai de luncher pour examiner ce musicien qui m'intriguait beaucoup. Pendant son dernier morceau, car pour lui ce devait être un

morceau, je fus tout yeux et tout oreilles. Il commença par un fortissimo à vous rendre sourd, car il était vigoureux, ce Nègre, et il n'y allait pas de main morte. Après ce brillant début, sa musique continua un decrescendo^ arriva au jomno, puis a-Ujpï'anissimo, puis.... au silence.

Au même instant le train s'ébranlait, j'eus à peine le temps de mettre un pied sur la marche que déjà il filait à toute vapeur.

Nous arrivons à Albany, où l'on s'arrête pour dîner. Devant le restaurant d' Albany, je trouve un autre grand diable de Nègre, à peu près pareil à l'autre et qui jouait également du tam-tam.

— On en met donc partout, pensai-je. Voilà un pays où l'on aime furieusement le tam-tam.

Ventre affamé n'a pas d'oreilles, dit un de nos proverbes. Je suis désolé de m'inscrire en faux contre un dicton recueilli par la sagesse des

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