XXVIII OFFENBACH EN AMÉRIQUE
déjà pas une si mince besogne de vulgariser un art. c'est-à-dire de rendre les charmes et lex séductions de la musique accessibles aux cerveaux rebelles.
Aujourd'hui.madame. votre mari débute dans la carrière littéraire, On ne sait jamais quelle sera la destinée d'un livre, et je ne pense pas que l'éditeur, en me demandant une préface, ait eu l'intention de m'imposer une étude approfondie sur le littérateur Offenbach. Ceci vous explique pourquoi. dans cet avant-propos. je vous ai parlé de tout, excepté de ee volume. La vogue certaine de louvrage est dans la couverture et le nom populaire de l'auteur. Un peu plus ou moins de valeur littéraire ne pourrait rien ajouter à la renommée de musicien de Jacques, ni rien diminuer de sa réputation d'homme d’esprit: mais je ne serais point surpris que cette fantaisie littéraire d'un compositeur de grand talent
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OFFENBACH EN AMÉRIQUE XXIX redevables à Jacques de tant de bonnes soirées doivent être curieux de savoir comment il écrit: ceux-là retrouveront dans son vovageen Amérique le même abandon et la même spontanéité qu'on rencontre dansses partitions. D'ailleurs je ne pense pas qu'en écrivant ces pages, votre mari ait eu l'intention de renverser la statue de Christophe Colomb et de prendre sa place sur Le quai de Gônes. Jacques n'a pas précisément découvert PAmérique, mais 1lajoute une note toute personnelle à tout ce qui à été écrit sur le Nouveau Monde.
Vous, chère madame,qui êtes une des femmes les plus distingutes que je sache, vous ne me pardonneriez pas si J'en disais davantage. Vous avez un tact si sûr en toutes choses que je perdrais certainement de votre estime si je vous affiemais que la littérature française vient de s'enrichir d'un monument glorieux. Ce n'est pas
d'ailleurs à de si hautes destinées que le littéra-
XXX OFFENBACH EN AMÉRIQUE teur Offenbach a visé en jetant sur le papier ses impressions de voyage. Il se pourrait que le vent emportât un jour ou l'autre ee 1euilles légères, mais ce qui est certain. c'est que vous et vos enfants vous les conserverez pieusement en souvenir de ce voyage lointain, entrepris par un artiste souffrant dans des *:ditions tout à fait spéciales. non pour récolter de nouveaux lauriers dont il
pouvait se passer, mais pour remplir le devoir
d'un honnête homme et d'un chef de famille
vraiment digne de ce nom.
Ce livre. madame. vous consolera des tristesses
dont une si longue absence à dû remplir votre
excellent cœur. La joie est rentrée dans votre maison, un instant silencieuse et aceablée. Je profite de ces dispositions heureuses pour vous prier de vouloir bien m'exeuser si. en tête de cette préface. j'ai. sans vous consulter. inscrit votre nom. Il m'a été tout particulièrement doux
de vous adresser ces lignes en reconnaissance de
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OFFENBACH EN AMERIQUE XXXI l'amitié précieuse dont vous m'honorez. Dans cette ville sceptique et affairée vous avez créé un salon vraiment artistique, qui est une des curiosités de Paris en même temps qu'un point de repos pour ceux de vos amis qui, fatigués de la fièvre parisienne, Y viennent respirer à l'aise l'atmosphère douce et sereine de la vie de fa- | mille, honnète, laborieuse et respectée. Dans ce milieu charmant il-est tout naturel que votre mari ait développé les qualités les plus saillantes
de son talent : l'esprit et la distinction.
Paris, octobre 1876.