‹ Offenbach en Amérique [microforme]Chapitre 48 sur 69 · PHILADELPHIE · texte numérisé non relu

PHILADELPHIE

Me voilà à Philadelphie. Il est onze heures du

soir. Je suis descendu au Continental Hôtel, une

reproduction comme grandeur du Tiplte Avenue

Hôtel à New-York. Seulement il y a encore plus

de monde que d'habitude, car les Américains

donnent un grand dîner à l’empereur du Brésil,

qui habite l'hôtel.

De mon appartement j'entends une musique,

pas absolument harmonieuse, qui joue Orphée

aux Enfers. Est-ce le départ de don Pedro ou

mon arrivée qu’on salue. C'est peut-être pour

l'un ou pour l’autre. À moins que cette mu-

168 OFFENBACH EN AMÉRIQUE sique n'ait été commandée, — ce qui est plus probable — pour jouer pendant le dîner.

Le lendemain, à dix heures, je descends dans la salle à manger pour déjeuner. Absolument la répétition du repas de New-York. Cependant il y a là une chose qui donne un cachet particulier et assez bizarre à la salle, c’est qu’on n'est servi que par des nègres et des mulâtres. Pour être admis en qualité de garçon dans cet hôtel, il faut avoir un pot de cirage sur la figure.

La salle à manger est immense, et il est vraiment original de voir une trentaine de tables grandes et petites, occupées pour la plupart par de très-belles dames en grande toilette autour desquelles voltigent quarante ou cinquante nègres. Les nègres ne sont pas mal, mais les mulâtres ont des têtes superbes. J'ai idée qu’A-

lexandre Dumas a dû passer pas mal de temps

dans ce pays — car le portrait de notre grand

romancier y est joliment reproduit.

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PHILADELPHIE 169 Aussitôt après déjeuner, je suis sorti pour aller à l'exposition. Je ne me souvenais plus que c'était un dimanche. Or, le dimanche l’exposition est fermée, les maisons et les restaurants sont fermés, tout est fermé dans cette joyeuse ville. Aussi c'est d’un gai ! Les quelques personnes que l'on rencontre sortent de l'église avec leurs bibles et des figures d’enterrement. Si vous avez le malheur de sourire, elles vous regardentavec des yeux flamboyants; si vousaviez le malheur de rire, elles vous feraient arrêter.

Les rues sont superbes, d’une largeur à faire envie au boulevard Haussmann. A droite et à gauche, des maisonnettes toutes en briques rouges; aux fenêtres, des encadrements de marbre blanc. De loin en loin un joli petit hôtel. Ce qui pullule par exemple, ce sont les églises. Les jolies Philadelphiennes ont probablement beau-

coup à se faire pardonner, et je n'y vois pas

grand mal.

On bâtitun nouvel hôtel-de-ville touten marbre blanc qui coûtera, dit-on 200 millions de francs.

Mes deux amis et moi nous ne savions que faire pour occuper notre dimanche. On nous conseilla d'aller à Indian Rock dans Fairmount Park. Il faut deux heures pour s’y rendre, mais on ne sort pas du parc. Les Philadelphiens sont fiers de cet immense jardin. Ils ont raison, car on ne peut rien voir de plus beau ni de plus pittoresque. Cà et là des petites maisonnettes se cachant dans les broussailles, des rivières serpentant sous les arbres, des vallées fraîches, des ravins ombreux, des bois superbes, c’est d’un touffu !

De temps en temps on voit sur la route des restaurants, des cabarets remplis de monde. Les

hommes, à la mode américaine, étaient allongés

dans des berceuses ou bien sur des chaises ordi-

naires en appuyant leurs pieds sur un point plus

élevé que leurs têtes. Ils avaient tous devant

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