SLEEPING-CARS
Pour revenir du Niagara, j'ai pris le train de
nuit. Je n'étais pas fâché d'expérimenter par
moi-même les sleeping-cars, ou wagons-lits,
dont on m'avait tant parlé.
J'entrai donc dans le wagon-salon qui était
disposé comme d'habitude, c’est-à-dire avec de
grands fauteuils de chaque côté de la galerie,
des cabines particulières pour les fumeurs, et
toutes les commodités que j'avais déjà tant ad-
mirées en venant. Rien n'indiquait dans l’ins-
tallation de ces cars qu’on pût y dormir dans un
lit. Un moment je crus à une mystificalion tant
il me paraissait impossible qu’on pût donner à
coucher à tous les messieurs et à toutes les dames qui se trouvaient avec moi dans ce beau salon.
Tout à coup, vers neuf heures du soir, au moment où l'obscurité nous envahissait, deux employés de la compagnie Pullmann apparurent et se mirent à l’œuvre. Les habiles machinistes! ou plutôt les jolis trucs! En un clin d'œil nos fauteuils avaient été transformés en lits. Com-
ment cela s’était-il fait? Bien simplement. Sur
les fauteuils reliés ensemble par une planche,
on avait d’abord déposé un matelas, des draps, une couverture. Le salon ainsi métamorphosi en dortoir serait insuffisant pour le nombre des voyageurs si l’on n'avait recours à un autre expédient. Au-dessus de chacun des fauteuils-lits, se trouve un petit appareil que l’on déploie et qui se trouve être un lit de sangle. Il y a donc deux étages de lits superposés dans chaque compar-
timent. lits du rez-de-chaussée et lits de l’entre-
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s de l’entre-
RETOUR DU NIAGARA 195 sol. Avoir des lits, c'est bien; s’y coucher, c’est parfait. Mais il ÿ a une petite opération préalable que l’on n'aime pas à faire publiquement. Les hommes — s'ils étaient seuls — se déshabilleraient bien les uns devant les autres; mais les femmes — et cela se comprend — ne peuvent pas se déshabiller devant un aussi grand nombre de voyageurs. I fallait donc que l’inventeur des sleeping-cars trouvât un moyen de rassurer la pudeur des Américaines. Il y est arrivé en faisant de chaque couple de Hits — un lit d'en haut et un lit d'en bas — une véritable chambre. Deux grands rideaux tirés parallèlement dans le sens de la longueur du wagon forment au centre du compartiment un long corridor de dégagement q'ie les voyageurs peuvent parcourir si bon leur semble. Entre chacun de ces rideaux et la paroi du wagon, d'autres petits rideaux”se déploient perpendiculairement. Une
personne couchée se trouve done au centre d’une
petite chambre qui a, du côté de la tête, un mur
de bois, et sur les trois autres faces des cloisons cu de toile. J'ai connu des hôtels où les murs de SOI carton pâte étaient moins discrets que les murs mé d’étoffe du sleeping-car. mi
k Tousles préparatifs sont terminés ; alors com. ch
| mence une scène assez piquante. Chacun choisit sal
1: son lit et se glisse dans le petit compartiment je qui lui semble le plus avantageux. Puis, pen- ré dant quelques minutes, on entend autour de di soi, dans Îles chambres voisines tantôt des de bruits de bottes qui tombent, tantôt d’agréables pc froufrous qui trahissent des soulèvements de s« jupes.
Quand un mari voyage avec sa femme. il a (1 | parfaitement le droit de se coucher sous le même bi rideau que sa compagne. Ce fait m'a été révélé pe
par une conversation à voix basse, extrême- do à
ment intéressante, qui se tenait dans Ja cabine
voisine de la mienne du côté droit.