LES AUTOGRAPHES
À Albany, un Américain me présenta à sa femme et à sa belle-mère. Pendant que nous causions, vint à passer un marchand d’éventails, J'en achetai deux pour quelques cents et je les offris à ces dames.
— Nous acceptons, monsieur, me dirent-elles; mais à une seule condition ?
— Laquelle ?
— C’est que vous inscrirez votre nom sur un coin de l'éventail.
— Ah! un autographe, fis-je.
Et je m'empressai d'accéder à leur désir.
ii J'ai pu constater du reste en maintes occahi sions combien les Américains avaient la manie des autographes. Ils poussent cette passion Jus-
qu'à l’indiscrétion.
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J'airecu en moyenne, pendant mon séjour
aux États-Unis, dix demandes par jour venant
de toutes les parties du territoire américain.
J'ai été abordé, suivi et poursuivi dans les res-
aurants, dans les jardins publics, dans les
théâtres et jusque dans les rues par des collec-
ionneurs acharnés qui voulaient à toute force
obtenir quelques lignes de mon écriture. Ma
calligraphie faisait prime.
Et des lettres de toute nature. Les unes naï-
ves, les autres ingénieuses :
« Monsieur,
» J'ai parié avec un de mes amis que vous étiez
né à Paris. L'enjeu est considérable. Veuillez,
je vous prie, me faire savoir, par un petit mot,
si j'ai gagné mon pari. »
Un autre avait parié que j'étais originaire de
Cologne. Un troisième avait affirmé que ma pa-
| trie élait la petite ville allemande d'Offenbach, Un connue pour sa fabrique de coutellerie. Et tou- dinai
Jours, cela se terminait par la demande « d'un un
petit mot ». voud
Un certain nombre de mes correspondants M
inconnus agissaient d'une autre façon. | quil i: « Je m'appelle Michel; je suis un parent laiss ii éloigné de votre beau-frère Robert. Envoyez. aves ii moi un petit mot pour me donner de ses nou M guet JE velles. » il Se | ïù : Ceux-là ne savaient même pas qu'entre Michel 15e h et Mitchel, il y avait une différence dans l’or- enct
[IN ; thographe. | P Il y avait aussi le modèle suivant. 7 ï « Monsieur, j'aurais quelque chose de mis D Cet
; important à vous communiquer. Voulez-vous si 1
me recevoir ? Un petit mot de réponse, s’il vous I
plait. » | qui
Je pourrais citer une quarantaine de formu-
les du mème genre.
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Un jour, un Anglais m'aborde pendant que je
dinais au restaurant Brunswick.
— J'habite San-Fransisco, me dit-il, et je
voudrais avoir votre nom.
Mon diner tirait à sa fin, je me levai tran-
quillement, je lui tendis ma carte gravée, et je le
laissai assez interloqué. Je croyais en être quitte
avec cet original; mais le lendemain, il me
guetta et au moment où j'entrai dans la salle,
il se précipita sur moi, tenant à la main
une feuille de papier, une plume et un
encrier.
Puis d’une voix émue :
— Votre signature seulement ! je pars ce soir.
Cela me ferait tant de plaisir, je suis venu de
si loin!
[n’y avait pas moyen de refuser à un homme
qui venait de si loin.
Toutes les demandes que je recevais étaient
loujours accompagnées d'une enveloppe portant
l’adresse du destinataire et munie d’un timbre pour l’affranchissement. J'en ai réuni ainsi de cinq à six cents. Je préviens mes honorables quêteurs et mes jolies quêteuses d’autographes LI que J'ai collectionné leurs timbres avec soin et que j'en ai envoyé le produit à un bureau de
bienfaisance. Qu'ils recoivent donc, avec l’ex-
pression de mes regrets, les remerciements des En pauvres. dirigs D de co
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