NAS RER
soustraire à l'exécution... de mon œuvre,
« Advienne que pourra, me dis-je, j'ai promis de conduire deux actes, je les conduirai à la grâce de Dieu. »
Quelle représentation ! Il fallait entendre cela. Mes deux clarineltes faisaient des couacs à chaque instant... excepté pourtant quand il en fallait. Dans la marche comique des aveugles du premier acte, j'ai noté quelques fausses notes qui produisent toujours un effet amusant. Arrivées à ce passage, mes clarinettes s'arrêtent, et comptent des pauses. Le cuistre qui à orchestré ma musique à écrit ce morceau pour le quatuor seulement.
Déjà, à la répétition, j'avais prié messieurs les clarinettistes de jouer n'importe quoi en cet endroit, sachant d'avance que les couacs viendraient naturellement. Mais j'avais compté sans mon hôte. Forts de leur texte, les brigands
ont absolument refusé de marcher.
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mon œuvre.
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— Nous avons des pauses à compter, nous
les compterons. Il n’y a rien d’écrit pour
nous.
— Mais, messieurs, les couacs que vous
faites quand il n’y a pas de pauses, ne sont pas
écrits non plus, et cependant vous vous en don-
nez à cœur-joie.
iipossible de les convaincre. Voilà pour les
clarinettes. Quant au hautbois, c'était un fantai-
siste qui Jouait de temps en temps quand l’en-
vie lui en prenait. La flûte soufflait quand elle
pouvait. Le basson dormait la moitié du temps.
Le violoncelle et la contrebasse, placés derrière
moi, passaient des mesures et faisaient une
basse de contrebande. À chaque instant, tout
en conduisant de la main droite, j'arrêtais
soit l’archet de la contrebasse, soit celui du vio-
loncelle. Je parais les fausses notes. Le premier
violon — un excellent violon celui-là, — avait
toujours trop chaud. Il faisait une chaleur de
quarante degrés dans la salle. Le malheureux voulait toujours s’essuyer le front.
Mais moi, d’une voix émue :
— Si vous me lâchez, mon ami, nous sommes perdus !
Il posait son mouchoir avec tristesse et reprenait son instrument. Mais la mer de la cacophonie montait toujours. Que de fausses notes! Heureusement le premier acte touchait à sa fin.
Un succès d'enthousiasme !
Je croyais rêver.
Tout cela n’est rien auprès du second acte.
Ayant toujours en tête l’orchestration que j'avais écrite, je me tournais à gauche, vers la petite flûte qui devait, d'après mon texte, exécuter une rentrée. Pas du tout, c'était le trombone à droite qui me répondait.
Mes deux clarinettes, fortes en... couacs, avaient à faire, toujours d’après ma partition,
un chant à la tierce. Le musicien de l'endroit
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avait enlevé ce chant aux instruments à archet pour le donner au piston, qui jouait faux, et au basson, qui dormait toujours.
Nous arrivons péniblement au finale. J'étais en nage. Je me disais que nous n'irions pas jusqu'au bout:
Le duo entre Rose et Bavolet marcha cahincaha; mais enfin il marcha. Le finale enchaîne le duo. Comme celui-ci finit en ut, j'ai fait naturellement, pour l'entrée de Clorinde qui attaque en si majeur, la modulation par le do dièze, fa dièze, mi. La basse fait le la dièze. Ma petite marche harmonique avait été orchestrée par le grand musicien de X°** pour les deux fameuses clarinettes, le hautbois qui ne jouait pas et le basson. Diable de basson ! IT dormait plus profondément que jamais. Je fais des signes dèsespérèés à son voisin qui le réveille brusquement. Si j'avais su, je l'aurais laissé dormir. Cet ani-
mal-là, au lieu d'entonner la dièze, attaque un
mi dièze de toute la force de ses poumons. Cinq tons plus haut! La malheureuse artiste qui joue Clorinde suit naturellement l'ascension naturelle et prend la mélodie également cinq tons plus haut. L’orchestre, qui n'entre pas dans tous ces détails, continue à jouer cinq tons plus bas. On peut juger d'ici de la cacophonie. Je me démenais sur mon pupitre, suant à grosses gouttes, faisant des gestes désespérés à Clorinde et à mes musiciens. C’est alors qu’une inspiration du ciel vint à mon esprit égaré. J'adressai à mon tambour un signe énergique et désespéré. [Il comprit, et il exécuta un roulement! Ah! le beau roulement, à casser les vitres. un roulement de trente mesures qui dura jusqu'à la fin du duo et qui escamota Dieu sait combien de fausses notes. Le publie n’a certainement pas compris pourquoi, au milieu de la nuit, dans une scène mystérieuse, le tambour se faisait tout
à coup entendre avec une telle force et une telle
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et une telle
persistance. Peut-être a-t-il vu là un trait de
génie du compositeur ? C'en était un en effet,
qui m'avait permis de sauver la situation. Je ne
puis penser sans frémir aux horreurs antimu-
sicales que ce roulement a si sérieusement dissi-
mulées.
Après cette excentricité, je m'attendais natu-
rellement à un déluge d’injures dans les jour-
naux qui parleraient de la représentation. C'est
tout le contraire qui se produisit : des éloges,
rien que des éloges sur la façon magistrale avec
laquelle j'avais conduit!
Aller à New-York et ne pas voir comment on
éteint les incendies en Amérique serait un oubli des plus regrettables. Il faut absolument voir ça. Si par extraordinaire on ne vous procure pas ce spectacle en mettant le feu à une habitation voisine, vous n’avez qu'à vous mettre dans les bonnes grâces de mon ami M. King et vous jouirez du spectacle tout à votre aise, sans avoir à déplorer le moindre dégât ni chez vous ni chez vos voisins.
J'ai été invité à assister à une fête de ce genre organisée spontanément pour moi un soir
après mon concert à Gilmore Garden.
216 OFFENBACGH EN AMERIQUE Je ne saurais mieux faire à cette occasion que
de citer le Figaro, où ma visite aux pompiers est
admirablement décrite par M. Bertie-Marriott,
le sympathique correspondant, que M. de Villemessant avait envoyé en Amérique pour repré. senter son journal.
Je crois faire plaisir à mes lecteurs en ne me bornant pas à citer le passage touchant auk pompiers. Car dans ce qui précède la relation des hauts faits de ces braves gens, 1l est quelque peu question de moi, et, puisque le titre de ce livre m'oblige parfois à parler plus de moi que je ne le voudrais, je suis très-heureux qu'un autre se soit chargé de raconter mes faits el gestes.
Voici donc sans autre préambule l’article en
question.
Casion que Ompiers est e-Marriott, M. de Vil-
pour repré.
s en ne me chant au la relation st quelque titre de ce
de moi que
'eux qu'un
es faits-el
’article en