‹ Offenbach en Amérique [microforme]Chapitre 64 sur 69 · DE PHILADELPHIE A NEW-YORK · texte numérisé non relu

DE PHILADELPHIE A NEW-YORK

» New-York, le 5 juin 1874.

| » Une machine mugit, je suis parti, une

| autre rugit, je suis arrivé à « Jersey-City ». La

première, c'est la locomotive qui m'emmène, la

seconde celle du « Ferry-Boat », immense bac à

vapeur qui me conduit et me jette dans « l’'Em-

pire City », la ville impériale, New-York.

» Nous élions, dans cette vaste construction,

tout un monde, des chevaux, des voitures, un

tas d'hommes. Tout cela debout, bêtes et gens

anxieux d'arriver. [l fait nuit, et cependant on

sent que ces gens-là sont toujours pressés, pres-

sés d'arriver, pressés de prendre du repos, pres-

sés de se débarrasser du sommeil. Ce dernier

est du temps perdu. Aujourd'hui les pousse vers

demain, car demain est pour chacun ce qu'était

hier : une affaire, une lutte! Le temps, ils l'ont

dit, c'est de l'argent. Il faut faire vite, car tous courent.

» On parle, brièvement, toujours d’affaires; el ce ne serait pas exagéré d’aflirmer que, sur cent mots entendus, le mot « dollar » revient soixante-quinze fois. Voilà le dieu, le vrai, peut-être le seul, l’ancien veau d’or, adulé, encensé et comment! A ses pieds point de protestants cette fois, tous lévites, devant lui point de Moïse pour le renverser.

» À mon grand étonnement, j'entends prononcer si souvent un nom, que j écoute.

» C’est celui d'Offenbach.

» Ah çà! me dis-je, aurais-je dépassé le véloce Verne? Aurais-je brusquement et en trois heures fait le tour du petit hémisphère? Serais je à Paris ? C’est si « machine » ce pays-ci! Qui sait ?

» Mon voisin me rassure. Je suis bien à New-

York, et notre sympathique maëstro ÿ est aussi,

UE

vile, car tous

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bien à New-

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LES POMPIERS 219 me dit-il. Il dirige un orchestre; il y a foule pour l'entendre, le voir, le toucher; il va comme tous entendre le maître; je le suis. C’est un grand musicien, ajoute ce Yankee, on lui donne 1,000 dollars par soirée pour conduire, rien que pour conduire cet orchestre.

» Tout est là pour cet homme-argent. « On lui donne 1,000 dollars! » Aussi quel respect admiratif et avec quel tremblement métallique dans la voix dit-il ces mots : « On lui donne 1,000 dollars! »

» Pour lui, Américain, ce n’est pas le brio de

cette musique étincelante et brillante qui l’enlève, qui le fera applaudir, bisser : c’est ce chiffre de 1,000 dollars. C’est sa cote, et elle urandit dans son esprit la personnalité du maître. Et comment n'en serait-il pas ainsi ? Enfant, c'est le premier mot qu'il a entendu, jeune ç’a été son premier amour, homme ce sera

sa seule et unique passion.

» Je me laisse entraîner,et, au sortir de rues mal éclairées que je traverse, je tombe brusque-

ment dans un jardin couvert, immense, éclairé

de mille feux de couleurs. C’est énorme, c’est

beau, quelle foule! que de jolies femmes!

» J'arrive difficilement au centre. C’est plein, serré, on se bouscule. Sur une estrade, cent musiciens attendent, l'œil fixé sur le bâton du maitre. [l est là, lui ; il semble qu'il soit un peu nerveux sous celte multitude d’yeux curieux qui le fixent, l'enveloppent de toutes parts. — C'est une polka.

» Il l'a composée à bord et exprès pour les Américains. Ils le savent et sont contents. Le rhythme en est tantôt lent, tantôt rapide, mêlé de chants et de rires; c’est brillant, entraînant et je surprends ces gens si froids d'ordinaire, si préoccupés, qui s'amusent avec ennui presque toujours, je |

Musiciens et public sont remués, il y a de l’en-

tir de rues je brusqueise, éclairé prime, c’est mes !

est plein, trade, cent e bâton du soit un peu urieux qui

S. — C’est

s pour les ntents. Le pide, mêlé entraînant dinaire, si ui presque bon cœür.

a de l’en-

thousiasme. Un tonnerre d’applaudissements

retentit, on « bisse », on trépigne à rompre la

salle. On recommence la polka.

» Enfin il a fini et descend, on a l’amabilité

de le laisser passer.

« Le Figaro, me dit-il en me voyant, le Figaro

» à New-York! voilà qui me fait encore plus de

» plaisir que ce que vous voyez, que ce que

» vous venez d'entendre. »

» Et, me prenant par le bras, il me fait tra-

verser cette foule qui par cette marque d'amitié

doit me décorer du nom de « hant personnage ».

Combien de jolies « misses » voudraient être

pendues à ce bras célèbre? Bras qui gagne 1,000

dollars par soirée!

» Vous comprenez : que de jalouses on ferait

d’abord! Et puis, que de toilettes abracada-

brantes on se paierait? Elles me regardent

comme si Je les volais, ma parole! « Vous savez

» que je vous emmène, me dit le maëstro. On

» vient de me proposer de voir les pompiers et

» vous comprenez que Je tiens beaucoup à voir cette institution dont on a tant parlé, dont ils sont si fiers! »

» .... Eh bien! c'est merveilleux, incroyable; c’est un prodige! Si nous n'avions pas été là nous-mêmes, montre en main, nous ne l’aurions jamais cru, nous aurions dit : « Laissez donc, vous êtes un blagueur ! »

» Voici, en quelques mots, ce à quoi nous

avons assisté :

» Un des chefs du département du feu,

M. King, nous accompagnait. Voulez-vous choisir le poste que nous allons surprendre ? dit-il a maëstro. Choisissez ?

» La dix-huitième rue étant près de là, Offenbach la lui désigna ; nous nous mettons en route. À la porte : « Attention ! nous dit M. King, préparez vos montres. — Etes-vous prêts? — Oui. »

[l touche un petit timbre, un homme vient ou-

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« Laissez

quoi nous

du feu, vous choire ? dit-il

la, Offenen route.

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— Oui. »

vient ou-

LES POMPIERS 223 vrir; nous entrons. La machine est là, superbe, luisante; au fond, trois chevaux sont dans leurs stalles, tout harnachés; les pompiers sont audessus, ils dorment. Un gong est appendu£contre la muraille. C’est lui qui va donner l'alarme. Faites bien attention et rangez-vous contre la muraille de peur des chevaux. Boum, boum, houm.

» Les trois chevaux sont attelés, douze hommes sont là, qui, montés sur la pompe, se précipitent en avant des cheva'x; le cocher pompier a dit : « Ready? » Combien de temps ? nous demande M. King. Il y avait six secondes et demie que le gong avait résonné!

» Sans un mot, sans une observation, les chevaux sont remis dans leurs stalles, les hommes remonteut se coucher. L’inspecteur a voulu voir si le service était bien fait, c’est son droit; il s’en est assuré, eux ont fait leur devoir.

» Eh bien! j'avoue que je n'avais pas eu le

temps de rien distinguer. J'avais bien entendu

comme un roulement de tonnerre, c'étaient les hommes; comme un tremblement épouvantable ébranlant le plancher, c’étaient les chevaux. J'avais bien vu une lueur rouge, la machine brûlait son charbon. J'avais bien vu une forme noire pendue aux brides, c'était le cocher avec son cri: « Ready », c'est prêt; mais, Je le répète, je n'avais pas eu le temps de rien distinguer, et cependant comme le disat le cocher, tout était prêt — en six secondes et demie! — Je regarde Offenbach, il était muet. Il regardait encore, que tout était déjà rentré dans l’ordre habituel; ses yeux semblaient effarés comme s’il eût été sous le coup d’un cauchemar rapide: il restait coi, je devais terriblement lui ressembler. Ai-je réussi à vous donner l'idée d'une rapidité pareille, vertigineuse, télégraphique ? Malgré moi, notre système de pompes françaises

me vint à l'esprit : J'étais honteux.

n entendu

'étaient les ouvantable

chevaux.

a machine une forme ocher avec , Je le réien distinle cocher, demie! — IL regardait ans l’ordre rés comme ar rapide ; lui ressemidée d’une graphique ?

s françaises

» Qu'en pensez-vous ? nous demanda M. King.

Offenbach avait retrouvé l'usage de la parole : «J'ai faitet vu bien des féeries, dit-il, mais jamais de cette force-là ! » — M. King sourit, il était content. « Je vais, dit-il, vous montrer mieux que cela. Venez avec moi, » Nous le suivons, et. arrivés sur une des grandes places de New-York « Madison square », il nous fait arrêter devant un grand poteau.

» Je vais ouvrir cette boite, vous, maëstro, vous presserez un bouton. Ce bouton communique avec six postes ou compagnies semblables à celles que vous venez de voir, et chacune demeurant à des endroits différents, la plus rapprochée est à un kilomètre et demi, la plus éloignée à deux kilomètres et demi. « — Préparez encore vos montres. En pressant le bouton vous donnerez l'alarme dans ces six postes. Etes-vous prêt ? Oui. — Pressez! »

était minuit juste, les rues adjacentes étaient

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encore sillonnées de voitures. Tout à coup, et de chaque avenue, des cloches se font entendre accompagnées de roulements épouvantables.

Partout les voitures se rangent vite et s'arrêtent

comme frappées sur place, les piétons restent

immobiles. On entend circuler le mot « fire!

fire! » le feu! le feu!

Ventre à terre, elles arrivent grondantes, sifflantes, haletantes, vomissant la vapeur. Ce sont elles, ce sont eux. Pompiers et machines sont là. « Where? where? » où? où? demandent les hommes. Les chevaux sont déjà dételés, les tuyaux ajustés. — « Où? où? » Le même signe arrête cette ardeur vertigineuse. Chacun retourne à son poste sans un mot de dépit, sans unemarque de mécontentement.

— Combien de temps? demande M. King. — Quatre minutes et demie !

Ainsi, en quatre minutes et demie, six puis-

santes machines attelées, chauflées, prêtes à

p.et de ntendre tables.

arrêtent restent

« fire!

tes, sif- Ce sont les sont

lent les le signe cun reit, sans

ing, —

X puis-

rêtes à

lancer des torrents d'eau sur le point attaqué

étaient là. Pressez un autre bouton, et six autres

seraient arrivées, et, ainsi de suite, toutes les

machines de la ville seraient arrivées si l’on

avait voulu.

Tant que je vivrai, jamais, non jamais, je ne

ressentirai une émotion aussi empoignante, aussi

vraie que celle que j'ui ressentie cette nuit. En

voulez-vous d'autres? demande M. King. Non,

non, assez, C'est trop palpitant!

Et malgré moi, je vois encore un incendie à

Paris, ces cris désordonnés de la foule, cette

charrue absurde avec ces petits seaux, ces pom-

pes à bras, arrivant quand le mal est déjà sans

remède, nos braves pompiers accourant, pleins

d’ardeur, 1l est vrai, mais essoultilés, éreintés

par la course.

Quel contraste! Voyons, puisque c’est ici que

l’on peut le voir, le copier, — voyons, mesda-

mes, les compagnies d'assurances, venez! mais

venez donc!.. Vous y gagnerez à importer ce système en France, et nous aussi. Vous aurez fait acte d'humanité d’abord, puis vous aurez de meilleurs profits, et nous, nous toucherons de plus gros dividendes. Allons ! un peu de courage! un peu de révolte contre la routine, un peu moins d’esprit casanier, et je vous promets

que votre première nuit à New-York sera aussi

bien employée que la mienne... mais vous ne

viendrez pas.

BERTIE-MaARRIOTT.

Je n’ajouterai que deux mots au récit si fidèle que ie correspondant du Figaro à fait de ma stupeur devant l'incroyable agilité de ces pompiers américains. Je les ai saisis au moment ou les coups de gong les réveillent en sursaut. Rien de i i üx C : voir glisser uu bas de leur lit, s'enfouir dans des pantalons qui

ne font qu'une pièce avec les hottes, passer leurs

bret sur

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mporter ce Vous aurez vous aurez toucherons peu de couroutine, un us promets k sera aussi

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