LA CORPORATION
Les sociétés américaines, qui sortent à tout bout de champ, ont pensé qu'il importait à leur dignité de faire quelque bruit dans le r monde. Aussi ont-elles, pour la plupart, des musiques ou des fanfares militaires. — Mais quelle musique î
J'ai vu à Philadelphie une de ces sociétés en promenade. Drapeaux, bannières, costumes, chars, tout cela est réglé comme une marche dans une féerie avec un luxe décoratif étonnant et souvent de bon goût dans chaque bande militaire qui accompagne les différents groupes de la promenade. Il y avait bien une douzaine de musiciens qui tracassaient des pistons et des trombones et qui marchaient à la queue sur deux rangs très-espaces. Le chef d'orchestre s'était placé au milieu et jouait de la clarinette. Derrière lui venaient le triangle, le tambour et la grosse caisse. Jugez quelle harmonie étrange l'accouplement de ces
quinze musiciens devait produire. Ce qui me réjouit le plus ce fut de voir la grosse caisse, qui frappait à tour de bras son instrument, s'appliquer à le maintenir dans une position horizontale afin que chacun pût bien voir l'annonce d'un pharmacien qui s'épanouissait en belles lettres noires sur la peau d'âne.
La publicité de celte grosse caisse m'amène à dire un mot de la réclame telle qu'elle est comprise et pratiquée aux États-Unis.
On sait bien que les Américains sont grands amateurs d'annonces; mais il faut avoir parcouru leur pays, visité les grandes villes, les plus petites bourgades et même les sites les plus sauvages, pour savoir jusqu'à quel point ils poussent leur passion.
J'ai rencontré, un jour, à New- York, deux geunes gens qui se promenaient bras dessus, bras dessous. On leur avait attaché, avec des épingles, une pancarte sur le dos.