‹ Offenbach en Amérique; notes d'un musicien en voyageChapitre 22 sur 30 · IN A CHOICE SELECTION OF · texte numérisé non relu

IN A CHOICE SELECTION OF

SÂCRED ET CLASSICAL MUSIC ÂiMMSÏtM, 50 CENTS

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Pendant huit jours mon Grand Sacred Concert fut placardé aux quatre coins de la ville. Pendant ce temps j'avais fait mon programme, un très-joli programme.

Deo grattas, du Domino noir;

Ave Maria, de Gounod ;

Marche religieuse, de la Haine ;

Ave Maria, de Schubert ;

Litanie de la Belle Hélène : dis-moi, Vénus ;

Hymne, d'Orphée aux Enfers ;

Prière y de la Grande-Duchesse (dites-lui) ;

Danse séraphique : polka burlesque.

Angélus, du Mariage aux Lanternes.

Malheureusement l'autorisation fut reprise au dernier moment. Je regrette que l'on n'ait pas donné suite à ce projet ; car je suis persuadé que mon Sacred Concert aurait eu du succès ce soir-là.

PULMANN CARS

Quelle belle roule que celle qui conduit de New-York au Niagara. Jusqu'à Albany surtout le paysage est merveilleux. On longe l'admirable rivière d'Hudson. Je cherche dans mes .souvenirs à quel fleuve d'Europe je pourrais comparer ce fleuve américain. Il y a des endroits qui me rappellent les plus beaux passages du Rhin. Il en est d'autres qui dépassent en grandeur et en charme tout ce que j'avais pu voir jusqu'alors.

Le voyage s'efl'ectue du reste dans des condi-

tions excellentes. Les pulmann-cars sont une institution précieuse. Être en chemin de fer, et n'avoir aucun des inconvénients des chemins de fer ; voilà le grand problème réalisé par ces wagons merveilleux. On n'est pas parqué, comme chez nous, dans des compartiments étroits, ni exposé au fourmillement qui vous passe dans les jambes après quelques heures d'immobilité. On n'a pas à craindre l'ankylose des membres fatigués par une position trop longtemps conservée.

Dans le train américain, vous pouvez marcher, arpenter les wagons les uns après les autres depuis le fourgon des bagages jusqu'au tampon d'arrière. Quand vous êtes fatigué de la promenade, vous trouvez pour vous reposer un salon élégant et d'excellents fauteuils. Vous avez à votre portée tout ce qui rend la vie agréable. Je ne saurais mieux résumer mon admiration pour les chemins de fer améri-

cains, qu'en disant qu'ils sont en réalité : un berceau à roulettes.

Par exemple, je n'aime pas beaucoup cette cloche permanente qui vous suit pendant tout le trajet avec son glas funèbre, mais c'est peutêtre une habitude à prendre.

Du reste il ne faut pas avoir l'oreille trèsdélicate quand on voyage en Amérique. On est continuellement persécuté par des sons fâcheux.

Ainsi, à Utica, où nous nous arrêtons quelques minutes pour le lunch, je vois — et j'entends, hélas I — un grand Nègre qui frappait sur un tam-tam. Évidemment il devait jouer des airs à lui, car il frappait tantôt fort, tantôt avec une vitesse étonnante, tantôt avec une lenteur mesurée. Il mettait dans son jeu, je ne dirai pas des nuances, mais des intentions. I J'oubliai de luncher pour examiner ce musicien qui m'intriguait beaucoup. Pendant son dernier morceau, car pour lui ce devait être un

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morceau, je fus tout yeux et tout oreilles. Il cominença par un fortissimo à vous rendre sourd, car il était vigoureux, ce Nègre, et il n'y allait pas de main morte. Après ce brillant début, sa musique continua un decrescendo, arriva au jom/io, puis au jo?'am6'simo, puis.... au silence.

Au même instant le train s'ébranlait, j'eus à peine le temps de mettre un pied sur la marche que déjà il filait à toute vapeur.

Nous arrivons à Albany, oii l'on s'arrête pour dîner. Devant le restaurant d' Albany, je trouve un autre grand diable de Nègre, à peu près pareil à l'autre et qui jouait également du tam-tam.

— On en met donc partout, pensai-je. Voilà un pays où l'on aime furieusement le tam-tam.

Ventre affamé n'a pas d'oreilles, dit un de nos proverbes. Je suis désolé de m'inscrire en faux contre un dicton recueilli par la sagesse des

nations ; mais malgré mon appétit formidable, la musique de mon Nègre me poursuivit pendant tout le repas. Il jouait exactement comme son collègue d'Utica. Son morceau se composait de la même succession du forte, du piano, et du pianissimo. Frappé par cette coïncidence singulière, j'allais demander si vraiment les Nègres prenaient les soli de lam-tam pour de la musique et si ce qu'on jouait là était leur air national, quand un de mes amis me prévint.

— Ce Nègre vous intrigue, me dit-il. Attendezvous à en voir un semblable à toutes les stations de cette ligne.

— Est-ce une attention délicate de la compagnie?

— Non, ce sont les restaurateurs qui les entretiennent. Ces Nègres doivent jouer pendant tout le temps que le train reste en gare. Leur musique sert à avertir les voyageurs qui sont entrés dans le restaurant. Tant que le tam-tam

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résonne à toute volée, vous pouvez rester tranquille ; quand le bruit diminue, c'est signe qu'il faut se presser. Quand il est près de s'éteindre, les voyageurs savent qu'ils doivent se précipiter dans le car qui, comme Louis XIV, n'attend pas, et, ce qui est plus désagréable encore, ne prévient pas. — Tant pis pour ceux qui manquent le train.

Je ne sais pas si je préfère au procédé américain celui qu'emploie le restaurateur de Morcenz, entre Bordeaux et Biarritz. N'ayant pas de Nègre, ce buffetier crie lui-même de sa voix de stentor : — Vous avez encore cinq minutes ! vous avez encore quatre minutes î vous avez encore trois minutes 1 Au fond les deux systèmes se ressemblent. La seule différence, c'est que l'un vous assourdit par des cris dans son établissement, tandis que l'autre vous assomme par sa musique en plein air.

On a beaucoup écrit sur cette merveilleuse chute ; mais personne n'a encore trouvé le moyen de dépeindre l'effet produit par ce large fleuve au moment oii il se précipite d'une hauteur de cent cinquante pieds dans un tourbillon insondable. La vue de ce vaste amphithéâtre, de cette prodigieuse masse d'eau déferlant avec un b)uit de tonnerre, comme la vague monstrueuse qui suit un tremblement déterre, m'a donné le vertige et m'a fait oublier tout ce que j'avais lu, tout ce que j'avais entendu dire et tout ce que mon imagination m'avait fait entrevoir. Ce torrent diluvien, encadré dans une nature sau-

vage, bordé par de grands arbres d'un vert intense, sur lesquels s'abat sans cesse comme une rosée, la poussière d'eau de la chute, défie la photographie, la peinture et la description. Pour décrire, il faut comparer. A quoi comparerait-on le Niagara, ce phénomène sans rival, ce phénomène permanent à la grandeur duquel on ne peut s'habituer ?

Gomme nous étions absorbés dans la contemplation de la merveille:

— C'est ici, nous dit la personne qui nous accompagnait, qu'un Indien a trouvé la mort, il y aà peine quinze jours. Entraînée par le courant, malgré les efforts des rames, la légère embarcation qu'il montait se rapprochait de la chute. L'Indien, se sentant à bout de forces, comprit que tout était perdu. Il cessa de lutter. On le vit s'envelopper dans son manteau rouge, comme dans un suaire, et se coucher au fond de son canot. Quelques secondes après, il était

sur la crête de la gigantesque vague et il descendait avec la rapidité de l'éclair dans cette tombe humide et bruyante voilée par un brouillard d'une blancheur virginale.

En entendant le récit de cette catastrophe, à la fois effrayante et grandiose, j'enviai malgré moi le sort de ce malheureux Peau-Rouge, et je m'étonnai que tous les Américains à bout de ressources ne préférassent pas la chute du Niagara au revolver insipide. Après avoir joui longuement de cet admirable spectacle, je traversai le pont et je mis le pied sur le territoire du Canada.

— Vous y verrez des Indiens, m'avait-on dit..

Je m'attendais à trouver des Sauvages ; on m'a montré des marchands d'articles de Paris. Ils étaient affreux, je n'en disconviens pas ; ils avaient l'air féroce, je le reconnais encore; mais étaient-ce bien des Indiens? j'en doute.

Indiens ou non, ils m'ont environné de tous

les côtés, m'offrant qui des bambous, qui des éventails, qui des porte-cigares, qui des portefeuilles d'un goût douteux. Gela m'a rappelé les Indiens de la forêt de Fontainebleau qui vendent des porte-plumes et des couteaux à papier.

Néanmoins j'ai fait quelques acquisitions; mais je crois bien que j'ai rapporté en France des. rossignols qui devaient provenir de quelque liquidation de bazar parisien.

Sur le bateau qui vous mène à tous les beaux endroits du lac, se trouve un distributeur de prospectus, qui vous force à prendre son petit papier. A Paris, quand un de ces industriels vous offre une réclame, on la prend, parce qu'il faut bien encourager le commerce, mais on a soin de la jeter dix pas plus loin dans le ruisseau. J'eus le bon esprit de ne pas en agir ainsi avec le prospectus que l'on m'avait donné et j'en ai été récompensé. Le papier qui m'avait été mis dans les mains, presque malgré moi, est un document précieux qui peut avoir la plus haute influence sur les destinées de la France.

Ce document commence, il est vrai, par ex-

pliquer comme un guide vulgaire les beautés des sites que l'on découvre sur les rives du lac; mais il contient un passage extrêmement curieux dont je suis heureux de pouvoir donner ici le texte et la traduction :

Howe-Point near the outlet of the lake is named in order to honor the idol of the army, Lord Howe, who was killed at this place in the first engagement with the French. Hère it was that Louis XVI of France through the instrumentality of two french priests in 1795 banished

his son THE ROYAL DAUPHIN, whcH but SCVCH

years old, and arranged with one Indian chief Thomas Williams to adopt him as his own son. He received the name of Eleazer, and afterwards as the Rev. Eleazer Williams was educated and ordained to the ministry ofïiciating for many years among the Oneidas of western New- York, and afterwards in Wisconsin where he was visited a few vears since hv the Prince de

Jo INVILLE, and offered large estâtes in France if he would renounce his right to the THRONE OF FRANGE. Thèse tempting offers he declined preferring to retain his right as KING ÔF FRANGE, although he might spend his life in preaching the gospel to the poor savages, which he diduntilthetimeofhisdeathsoroeyears since.

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