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Ogôoué et Como

L'auteur des pages ci-dessous n'est plus. Envoyé à Madagascar avec une mission du Gouvernement, il a succombé aux fièvres'. Cette mort, cruelle, inattendue, soudaine, a tranché brusquement une carrière à peine commencée, — Maurice Barrât n'avait pas 28 ans, — mais dont les débuts accusaient de radieuses promesses.

Né à Toulouse le 8 septembre 1868, Maurice Barrât se distinguait, dès le lycée, par des succès exceptionnels dus à ses belles facultés et à la constance de son labeur. Après avoir conquis avec d'excellentes notes ses grades universitaires, après avoir mérité le prix d'honneur en mathématiques spéciales, il se prépara pour l'École normale et fut placé en bon rang parmi les admissibles. Entré le premier à l'École polytechnique en 1888, il adopta la spécialité d'ingénieur au corps des mines. Dès sa sortie de l'École nationale des mines, il était désigné, par le directeur de l'École, à l'administration du Congo français, qui demandait un jeune ingénieur pour le charger d'étudier sur place les ressources géologiques et minières de la contrée.

En juillet 1893, Maurice Barrât se mettait en route : il accomplissait son étude de N'Djolé à Franceville par l'Ogôoué, et de Franceville à N'Djolé, par terre, en pays inconnu. On trouvera dans la relation qui suit l'exposé des péripéties, souvent périlleuses, et aussi des résultats géographiques de ce voyage où Maurice Barrât fit preuve, dès ses débuts, des qualités de sang-froid et de résolution qui distinguent le véritable explorateur. Le succès de la mission fut officiellement constaté dans un rapport adressé au Ministère des Colonies par M. de Chavannes, lieute-

1. Communication adressée à la Société de Géographie dans sa séance du 6 avril 1894. — Voir la carte jointe à ce numéro du Bulletin.

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nant-gouverneur du Congo, dont les appréciations sont tout à fait à l'éloge du jeune ingénieur.

L'obligeance de M. le Ministre des Colonies nous permet de donner ici quelques extraits de ce rapport daté de Libreville le 4. janvier 1894.

« J'ai l'honneur de porter à votre connaissance que M. l'ingénieur des mines Barrât, qui avait été chargé d'une mission géologique dans la région de l'Ogôoué et dans celle des monts de Cristal, rentre en France par le paquebot postal du 7 janvier courant, sa tâche sur les lieux étant terminée.

«' En vous annonçant ce retour je tiens à vous faire connaître que M. Barrât, non seulement s'est acquitté de sa tâche (qui n'était point sans risques ni sans difficulté) à l'entière satisfaction de la colonie, mais encore qu'il l'a accomplie dans des conditions qui lui font pleinement honneur et dénotent chez ce jeune savant des qualités personnelles de la plus haute valeur et un rare mérite.

(( Dans un rapport sommaire, dont je vous envoie ci-joint la copie, M. Barrât a exposé brièvement les conditions dans lesquelles sa mission s'est accomplie et a condensé en quelques lignes le résultat scientifique de ses recherches et de ses investigations. Je me plais à reconnaître que la manière même de ce rapport fait honneur à la modestie de son auteur et que la prudence des conclusions qu'il renferme est pleine de sagesse. »

« Lorsque M. Barrât aura produit les mémoires définitifs qui seront la conclusion de sa mission vous jugerez, Monsieur le soussecrétaire d'État, de la récompense qu'il convient de donner au jeune savant qui nous a apporté, sans aucun souci d'intérêt personnel, le concours précieux de ses connaissances techniques et son dévouement. Pour ma part et dès aujourd'hui, en reconnaissance des services que nous a rendus M. Barrât, en raison des qualités de décision, d'énergie et de tact dont il a fait preuve dans des circonstances difficiles, et notamment lors d'une attaque de sa mission par les indigènes, à quelques jours de marche de Libreville, je me fais un devoir de le proposer pour la croix de la Légion d'honneur.

« C'est grâce aux mesures de prudence qu'il avait adoptées pour sa marche en pays inconnu, grâce au sang-froid avec lequel il a pris les dispositions de défense, qu'avec 7 miliciens seule-

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