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ment il a pu repousser l'attaque de tout un village, n'ayant qu'un seul blessé sur 70 hommes et mettant en fuite les agresseurs, en leur infligeant des perles sérieuses qui seront pour eux une dure leçon t>.
L'année qui suivit son retour, Maurice Barrât, nommé inspecteur des travaux publics des colonies, partait pour la Réunion, Diégo-Suarez et Ka Nouvelle-Calédonie. Cependant le voyage fut interrompu dès les premières étapes et Maurice Barrât, rappelé en France par le Ministre des Colonies, y rentrait en mai 1895. En attendant la nouvelle destination pour laquelle il allait être désigné, il se rendait, en janvier 1896, à l'appel du gouverneur du Soudan, comme ingénieur-conseil chargé de résoudre certaines questions relatives à des concessions de mines d'or sur le Niger et le Falémé. Il utilisait ainsi le temps qui le séparait delà saison favorable pour se rendre à Madagascar où il devait procéder aux premières études d'établissement d'un grand réseau de voies de communication.
Cependant, de son voyage à Diégo-Suarez, Majunga et Tamatave, il avait rapporté des fièvres dont il était incomplètement guéri ; mais, sourd aux conseils des affections éclairées qui l'entouraient, dominé par la suggestion du devoir à accomplir, comptant d'ailleurs sur l'air de la mer pour raffermir sa santé débilitée, il s'embarquait à Marseille le 25 mai dernier, sans avoir pris un instant de repos. Douze jours plus lard, le 6 juin 1896, il succombait, et son corps était enseveli dans les premiers flots de l'Océan Indien, à la hauteur du cap Guardafui.
Le temps avait manqué à Maurice Barrât pour faire plus que de se livrer à de premières recherches sur le terrain; il n'avait pas eu le loisir de consigner en des écrits développés les conclusions de ses enquêtes. Aussi l'énumération est-elle courte des documents dus à sa plume. Jl s'était orienté dans le sens du développement colonial oii son esprit lucide entrevoyait pour notre pays un renouveau de richesse, de force et de grandeur. Il a laissé, réunies dans de précieux cahiers, les premières notes d'une élude appro fondie sur le domaine colonial de la France, envisagé au point de vue de ses ressources. On a vu aussi que l'administration avait reçu un exposé des observations faites au cours du voyage de Libreville à Franceville et retour, de ce voyage dont la Société donne, ici même, la relation accompagnée d'une carie. Sans doute, d'autre part, le gouvernement du Sénégal conserve-t-il les conclusions présentées par Maurice Barrât sur les sujets qui l'avaient amené à Saint-Louis au commencement de 1896.
Mais, les géographes comme les géologues ne manqueront pas d'apprécier un mémoire (( Sur la Géologie du Congo français ' », dans lequel Maurice Barrât marque avec beaucoup d'autorité et une grande sûreté d'appréciation, l'état actuel des connaissances sur la configuration et la structure du Congo français et des régions voisines.
Extrait des Annales des Mines^, ce travail restera comme une excellente synthèse du sujet. Tel a été le jugement de l'Académie des sciences qui lui décernait, en 1895, une partie du prix Bordin.
Ainsi a passé cette vie fugitive qui n'a été qu'une aurore, mais une aurore dont les clartés ont fait surgir le mirage de brillants horizons, de prestigieuses pers})ectives d'avenir. Le jour s'annonçait radieux, tout s'est éteint brusquement. La sombre et banale fièvre a eu raison du jeune combattant dès ses premiers pas sur le champ de l'action. Elle a réduit à néant d'harmonieux équilibres de savoir et de pensées si bien préparés pour l'évolution d'une carrière féconde, pour l'accomplissement de généreux desseins.
Le nom de Maurice Barrât a été attribué à un square intérieur du lycée de Toulouse. A Toulouse également, une colonnette surmontée d'un buste perpétuera le souvenir du pauvre disparu. Les traits si distingués, si fins de Maurice Barrât se prêteront bien aux noblesses de la sculpture. Ce modeste monument sera l'hommage des douleurs inconsolables ot des hautes espérances brisées.