Basset, op. cit., p
3. Marcos de Lisboa, Tercera Parte de las chronicas de la Orden de los Frayles Menores, Salamanque, 1570, f» 178 B, col. 1.
A la cour éthiopienne, les Franciscains avaient rencontré plusieurs Européens, des Italiens surtout. Ces Européens étaient venus en Ethiopie chercher des pierres précieuses; mais, depuis de longues années, ils se voyaient retenus à la cour, et, quoique bien traités, ils regrettaient leur liberté. Leurs noms sont rapportés dans la relation de la mission franciscaine. Ce sont :
Nicolas Brancaleone (nommé plus haut),
Jacomo Garzoni,
Piero da Monte,
Zuane Darduino, tous les quatre de Venise;
Nicolo, de Manloue;
Ghola (Nicolas) di Rossi;
Gabriel, de Naples;
Zuane da Fiesco, de Gênes;
Mathieu, de Piémont;
Philippe, le Bourguignon ;
Gonzalve, le Catalan;
Lyas de Barutho (Elle de Beyrouth ?), qui était venu en Ethiopie avec une lettre du pape.
En 1485, peu après la fin de la mission du P. Jean de Calabre, arrivaient à Jérusalem deux Franciscains portugais, frères Antoine de Lisbonne et Jean de Montarroyo, envoyés par le roi de Portugal Jean II pour tâcher de pénétrer dans le mystérieux empire du Prêtre-Jean, Ils espéraient rencontrer à Jérusalem des pèlerins éthiopiens, qui leur eussent servi de guides; mais, au moment de leur arrivée, il ne s'en trouvait aucun. Au reste, leur imparfaite connaissance de l'arabe entrava leur tentative, et, après deux années environ d'infructueuses démarches, ils revinrent à Lisbonne ^
1. Fr. Fernando da Soledade, Historia serafica cronologica de ordem de S. Francisco na provincia de Portugal, tomo III. Lisbonne, 1705, p. 412.
.yi. Mais si les Franciscains n'ont pu, au moyen âge, pénétrer en Ethiopie qu'à de rares intervalles, ils n'en ont pas moins obtenu des renseignements géographiques importants sur cette contrée, au commencement du xvi^ siècle, au moment où la mission politique portugaise, dont Francisco Alvarès nous a laissé la relation, était encore en Ethiopie. Le manuscrit de Florence de frère Nicolo di Oliveto, dont j'ai parlé plus haut, nous donne les itinéraires qui en 1522 et 1523 furent dictés à ce moine par trois religieux franciscains originaires d'Ethiopie : frère Raphaël d'Axoum (Tigré), frère Thomas de Ganget (province d'Angot) et frère Antoine d'Urcurcar (province deBugna). Je rapporte ces itinéraires tels qu'ils sont relatés dans l'extrait de ce manuscrit publié par leP.Marcellino deCivezza^
Itinéraire de frère Raphaël d'Axoum.
De Barara (Barar) à Cheso 20 à 25 milles, une journée de marche, plaines fertiles. — De Cheso à Seacher, 2 journées, plaines. — De Seacher à Ensuoso, ajournées, plaines. — D'Ensuoso à Modoge, 4 journées, plaines. — De Modoge à Bedeuegi, 7 journées; d'abord des plaines, puis près de Bedeuegi de grandes montagnes. -— De Bedeuegi à Ambat, 2 journées, plaines. — D'Ambat à Ghegefage, 1 journée à travers montagnes et vallées. — A Ghegefage passe une rivière appelée Ochiet.
De Ghegefage à Degdon, 5 journées, plaines. — De Degdon à Uasel, collines. — D'Uasel à Foara, bois, 3 journées; à Foara coule une rivière. — De Foara à Doncona, 3 journées, collines; la rivière Ala traverse Doncona et de là se dirige vers l'est. — De Doncona à Sonaro, 5 journées, bois. De Sonaro à Balto, 4 journées; à mi-chemin, on traverse la rivière Mêla.
1. Op. cit., p. 218-222. Je reproduis les noms géographiques avec l'orthographe italienne de l'auteur du manuscrit.
De Balto à Gora (peut-être Goraba entre Gondar et le lac Tsana), 2 journées. — De Gora à Fandon (peut-être Fanja), i journée. — De Fandon à Meladele, 5 journées; Meladele est une grande ville. — De Meladele à Gorcar, 4 journées, montagnes. — De Corcar à Inasa, 2 journées. — D'Inasa à Belet, 1 journée; Belet est une grande ville. — De Belet à Ancuc... Ancuc possède une grande église de chanoines, qui compte plus de 40 aùleis. A Ancuc passe une grande rivière, nommée Solno.
D'Ancuc à Uero, 2 journées. — D'Uero à Soncanet. — De Soncanet à Quoat. — De Quoat à Mensenuam. A Mensenuam on passe un fleuve qui va vers le Nil et se nomme Sumet. — De Mensenuam à Angaban. — D'Angaban à Diquaro ; à Diquaro coule la rivièrs Schedia, elle se dirige vers le Nil. — De Diquaro à Flemona (le Fremona des missionnaires jésuites du xvi' et du xvii* siècle); à Flemona passe un affluent du Nil, la grande rivière Asen.
De Flemona à Axon (Axoum). — D'Axoum à Lelia (Alléluia), 2 journées; là coule la grande rivière Marab (Mareb). — De Lelia à Seraué, montagnes. — De Seraué à Deuarua (Dibaroua), collines et bois, pays fertile. — De Seraué à Amasen (ou Hamazen), montagnes et vallées. — Du Hamazen à Bachela (Bachilo), montagnes et vallées, peuplées d'éléphants et de bêtes féroces. — De Bachela à Soachen (Souakim), grandes plaines, habitées par des bergers chrétiens.
En résumé, de Barar à Axoum, 30 journées; d'Axoum à Souakim, 22 journées.
Frère Raphaël était parti de Denna dans la province d'Anguot (Angot); et, passant par Maria, pays situé dans la province de Hamazen (V. contra plus loin), il était allé directement à Souakim sans passer par Massawa, ou plutôt sans s'y arrêter, car deux pages plus loin il est dit qu'il alla de Massawa à Souakim.
Itinéraire de frère Thomas de Ganget (ou Gaget), province d'Angot,
Au sud de Barara est le Damot (grand Damot), province de 60 journées de tour; villes : Auesga et Us, la première à 45, la seconde à 6 journées de Barara.
En continuant au midi, du côté de Tocéan Indien, on trouve la province de Vogé ou Uogé, traversée par la rivière Uobi, et gouvernée par une reine; elle avait élé en guerre avec le Negus, puis s'était soumise et lui payait tribut.
La cour du Negus était à Ugié. A 8 journées était une grande ville appelée Besegaï, à l'ouest de laquelle, en allant vers Ugié, il y a, dans la province de Godjam, de grandes montagnes, nommées Gatat, où naît le fleuve Auas (Awash); ce fleuve vient du nord de Barara, coule à l'ouest de Barara, à l'est d'Us et vers l'océan Indien.
D'Ugié à Barara, 8 journées. Barara est dans la province d'Urab; c'est une grande ville. Le Patriarche {V Abonna) y réside, et elle possède une grande église. Le Negus y demeure aussi la plupart du temps.
De Barara à Ufat, où sur une montagne est un couvent d'environ trois mille moines, 8 milles. — D'Ufat à Eson, grande ville où sont de nombreux écoliers, 8 milles. — D'Eson à Zancar, grande ville et autre capitale du Negus, 5 milles; plaines et traversée d'une rivière nommée Duchra.
De Zancar à Bedeuegi, 8 journées, plaines, puis montagnes. Bedeuegi a un château fort ; là passe une rivière, nommée Zerma, qui coule vers l'est. — De Bedeuegi à un château nommé Alala, 1 journée et demie à travers les montagnes; à Alala passe la rivière Onchiet (l'Ochiet de frère Raphaël), qui se réunit à la Zerma.
D' Alala à Digino 2 journées et demie, plaine et traversée d'une rivière qui passe à Digino. A Digino est une église
soc. DE GÉOGR. — 2* TRIMESTRE 1896. XVII. — 15
placée sous le vocable de la Sainte Trinité et desservie par trois cents chanoines.
De Digino à Uassel (rUasel defrère Raphaël), 4- journéespar plaines et collines ; à Uassel est une collégiale de chanoines. — D'Uassel à Aïch, 1 journée. A Aïch se trouve un lac d'eau douce entouré de montagnes, qu'on appelle vulgairement le lac des 8 milles; au milieu est un monastère de religieux vêtus de blanc, dédié à saint Etienne.
D'Aïch à Fichara, 10 milles, plaines et la rivière Mêle, qui se dirige vers l'est. — De Fichara à Zaget, 6 milles, vallées et plaines; à Zaget, grandes écoles. — De Zaget à Almo, 16 milles, plaine fertile. — D'AlmoàDurbit, 25 milles, soit 1 journée. A Durbit, trois grandes foires par an, le 1" mai, à la Saint-Martin et à la mi-carême, où viennent les marchands duDamot (Grand-Damot)au midi, duBali à l'est, du Tigré au nord-est, du Godjam à l'ouest, enfin de la province d'Agau. Dans cette ville il n'y a que des hôtelleries.
De Durbit à Aldit, grande ville, 1 journée et demie, plaines. — D'Aldit à Gumat, autre grande ville, munie d'écoles, 1 journée, plaine. — De Gumat à Dunchona (probablement le Doncona de frère Raphaël), une demi-journée; là passe la rivière Tuchieroca, à l'eau noire, et qui coule vers l'est. Sur une montagne, il y a un monastère en forme de château.
De Dunchona au château nommé Asquaga, 1 journée, montagnes. — D'Asquaga àUruuar, 3 journées; à Uruuar, il y a 12 églises, des chanoines (moines) et le tombeau d'un saint roi, nommé Lalireca(Lalibéla), qui fait des miracles. Ce lieu est un important centre de pèlerinages.
D'Uruuar on va en une demi-journée à la province de Bugna, où sur une grande montagne naît la rivière Tacagi (Tacazze), un affluent du Nil.
Du Bugna au Tegré (Tigré) on va en cinq journées, par plaines et collines. — Du Tegré (de la frontière du Tigré) à Axon (Axoum), 3 journées. — D'Axon à Lelia (Alléluia)'
pays torride, où passe le fleuve Mauas, qui se dirige vers la mer Rouge, 2 journées. — De Lelia à Seraué, 1 journée et demie. — De Seraué, à Diuarua (Dibaroua), 2 journées. — De Diuarua à Bisen (le monastère de la Vision). 1 journée, montagnes. — De Bisen à Megua (Massawa), une demijournée.
Près de Megua, à 3 journées (?) par terre et à 1 journée par mer est le port de Dancano; ce doit être Arkiko, dont le synonyme est Dachounoû, aliàs Dohono.
De Mehua à Soachem (Souakim), 14 journées, plaines. Résumé de l'itinéraire de frère Thomas : DuDamot (Grand Damot) à Barara, 15 journées; de Barara à Axoum, 60 journées ; d'Axoum à Souakim, 22 journées.
Complément de Vitinéraire de frère Thomas de Ganget.
De Barara à 8 milles vers l'est, on trouve la ville de Garma, où sont d'importantes écoles. — A 1 journée à l'est, à travers des collines, la ville de Masegué.
A l'est encore, est la province de Fesegar, grande de 20 journées de tour, où une ville, nommée Sogra, distante d'une journée de Masegué. — A côté de la province de Fesegar est celle de Doaro, grande de 40 journées de tour; puis celle de Bali, deSOjournées ; enfin, près delà mer, celle d'Adel, de 60 journées. — Fesegar (Fategar), Doaro, Bali, Adel, se trouvent sur la carte précitée du Theatrum Orbis d'Ortelius.
De la province d'Urab, où est Barara, on va vers l'ouest en quarante jours à la province de Godjam. — Sur le chemin on trouve Nemese, à trois journées en dedans de la province de Godjam.
De la province d'Urab en allant au nord vers Ufat (déjà nommé plus haut), se trouve la province de Soa, où est la ville de Zancar (déjà nommée). — De cette ville en allant à l'est-nord-est, on rencontre la province de Sera, de
12 journées de tour. — De cette province, par le même chemin, on revient dans la province d'Ufat, qui a 5 journées de tour.
De là, au nord-est, la province de Geten, qui a 5 journées de tour; — puis, toujours au nord-est, la province de Gegni, de 3 journées de tour, laquelle joint à Test la province de Sera.
De la province de Soa précitée, on va, au nord, à la ville de Bedeuegi (déjà nommée), à 5 milles de laquelle se trouve la province d'Anara; — d'où, en allant toujours au nord, on gagne la province d'Anguot (Angot). Dans cette province est la ville de Ganget, patrie de frère Thomas. — Encore plus au nord est la ville de Demna (Denna de frère Raphaël). — Au delà de ces deux provinces, est Uasel, grande ville déjà nommée, distante de 2 journées du Nil (bleu).
A l'ouest est la province d'Ajaua, et plus à Touest encore celle de Dembiani, puis celle d'Infraï, enfin celle d'Agenmender, qui confine aux montagnes et aux forêts du pays des Nègres.
De la province d'Anguot, en allant au nord-est, pendant trois jours, on trouve un pays fertile; puis, pendant cinquante jours, des sables et des bois, appelés Gabel (Djebel ?) — Il y a une localité appelée Giabel, entre Massawa et Souakim, sur la carte du Theatrum Orbis d'Ortelius); — Enfin, à Test, la province de Danchele (Dankali, Danakil), de 2 journées de traversée, avec la ville d'Agda, près de la mer.
De la province d'Anguot, en allant au nord, on rencontre la province de Bugna (déjà nommée). Entre ces deux provinces coule leNil(? un sous-affluent du Nil). Le long du Nil (de la relation) ou plutôt de son sous-tributaire, se développe pendant quinze journées un pays appelé Uaedel; c'est une forêt, pleine d'ermites et de moines chrétiens, qui y vivent dans la plus grande austérité.
POUR PÉNÉTRER DANS LA HAUïE-ÉTHIOPIE. 229
.A Test, la province de Bugna touche à celle de Gheda. A Test, la province de Cheda confine à celle de Giauamora et à la forêt de Pegreri.
La province de Tegré (Tigré), où est la ville d'Axon (Axoum), joint celle de Bagna et a au nord celle de Seraué, où est la ville de Diuarua (Dibaroua). A l'ouest, la province d'Amasen (Hamazen) confine à celle de Sarant, où est la ville d'Ambanderon.
Entre la province d'Amasen et le Nil (ou un de ses affluents ou sous-affluents) est la province de Maria, dont les habitants sont des nègres aux cheveux crépus; les sujets du NeguSy au contraire, ont les cheveux longs. — (Negri arricciati il capo, e sotto il Presto Davit hanno i capelli lunghi.)
La province de Nuba est en Amasen, et celle de Bachela est au nord de l'Amasen et le joint.
A l'est, droit vers le rivage de la mer, se trouve un port, autre que Megua (Massawa), le port de Becano (peut-être faut-il lire Docano, c'est-à-dire Arkiko) ; puis au delà, dans les terres, Barbara et Meli. La province qui comprend ces localités se nomme Abbasit et ses habitants Abbassins (Abassins est synonyme d'Abyssins); c'est une race pastorale.
Frère Thomas avait pour compagnon frère Antoine d'Urcuzar (Urcuzar est dans la province de Bugna). L'itinéraire, décrit par ce frère dans le manuscrit de la Bibliothèque de Florence, étant le même que celui de frère Thomas, la Bibliotheca Sanfrancescana ne le reproduit pas.
J'ai dit plus haut que frère Jean de Calabre avait trouvé plusieurs Européens à la cour du Negus. Frère Thomas de Ganget rencontra un autre Européen, venu en Ethiopie, après le passage de frère Jean de Calabre; c'était un peintre vénitien, nommé Gregorio ou Hieronimo Becini. En 1482, il s'était rendu, avec sa femme Dionora, à Alexandrie
d'Egypte, et de là avait gagné la Haute-Ethiopie. Il avait reçu du Negus une belle terre en fief. Frère Thomas le vit à Barara à la cour du Negus^ et c'est de la bouche d'une de ses filles, nommée Maria, qu'il eut sur ce Vénitien les renseignements qu'il rapporte.
VII. Frère Zorzi, moine éthiopien se disant Dominicain éthiopien; de V origine de la légende des Dominicains éthiopiens.
Dans son Voyage d'Ethiopie (chap. xxix, f 200 B de la collection Ramusio, Venise, 1563), Francisco Alvarès dit que les moines éthiopiens portaient un froc semblable à celui de l'ordre de Saint-Dominique. En outre (V. Bibliografia Sanfrancescana, p. 218 et 220) dans certains monastères éthiopiens, la couleur du vêtement était blanche.
Ces ressemblances de costume firent que, contrairement au proverbe : « L'habit ne fait pas le moine ^, plusieurs religieux éthiopiens à vêlement blanc furent accueillis en Europe dans les couvents dominicains comme appartenant à l'ordre de Saint-Dominique.
Le manuscrit de Florence, dû à frère Nicola di Oliveto, dont la Bibliografia Sanfrancescana (p. 21 7-222) reproduit des extraits, nous donne le nom d'un de ces premiers soidisant Dominicains éthiopiens, frère Zorzi (Georges).
Il était originaire du monastère de Denracarbe, situé à 40 milles d'Axoum et à 30 milles du Nil ou plutôt d'un de ses affluents. Denracarbe, ainsi que le monastère de Lelia (Alléluia), était peuplé de moines blancs.
En 1514, frère Zorzi était à Jérusalem, prieur du couvent des moines éthiopiens de cette ville, — prieur des moines de Saint-Dominique de Jérusalem, dit le manuscrit de Florence. — En 1516-1517, au moment de la conquête de la Syrie et de l'Egypte par le sullan ottoman Sélim h\ le couvent éthiopien de Jérusalem fut saccagé. Frère Zorzi se rendit alors en Europe; en 1519, il était à Venise, où frère
Nicola di Oliveto le vit et, d'après son récit, écrivit quelques notes de son manuscrit.
Mais frère Zorzi n'est pas le premier moine éthiopien qui ait passé pour un Dominicain éthiopien. D'après un géographe italien, Volaterran,cité par V Année Dominicaine (Amiens, 1691, t. I de juillet, pp. 111-112), sous le pontificat de Sixte IV, c'est-à-dire de 1471 à 1484, d'autres moines éthiopiens étaient venus à Rome et s'y étaient fait passer pour Dominicains. En 1513 et en 1515, d'autres soidisant Dominicains éthiopiens furent accueillis comme frères du même ordre, les uns dans le couvent dominicain de Pise (Italie), les autres dans celui de Valence (Espagne).
Ces moines éthiopiens, qui, en réalité, appartenaient très probablement à la règle de saint Antoine le Grand (car en Ethiopie, les monastères dépendent généralement de cette règle, sauf quelques-uns qui suivent la règle d'Eustathios) — ces moines éthiopiens, dis-je, durent inventer maintes légendes, afin de justifier de leur prétendue origine dominicaine. D'après l'une de ces légendes, les pères de la vie monastique en Ethiopie, saint Aragawi et ses huit compagnons, qui vivaient aux v"* et vi® siècles et appartiennent à Tordre de saint Antoine le Grand, seraient transformés en missionnaires dominicains envoyés en Ethiopie en 1323 par le pape Jean XXII.
Ces légendes peu véridiques, et bien d'autres encore, ont été éditées par un auteur dominicain espagnol, frère Luis Urreta dans ses deux livres intitulés ; Historia ecclesiastica, politica, natiiral y moral de Etiopia, monarchia del emperador llamado Preste Juan de las Indias, Valencia, 1610, in-4 ; — et Historia de la Sagrada Orden de Predicadores en los remolos reinos de la Etiopiay Valencia, 1611, in-4. Ces deux volumes se trouvent à la Bibliothèque nationale.
Urreta a été réfuté par divers auteurs, notamment par le Père jésuite Nicolas Godinho dans son livre De Abassinorum rébus (Lyon, 1615); — par Michael Geddes, chancelier
de la cathédrale de Sarum, dans son livre The Church- History of Ethiopia (Londres, 1696); — et par le grand historien colonial portugais Diogo de Goiito, le continuateur de Joâo de Barros, qui, sur le déclin de sa vie, à la demande des Jésuites de Goa, écrivit VHistoria do reyno da Ethiopia, chamado vulgarmente Preste Joâo, contra as falsidades que nesta materia escreveo Fr. Luis Urreta Domînicano. Cet ouvrage, resté manuscrit, fut, sur l'ordre de son auteur, envoyé par les jésuites de l'Inde portugaise à l'archevêque de Braga, Aleixo de Menezes.
2« trimestre 1896.
Bulletin de la Société de Géographie.
2' trimestre 1896.
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