Douze Ans dans la Haute- Ethiopie, Paris
de la relation; car au xv^ siècle cette localité existait probablement déjà, puisque un siècle plus tard, sur la carte de Vempire du Prêtre-Jean du Theatrum Orbis d'Abraham Ortelius, cette localité est notée avec l'orthographe un peu modifiée de Bet Maria.
Mais, d'autre part, deux itinéraires du commencement du xvi^ siècle, dont je parlerai plus loin, ceux de frère Thomas de Ganget et de frère Raphaël d'Axoum, parlent d'une localité et d'une province appelées Maria, situées immédiatement au nord-ouest de la province de Hamazen, c'est-à-dire à la frontière des États du Negus. Si ce Maria était celui de la relation en question, les Franciscains de 1480, après avoir abordé à Houakil, seraient, dans leur traversée du désert de la côte, remontés vers le nord, en contournant la baie d'Adulis.
La mission franciscaine passe ensuite chez des seigneurs éthiopiens appelés Syonfirave (ce doit êlre un nom d'homme), Alkadi (c'est probablement un surnom signifiant le cadi, le juge), ïegrimatona (ce nom ressemble fort à celui de ïigrémahon, qu'on donnait quelquefois alors à la grande province de Tigré ou Tegraïe).
Je ne trouve pas l'identification des villes de Fendun, de Keeldeten et de Vaansoul, qu'elle traverse ensuite pendant un itinéraire de seize jours. Toutefois la ville de Fendun me paraît être la même que celle de Fandon, que nous verrons plus loin citée dans l'itinéraire de frère Raphaël d'Axoum.
Douze jours conduisent la mission franciscaine à la ville où \e Negus précédent, Baëda-Mariam, avait été enseveli.
Une chronique éthiopienne, traduite par M. René Basset S nous apprend que cette ville était Atronsa-Mariam (le trône de Marie), dans l'Amhara méridional, district d'Amara, à quelque distance de la rive gauche de l'Abaï. On la retrouve
1. Études sur r histoire de V Ethiopie, Paris, 1882, pp. 102-103, 246.
dans le nom d*Atronos-Mariam, sur la carte précitée de M. Arnauld d'Abbadie.
Dans l'église d'Atronsa-Mariam, il y avait, d'après la relation franciscaine, un grand et bel orgue, fait par im Italien. La chronique éthiopienne, éditée par M. Basset, ajoute que cette église possédait un tableau de la sainte Vierge et de Notre-Seigneur, peint par un Franc, lequel, d'après M. Basset, serait le Vénitien Nicolas Brancaleone, que, quarante ans plus tard, rencontrait à la cour éthiopienne la mission politique portugaise dont Francisco Alvarès nous a laissé la relation *.
Continuant leur route, les Franciscains passèrent l'Abaï à Kiapbeg (point dont je n'ai pu trouver l'identification), et parvinrent à Barar, où était la cour du Negus Eskênder (Alexandre). D'après l'itinéraire de frère Thomas de Ganget, que je rapporte plus loin, Barar paraît appartenir à la région du Godjam. Au reste, le Godjam avait été le point de départ des expéditions du père et prédécesseur d'Eskênder, Baëda-Mariam, contre le royaume musulman d'AdeP.
J'identifie le Barar des relations franciscaines au Bareh de la carte de M. Arnauld d'Abbadie.
Tel est l'itinéraire que suivit la mission franciscaine de
A rencontre de son père, le Negus Eskênder était mal disposé pour le catholicisme. C'est à grand'peine que les deux Franciscains purent obtenir de lui une audience. Voyant l'inutilité de ses eff'orts, le P. Jean de Calabre quitta l'Ethiopie avec son compagnon. D'après là Chronique franciscaine de Marc de Lisbonne, il aurait été massacré, à son retour, par des fanatiques musulmans^.
1. Viaggio d'Etiopia dans le Recueil de Ramusio, t. I", éd. de 1563, p. 236.