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Oiseaux

Les animaux supérieurs qui vivent dans le voisinage du pôle Sud sont connus depuis les héroïques voyageurs qui, vers la fin du xvur' siècle, ne eraignirent pas de s’aventurer dans les solitudes glacées de l'Antarctique ; mais nos connaissances sur la vie et les mœurs de ces animaux laissaient encore beaucoup à désirer. Depuis cette époque, des séjours prolongés d’un an ou de deux ans ont permis d'entreprendre des recherches de longue haleine et des observations de longue durée.

Les dernières expéditions datant de la fin du siècle dernier, et dont tout le monde a entendu parler, nous ont rapporté une ample moisson et ont donné lieu à des comptes rendus intéressants de la part de Pagenstecher (1884), de Von den Steinen (1890) et de Lônnberg (1906), sur les Oiseaux de la Géorgie du Sud ; de Hall (1900), sur ceux de Kerguelen; de B. Sharpe (1902), sur ceux rapportés par la « Southern Cross » ; de Racovitza (1904), sur ses observations pendant le séjour de la « Belgica » à la Terre de Graham ; de Vanhôlfen (190%), d’Andersson (1905) et S. Clarke (1906), sur les Orcades du Sud.

Les spécimens nombreux qui ont été rapportés ont enrichi les musées, et les observations biologiques nous ont dévoilé les secrets de la vie animale dans ces régions, tout en permettant de préciser ses rapports avec la vie dans les régions arctiques, car il est certain que des conditions d'existence identiques ont dû amener une certaine similitude de structure et d’habitudes.

La vie animale acquiert dans l'Antarctique une intensité, une luxuriance qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Ce sont les Oiseaux qui donnent à

Expédition Charcot, — À. MeneGaux. — Oiseaux, 1

ERNTHSONIAR

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la faune des Vertébrés son caractère, son cachet particulier, et, parmt eux, ce sont surtout les Manchots, vulgairement Pingouins, les Albatros et les Procellariens qui sont les plus connus et les plus nombreux.

Les Oiseaux qui, pendant le printemps (octobre, novembre, décembre 1904), ont construit des nids à l'ile Booth-Vandel, station d'hivernage « du Français » et dont on à pu recueillir les œufs, appartiennent aux espèces suivantes :

Pygoscelis papua (Forst.) ;

Pygoscelis Adeliæ (Homb. et Jacq.);

Phalacrocorax atriceps King ;

Larus dominicanus Leht. :

Sterna vittata Um. ;

Megalestris antarctica (Less):

Ocearites oceanicus (Kuh}) :

Chionis alba (Gm.).

La Mission Charcot a rapporté plus de 150 spécimens d'Oiseaux en peau appartenant à 16 espèces antarctiques, sans compter les œufs et les jeunes conservés dans l’alcoo! pour des études plus spéciales d'anatomie et de développement.

Les peaux forment de bellesséries, donnant les diverses phases, parfois inconnues, du plumage des mâles, des femelles et des jeunes. La série des Manchots, celle des Üssifraga gigantea et celle des Larus dominicanus, sont particulièrement intéressantes et remarquables.

Il faut ajouter à cela un certain nombre d'observations précises sur la nidification, les habitudes, l’incubation, sur les dates d'arrivée et de départ, sur les quartiers d'été. Il s'ensuit que les résultats acquis par la Mission viennent compléter heureusement ou confirmer ceux des

autres expéditions antarctiques.

SPHÉNISCIDES.

Cette famille, qu'on regarde souvent comme constituant l’ordre des Impennes, forme le groupe le plus singulier de la classe des Oiseaux.

Les navigateurs les ont toujours appelés Pingouins. C’est Brisson

qui, le premier, en 1760, dans son Ornithologie, imposa lenom de Manchots (Sphenisei), à cause de la brièveté de leurs ailes, aux Pingouins, alors connus, des mers australes (1), pour les séparer des Pingouins des mers arctiques, auxquels il attribua exclusivement ce dernier nom.

Les différences établies par Brisson entreles Manchots et les Pingouins ont été reprises, précisées et accentuées par Buffon, et son intervention a amené l'adoption de ce terme par les naturalistes français, qui seuls se servent du mot de Manchot, tandis que tous les savants étrangers et les navigateurs ont conservé le nom de Pingouin, auquel M. Charcot est revenu aussi, puisque c’est le plus connu.

Dans ce travail, m’appuyant sur l'autorité de Buffon etla tradition seientifique, j'emploierai de préférence le mot de Manchot, puisqu'il a acquis droit de cité. En effet Buffon, dans le chapitre intitulé : Les Pingouins et les Manchots ou les Oiseaux sans ailes, appuie son opinion sur Îles

arguments suivants (2):

(4) Dans son ordre XXI: des Oiseaux, Brisson dit textuellement : Manchot, nom que j'ai donné aux Oiseaux de ce genre à cause de la brièveté de leurs ailes (Brisson, Ornith., vol. VI, p. 96, note).

Le nom collectif de Pingouin est donc plus ancien que celui de Manchot. Diverses hypothèses ont élé émises sur l’origine de ce mot.

La première, due à Dayton (in Polyolbion, Song 9, 1613), suppose qu'il vient du gallois pen guwyn, qui signifie téte blanche. Mais on n'a aucune preuve que ce soient les Gallois qui ont découvert ces animaux, et, les eussent-ils découverts, il est fort improblable qu'ils auraient pu faire adopter ce nom par les nayigateurs anglais; en outre, ces animaux n'ont pas la tête blanche, puisqu'ils n'ont qu'une tache sur le sinciput.

D'après la deuxième, admise par Littré, ce mot proviendrait du mot latin pinguis, qui veut dire gras. I leur aurait été donné par les naturalistes hollandais qui les signalèrent les premiers à l'attention des naturalistes, d'après Clusius (1598). Mais ce mot n’a pas le son final à qu'on y trouve en anglais et, de plus, d’après Skeat (Etymol. Dict., p. 433), les soi-disant Hollandais qui affirment être les auteurs de ce nom sont tout simplement le navigateur anglais Francis Drake, mort en 1595, et ses compagnons.

On a supposé aussi que c'est une corruption du mot pin-wing ou pen-wing (Ann. Nat. Hist., 4° série, IV, p. 433), s'appliquant à un Oiseau qui a subi l'opération du pinioning ou, comme on dit dans une partie de l'Angleterre, du «pin-winging » (raccourcissement de l'aile).

Reeks affirme (in Zuologist, série 2, 1854) que les habitants de Terre-Neuve, qui avaient lhabitude de voir cet Oiseau, l'ont toujours appelé Pin-wing. Il y a donc tout lieu d'admettre que ce nom a été donné ainsi en premier lieu à l’Alque du Nord avant que les Oiseaux du Sud ne fussent connus en Europe. Les navigateurs ne s’en servirent donc que plus tard pour les désigner.

Enfin une dernière hypothèse est celle de Milne-Edwards, qui suppose que ce nom a été appliqué d'abord aux Manchots par les navigateurs espagnols à cause de la grande quantité de graisse dont ils sont chargés (Pinguigo) et étendu ensuite à tous les Oiseaux pélagiens à ailes courtes, puis réservés par les zoologistes aux seuls Akæ du Nord (Milne-Edwards, Faune des régions australes, ch. 11, p. 23, 1882).

(2) Burrox, Hist. nat. : Oiseaux, t. IX, p. 372, 373 et suiv., 1783.

« On a donné indistinetement le nom de Pingouin ou Pinguin à toutes les espèces de ces deux familles, et c’est ce qui les à fait confondre. On peut voir dans le Synopsis de Ray (p. 118 et 119) quel était l'embarras des ornithologistes pour concilier les caractères attribués par Clusius à son Pingouin magellanique avec les caractères qu’offraient les Pingouins du Nord. Edwards à cherché le premier a concilier ces contradictions : il dit avec raison que, loin de croire, comme Willughby, le Pingouin du Nord de la même espèce que le Pingouin du Sud, on serait bien plutôt porté à les ranger dans deux classes différentes, ce dernier ayant quatre doigts et le premier n'ayant même pas de vestiges du doigt postérieur et z'ayant les ailes couvertes de rien qui puisse étre appelé plumes, au lieu que le Pingouin du Nord a de très petites ailes couvertes de véritables pennes.

« À ces différences, nous en ajoutons une autre plus essentielle, c’est que, dans les espèces de ces Oiseaux du Nord, le bec est aplati, sillonné de cannelures par les côtés et relevé en lame verticale ; au lieu que, dans celles du Sud, il est cylindrique, effilé et pointu. Ainsi tous les ??nqouins des voyageurs du Sud sont des Wanchots, qui sont réellement séparés des véritables Pingouins du Nord, autant par des différences essentielles de conformation que par la distance des climats.

«Nousallonsle prouver parlacomparaisondetémoignagesdes voyageurs et par l’examen des passages dans lesquels 70s WManchots sont indiqués sousle nom de Pingouins:tousles navigateurs du Sud, depuis Narborough, l'amiral Anson, le commandant Byron, M. de Bougainville, Mrs. Cook et Forster, s'accordent pour décrire ces Manchots sous les mèmes traits et tous différents de ceux des Pingouins du Septentrion. »

«Les moignons des ailes sont étendus en nageoires par une membrane et couverts de plumules placées siprès les unes des autres qu'ellesressemblent à des écailles, et, par ce caractère ainsi que par la forme du bec et des pieds, ils sont distingués du genre des A/cæ [vrais Pingouins|, qui sont incapables de voler, non qu'ils manquent absolument de plumes aux ailes,

mais parce que ces plumes sont trop courtes (1). »

(1) Forster, p. 186.

« C’est done au Manchot qu'on peut spécialement donner le nom d’Oiseau sans ailes, ete. »

« Voilà done une distinction bien établie et fondée sur des différences essentielles dans la conformation extérieure du bec et du plumage entre les Manchots ou les prétendus Pingouins au Sud et les vrais Pingouins du Nord (1). »

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