Pygoscelis papua (Forst
Le Manchot papou Sonnerat, Voyage à la Nouvelle-Guinée, p. 181, PI. CLXXXV (1776).
Aptenodytes papua Forster, Nov. Comment. Gottingensis, t. HT, p. 140, PL. IT (1781, Falkland).
Pygoscelis papua G.-R. Gray, List Birds, LU, p. 153 (1844, Falkland, Kerguelen).
Eudyptes papua G.-R. Gray, Gen. Birds,t. WI, p. 641 (1846).
Aptenodytes teniata Peale, Zool. U. S. Expl. Exped. Birds, p.266 (1848).
Pygoscelis Wagleri Sclater, P. Z. S., p. 390 (1860, Falkland).
Pygoscelis teniatus Coues, P. Ac. Philad., p. 195 (1860, Falkland, Kerguelen et Macquarie).
Pygoscelis papua, Cat.Birds Brit. Mus., vol. XXVI, p.631; Andersson, loc. cit. (1905), p. 34; Clarke, Zbis (1906), p. 162; Lônnberg, loc. cit. (1906), p. 87.
N°22 ©.Prise à la main, le 22 octobre 190%; paupières blanc bleuätre ; iris rouge-brique; pattes rose-chair, passant au rouge; dos gris ; l'estomac renfermait des Euphausides.
N° 26 ©. Tuée au chloroforme le 27 octobre 1904; longueur lotale, 80 centimètres; ailes, 22 centimètres; iris brun-café au lait; pattes rosechair.
N°38 «4. Pris à la main et tué au chloroforme le 2 novembre à l'ile Booth-Wandel; pattes rouge clair; iris brun-marron.
N° 39, 40 ©, G'. Capturés à la main le 4 novembre 1904 à l’île Booth-Wandel et tués au chloroforme ; pattes rouge-chair; iris marron ;: estomac avec de nombreux Euphausides.
N° 44,45 ', ©. Capturés à la main le 7 novembre 190%, à l'île Booth- Wandel et tués au chloroforme ; dans l'estomac, Euphausides et Poissons.
N°46 ©. Prise à la main le 9 novembre à l’île Booth-Wandel et tuée
au chloroforme ; estomac vide; ténias dans le péritoine.
(4) Burron, p. 374, 375 et 371.
N°58 ©. Prise à la main, le 12 novembre, sur Rocher magnétique ; Euphausides et un Poisson dans l'estomac.
2 Janvier, capturé deux ?. papua, à V'état de jeunes Poussins, Pun mis dans l'alcool. Tête noire en dessus, bec rouge avec dos de la mandibule supérieure brun foncé; iris marron; dos brun; ventre blanc brunâtre ; pattes rouge vif ou plutôt rose-chair très foncé.
Un Poussin en duvet sans renseignements.
Six œufs en bon état de conservation.
Un œuf avec embryon bien formé du 29 décembre 1904. Ile Wiencke.
Le Papou a l'aspect arrondi, le bec rouge, il est marqué d'une petite tache triangulaire blanche dont le sommet se termine au coin de l'œil.
Dans la région où se trouvait l'Expédition, cet animal n'est pas rare, quoiqu'on ne l'ait jamais rencontré en colonies très nombreuses. Il se trouve dans toutes les régions cireumpolaires subantaretiques. Il niche en colonies importantes à la Géorgie du Sud et à Kerguelen. Dans l’Antarctique, 1l se trouve seulement au Shetland du Sud, aux Orcades et aux alentours de Ja Terre Louis-Philippe et à l'ile Booth-Wandel. Ce sont probablement des postes avancés vers le Sud. [ei ses colonies sont peu nombreuses, adossées ou mélangées à celles de P. Adelix ou de P. antaretica. Pourtant Donald en a vu d'isolées, de quarante nids environ, sur la côte occidentale de l’ile Dundee et Racovitza, près du canal de Gerlache. Clarke estime qu'aux Orcades du Sud il est en petit nombre proportionnellement à ses autres congénères, et pourtant sur l'ile Laurie il en évalue les colonies à 100 000 individus, confinés dans quatre ou cinq rookeries où nichait P. Adeliæ.
L'Expédition Charcot en a observé pour la première fois de petites troupes sur des glaçons et sur la banquise à la baie des Flandres, du 7 au 19 février 190%.
Le 20 février, pendant le mouillage dans une baie à l’ouest de Pile Wiencke, elle trouva deux colonies de Papous, déjà visitées en 1898
par Racovitza, le naturaliste de la « Belgica ». L'une d’elle était fixée sur un
plateau de rochers plus ou moins désagrégés, dans le canal de Neumayr, à l'entrée de la baie ; l’autre, au fond de celle-ci, comptait 200 à 300 individus ayant des jeunes.
Le 21 février, l'Expédition mouillait à l’île Booth-Wandelet s’yamarrait définitivement le 5 mars, en vue de l’hivernage. Sur quelques massifs de rochers de cette île, au bord de la mer, vivaient côte à côte des Manchots Adélie et des Papous. Ces derniers formaient une colonie de plus de 4000 individus répartis en quatre ou cinq groupes, tandis que les Adélies n'étaient guère que 400 à 500. Les jeunes commencçaient déjà à aller à la mer. À côté d’eux se trouvait une rookery de Cormorans.
L'Expédition à pu ainsi étudierles mœurs de cestrois espèces d'Oiseaux pendant toute la durée du séjour à l’île Booth-Wandel, c’est-à-dire du 1" mars à la fin de décembre 1904 (fig. 24, 19).
Les deux rookeries vivaient en fort bonne intelligence et étaient même assez confondues. Les divers individus se rendaient de fréquentes visites (fig. 10), s'arrêtaient detempsen temps pour se saluer où échanger quelques paroles (fig. 2). M. Charcot décrit ainsi leur village :
« Alors même que nous n’aurions pas vu les Pingouins, la présence de ces aimables bêtes se manifeste suffisamment à l’odorat et à l’ouie. Ge village, on pourrait même dire cette ville, comprenait plusieurs centaines d'habitants, qui n’ont adopté qu’un seul système, celui du « Lout sur la voie publique » ; le parfum qui s'en dégage est très sui generis. Cela n’a d’ailleurs qu’une importance relative, vu le peu de personnes qui pourraient en être incommodées en dehors des Pingouins, qui ne s’en soucient guère ; puis un peu de neige, une bonne gelée neutraliseront tout cela, el les heures de dégel sont ici courtes et rares ! »
Le Pingouin étant doué d’un organe puissant, chacun veut, dans une discussion ou même dans une simple conversation, placer son mot. Les sons qu'ils émettent sont extrèmement variés, et ilest bien difficile de ne pas admettre qu'ilscommuniquententre eux par signes phonétiques équivalant presque à la parole. C’est en général une sorte de caquetage où le couin-couin du canard apparait fréquemment, mais diversement modulé. Puis il y a des signaux très variés, des espèces d'ordres donnés en diverses circonstances, notamment quand, par exemple, une bande de
ces Oiseaux est groupée sur le bord de l’eau et que le chef décide qu'il faut s’y jeter. Pendant les heures de repos, au milieu du silence, la plupart des Pingouins couchés, souvent un de ceux qui veillent renverse sa tôète en arrière, ouvre le bec et pousse une série denotes bizarres, qu'on ne peut mieux comparer qu’au braiement d’un âne ; un autre Pingouin, à une certaine distance, répond de même, et le cri passe d’un veilleur à l’autre comme un cri de sentinelle (fig. 8).
Ils aiment la promenade, car, dans ses ascensions, M. Charcot a parfois rencontré des Manchots à 400 mètres d'altitude. On se demande ce qu'ils viennent faire à ces hauteurs, étant donnés les moyens de locomotion dont ils disposent et les difficultés qu'ils éprouvent pour y arriver (fig. 9).
L'attitude du corps des Papous au repos est sensiblement la même que pendant la marche : le corps est légèrement penché en avant et les ailerons pendants, comme des bras, en sorte qu'ils ressemblent à des pygmées (fig. 16). D'après Warborough, de face, on les prendrait de loin pour de petits enfants avec des tabliers blanes ou pour des dominicains, d'après Charcot. Dans la colonie, ils avaient la tête habituellement tournée vers le nord et le nord-est, car c’est de cette direction que soufflaient les vents les plus violents accompagnés de chutes de neige.
Leur marche est lente, et ils avancent en se dandinant. Quand on les poursuit, ils se couchent sur la neige et rampent avec tant d’agilité en s'aidant des pattes et des ailerons qu’on peut à peine les suivre en courant (fig. 12, 20).
M. de Pagès, dans la relation manuscrite deson voyage, raconte que les ailerons des Manchots leur servent de temps en temps de pattes de devant et qu'alors, marchant comme à quatre, ils vont plus vite ; mais il suppose que, suivant toute apparence, cela n'arrive que lorsqu'ils culbutent, et que ce n’est point une véritable marche (1). C’est, pour ces animaux très vigoureux, un vrai mouvement de locomotion, c’est leur mouvement de fuite (fig. 20).
Dansl’eau, leurs mouvements sont très rapides. Ils plongent et évoluent avec agilité, naviguant en rangs serrés. À chaque bond hors de l’eau correspond un petit cri qui sert d'encouragement ou de ralliement.
(1) Burrox, Oiseaux, t. IX, p. 407.
OISEAUX. 9 Dans les cas ordinaires, ils ne se servent que des ailerons; mais, s'ils veulent fuir ou évoluer avec plus de rapidité, ils utilisent leurs pieds.
La journée se passe entre la pêche, indispensable à la vie des individus, et la construction des nids qui assurera la continuité de l’espèce. Le mâle et la femelle se partagent la besogne, comme ils le feront aussi pour le couvage des œufs et la surveillance des petits.
Ils vont toujours à la pèche par groupes de même espèce. Après avoir dégringolé de rocher en rocher, ils se mettent en une seule file, si la distance à parcourir est longue et par files irrégulières, si l'eau libre est proche. Comme ils suivent toujours les mêmes routes, ils finissent par tracer de véritables cheminssur lesquels la neige est bien tassée et dont les bords portent la marque de leurs ailerons (fig. 23). Généralement debout, ils se laissent parfois glisser sur le ventre pour aller plus vite et passer plus facilement la neige molle. Quand ils hésitent sur la direction, ils se groupent, semblent discuter, et finalement emboîtent le pas derrière un chef temporaire. Arrivé au bord de l’eau, le caquetage atteint son maximum ; après avoir tàté l’eau avec une patte ou un aileron et après bien des hésitations et des cris du chef, toute la bande se bouscule pour piquer une tête (fig. 25).
Quand la pêche est terminée, les Manchots sortent de l’eau en sautant sur la glace ou les rochers avec une habileté et une agilité remarquables, qui n’égalent que leur vigueur et leur précision. M. Charcot a mesuré quelques sauts : il a trouvé parfois 2°,75 de hauteur verticale. La bande ne se remet en marche que lorsqu'elle est au complet, et alors l'ascension se fait en s'aidant du bec, des ailerons et des pattes, et, malgré toutes les chutes et les glissades, on arrive à la rookery, où chacun regagne son domicile particulier (fig. 9, 21).
Il faut qu'ils fassent des kilomètres pour trouver des endroits propices à la pêche; aussi ÿ séjournent-ils plusieurs jours, campant sur la glace (fig. 11), tandis que l’autre moitié des habitants reste à couver les œufs, attendant son tour de partir. Ils vont par files de plus de cent (fig. 16). Lorsqu’une crevasse barre la route, la bande s'arrête, se groupe en attendant l’ordre du chef de se jeter à l’eau; puis, après de courts débats, les Manchots atterrissent de l’autre côté par un bond rapide et brusque
Expédilion Charcot. — À. MeneGaux — Oiseaux. 2
succédant à une plongée, ce qui les fait retomber comiquement debout sur leurs pattes (fig. 21, 25).
Les éclopés, les traïnards tiennent la queue, et à chaque instant les valides se retournent pour les surveiller; s'ils les voient à bout de force, ils préviennent ceux qui précèdent, et, le mot d'ordre se transmettant à toute la colonne, on s’arrête pour laisser reposer les plus fatigués et attendre les retardataires (fig. 22).
Dans ces circonstances, ils font preuve d’une solidarité remarquable. M. Charcot en à vu un cas très curieux. Un Pingouin suivait péniblement une colonne en tombant à chaque pas. La compagnie dontil faisait partie finit par s'arrêter longuement. Voyant l’invalidité durable de ce compagnon, elle se remit en marche, mais après l’avoir confié aux soins de cinq Pingouins bien portants, qu’on vit rester auprès de lui jusqu'au lendemain matin, et tous les six ne reprirent le chemin des îlots de pèche que le soir, en faisant de courtes étapes espacées par de longs repos.
Lorsque la journée de travail estterminée, les Manchots se reposent en caquetant et vont parfois se rendre des visites à de grandes distances. Souvent on en voit se saluer fort cérémonieusement. Ils s’inclinent l'un devant l’autre, puis se redressent en allongeant le cou, levant haut la tête et le bec, avecles poitrines bien parallèles ; ils répètent ces mouvements plusieurs fois (fig. 2, 10).
Le soir et quelquefois le matin, ils faisaient entendre leur eri, qui est loin d'être agréable. C’est un son élevé qui a beaucoup d'analogie avec le braiement de l'âne. Le D° Turquet dit qu'on peut le traduire par le son que donne la prononciation fortement accentuée des lettressuivantes #44, t-di. D’après Hall, le cri produit par l'expiration ressemble à celui d’un âne ; celui produit par l'inspiration se rapproche du son d'une trompette.
Quand ils nageaient dans la mer et que du rivage on les appelait, 1ls répondaient par des couac très nets, parfois se rapprochaïent de celui qui les appelait et même débarquaient près de lui, en sautant sur les rochers.
Leur nourriture se compose uniquement d'Euphausia, car, au moment où ils reviennent de la mer, leur estomac en contient parfois près d’un demi-kilogramme. Aussi, pendant la journée, du matin au soir, c’est un
va-et-vient continuel qui se produit entre la colonie et le rivage ; des
OISEAUX. IL bandes se rendent à la ner pendant que d'autres reviennent se mettre au repos sur leurs rochers. Ilsse couchent ou bien placent leur bec sous l'aile; le plus souvent, c’est sous l'aile gauche, d’après Hall.
Le D'Turquet les dit très doux, car ils se laissent approcher aisément ; on peut même s’introduire au milieu de leurs colonies sans provoquer d’effervescence. Ils ne se dérangent pas. Ils sont même timides el craintifs et fuient quand on les poursuit, sans chercher à se défendre. Il ajoute mème que leur colonie, placée dans un endroit moins favorable que celle des Adélie, semblait en former une dépendance et appartenir à un peuple conquis et asservi.
D'après Andersson, le caractère du Papou est tout à fait différent de celui des deux autres espèces. Il le dit pacifique et jamais agressif, tout au moins quand il n’a ni œufs, ni jeunes. Jamais il ne l’a vu se battre avec ses semblables ou ses congénères. C’est probablement la raison pour laquelle il niche près ou au milieu des colonies de P. antarctica ou de P. Adeliæ.
Pourtant, d’après Clarke, quoique timides, ils étaient assez hardis aux Orcades pour piquer du bec les jambes des intrus humains. Quand on s’approchait du nid, ils s’enfuvaient. Ils étaient plus courageux après l’éclosion des petits; cependant beaucoup de parents les abandonnaient sans honte et sans essayer la moindre défense. Il ajoute qu'ils combattaient furieusement entre eux avec le bec et les ailes, qu'ils se donnaient des coups violents et se faisaient des morsures profondes.
D’après Sôrling, à la Géorgie du Sud, ils défendent courageusement leurs œufs, et le voleur ne s’en tire qu'avec de nombreuses blessures. Quand l’un d'eux essayait de voler un œufpar derrière, l'animal se retournait vivement pour le défendre. Si l’œuf était néanmoins enlevé, la mère dépouillée se rendait résolument au nid voisin et y volait un œuf malgré les protestations bruyantes du vrai propriétaire. D’une rookery, située à 500 mètres du rivage, ils avaient fait un chemin pour se rendre à la mer entre les hauts chaumes et les amas de tussock. Le sol y était battu et uni.
Sur ia terre ferme, les Manchots n'ont pas d’autres ennemis que les
grands Skuas, toujours aux aguets pour voler leurs œufs.
Les Oiseaux habitant l’île Booth-Wandel quittèrent l'ile du [au 15 juin par petits groupes, au moment où la mer commencait à se recouvrir d'une mince couche de glace, début de la banquise.
Au mois d'août, en plein hiver, la banquise s'étant disloquée autour de l'ile à la suite de mauvais temps, on vit apparaîtreune bande de 500 Papous sur le sol de l’île, près des rochers qu'ils avaient quittés. Ils y séjournèrent une nuit, puis s’éloignèrent. Jusqu'à la fin de septembre, l'Expédilion put en apercevoir de temps à autre de petites bandes près des rivages où la mer était sans glace.
Le retour s’est effectué du 15 octobre au 1” novembre, et tous les jours on voyait de nouvelles bandes débarquer et reprendre possession des rochers abandonnés quelques mois auparavant. Le 31 octobre, sur les iles Booth-Wandel et Howgaard, les Papous recouvraient tous les rochers qui sortaient de la neige et, suivant l'expression de Cook, paraissaient former une croûte sur ces rochers.
Les Manchots quireviennent sont-ils ceux de l’année précédente ou leurs enfants? On n’est pas fixé sur ce fait. Pour s’en assurer, il aurait fallu à l'automne mettre aux jeunes de petits bracelets aux pattes.
C’est à partir de la fin d'octobre, après la fusion de la neige qui recouvrait leurs anciens emplacements, qu'ils ont commencé à amasser de petites pierres pour les ranger autour de leurs nids dans les excavations des rochers. Pendant la recherche de ces pierres, ils ne se querellent jamais entre eux.
D'après Clarke, leur nid était mieux bâti et plus grand que ceux de P. Adeliæ etde P. antarctica.W étaiten pierres, haut de 40 à 50 centimètres, elil contenait quelques plumes de la queue etquelques os; ces nids étaient tenus plus proprement que ceux de leurs congénères. Is se montraient grands voleurs quand il s'agissait de matériaux pouvant servir à la construction de leur nid.
Sürling a remarqué que ce sont surtout les mäles qui charrient les matériaux jusqu'au nid et que les femelles les arrangent ensuite. Von den Steinen a observé que les deux sexes concourent à la construction du nid.
A l'ile Booth-Wandel, le début de la ponte a eu lieu le 4 novembre. La
OISEAUX. 13 femelle pond deux œufs à plusieurs jours d'intervalle ; les œufs ayant été enlevés pour les besoins de l’Expédition, dans beaucoup de nids la femelle a pondu un {roisième œuf plus petit que les deux premiers. Forster savait déjà que la ponte des Manchots est de deux ou trois œufs, parfois d’un seul.
Aux Orcades, d’après Clarke, lenombre normal des œufs est de deux ; jamais les femelles n’en pondent un troisième.
Ces œufs sont presque sphériques, plus que ceux de P. Adeliæ. Leur coquille est à grain très fin et blanche avec une légère teinte d’un bleu très léger. Leurs dimenssions sont les suivantes : 73,2 X 59,4 ; 68,9 DAS 0 OH TEA ODO PE DO RDC TE EG, 0005078
La récolte des œufs, à l’île Booth-Wandel et dans les environs, a été de 8000, sans compter ceux que les hommes ont gobés sur place. Les Manchots, pour parer aux vols successifs faits par l'Expédition, ont pondu avec une persistance digne des plus grands éloges jusqu’à huit œufs; mais ces œufs fin de ponte devenaient de plus en plus petits, jusqu’à acquérir à peine la moitié du volume des premiers.
Ce chiffre n’atteint pas celui que signale le Capitaine Wood, quand il dit qu’à leur retour à Port-Désiré ils ramenèrent 100 000 œufs de Pingouins, dont quelques-uns furent gardés à bord près de quatre mois sans qu'ils se gâtassent.
Le mâle et la femelle couvent alternativement, et l’incubation dure environ quatre semaines. Clarke admet trente et un à trente-trois jours. Les œufs en incubation sont déplacés et retournés avec le bec par l’undes animaux, pendant que l’autre et les voisins suivent l’opération avec la plus grande attention (fig. 6, 7, 14).
Sôrling ayant enlevé plusieurs fois un œuf vit que la mère se remettait tranquillement à couver l'œuf restant. Une autre fois, il plaça dans un nid n'ayant qu’un œuf, un œuf du grand Skua. L'animal n’y fit d'abord aucune attention et couva tranquillement les deux œufs; mais quelques jours après l'œuf étranger avait disparu.
Les jeunes éclosent comme des Poulets: ils ont le bec brun, la tête est d’un gris brun, et la poitrine recouverte d’un duvet à teinte jaunàtre. Pendant les premières semaines, le ventre est très gros. Les parents restent près des jeunes el les nourrissent même après la fin de
mars.
la mue. C'est ce que le D'Andersson a pu voir encore Île 1
Les Manchots ont pour leur progéniture la tendresse la plus vive. Ils cherchent à les protéger contre les Mouettes, les Pétrels etles hommes. Avec une touchante sollicitude, le père et la mère restent auprès du ou des petits et les garantissent contre le vent et le froid. Lorsque se fait la rentrée de la pêche, les parents ont beaucoup de peine à se frayer un chemin à travers la horde bruyante des jeunes, qui demandent de la nourriture. Le jeune mord le cou avec le bec, puis il enfonce gloutonnement son bec dans le gosier du parent qui, de son côté, facilite l'opération par une sorte de régurgitation (fig. 3).
Vers la fin de janvier, alors qu’ils sont plus âgés, M. Charcot à pu voir qu'ils sont confiés aux soins de nourrices sèches qui les gardent pendant l'absence des parents (fig. 4).
« Les petits Pingouins, maintenant presque adultes, n’ont plus besoin de la surveillance continuelle du père où de la mère, qui en profitent pour aller ensemble à la pêche, tandis que les jeunes, par groupes de huit ou dix, sont confiés à de grands Pingouins, remarquables bonnes d'enfants, qui veillent avec soin sur la progéniture de leurs concitoyens, groupant leurs enfants autour d'eux, les empêchant de s'éloigner ou de se risquer près des endroits dangereux. Tout cela ne se fait pas sans des gronderies, qui feraient rire si elles n'étaient touchantes, sans de pelits coups de bee et quelques corrections administrées avec les ailerons. Quel merveilleux exemple de communisme! (Fig. 4, 13, 17.)
« Les jeunes Pingouins, sur le point de devenir adultes, sont partieulièrement drôles. Is changent de vêtements et perdent par plaques l'épais et ouateux duvet, véritable Eider gris et blanc souillé de tous les immondices dans lesquels ils se vautrent depuis leur naissance, pour adopter finalement et définitivement le bel habit noir bien lisse et bien luisant, ainsi que le beau plastron de chemise très blanc que portent si fièrement leurs parents. Mais la chute ne se fait que lentement et par plaques, le sol est couvert de duvet léger, ce qui ajoute encore au désordre de la ville. » (Fig. 1, 18.)
Chez les Jeunes Papous, la mue paraît commencer et se terminer plus
tard que chez le Manchot Adélie. Ainsi Andersson a vu que les jeunes
OISEAUX. 15 Papous ont commencé à muer le 9 février etont terminé le 14 mars, tandis que chez le Manchot Adélie la mue s'était effectuée du 18 janvier à la fin de février. Clarke indique le 11 février comme étant le commencement de la mue ; cependant, chez quelques-uns, à cette date, la bande blanche du vertex avait déjà commencé à se dénuder et le cou à se foncer.
Le deuxième duvet est plus foncé que le premier. D’après Clarke, les adultes ont, en février, un plumage fané ; en mars et en avril, la queue est très petite ou parfois tombée.
Le jeune, tout en duvet, rapporté en peau par l’Expédition, est déjà d'assez grande taille et est sur le point d'effectuer sa deuxième mue. Il appartient bien à l'espèce P. papua, à cause de la longueur plus grande de son bec et à cause de la coloration blanche que présente déjà laileron sur ses deux bords.
Il est d'une couleur ardoisée noirâtre uniforme, sauf sur les côtés du vertex, où apparaissent déjà les deux taches blanches. Toutes les parties inférieures du corps et des ailes sont blanches, cette couleur remontant même assez haut vers les côtés et passant par-dessus l’insertion des ailes. Les culottes sont blanches.
Dimensions : longueur totale, 63 centimètres ; aîle, 16 centimètres ;
cm
queue, à centimètres ; culmen, 3,3; la longueur depuis la commissure est
cm Ge.
de 6”,2; tandis que chez les jeunes de P. Adeliæ étudiés, elle n’est que de 5,4. La largeur du bec, au niveau des premières plumes, est de 8°",5; elle est de 10 millimètres chez les autres. Une plus grande longueur associée à une largeur moindre font paraître le bec beaucoup moins robuste; l’orteil médian a 7°°,7, tandis que ceux de P. Adeliæ ont 7,9.
Le jeune Papou (sans numéro) que j'ai examiné dans l'alcool et qu'avait déjà les deux bords des ailerons blancs avait une longueur totale de 24 centimètres, aile 6,5, culmen 1,7 et pas encore de queue. Sa tête est noire avec l’espace interscapulaire plus gris, les parties inférieures sont blanches, même les culottes.
Le bout des ongles seul est blanc ; la mandibule supérieure est noire, excepté les bords et la pointe extrême, qui sont jaunâtres; la mandibule inférieure est de cette dernière couleur avec une tache subterminale
foncée.
Les petits vont à l’eau assez tardivement, car leur fin duvet s'imbibe d'eau et les alourdit dans leurs mouvements.
Jusqu'à la ponte, les Mégalestris, les grands Pétrels et les Mouettes vontet viennent, inoffensifs, par la ville ; mais, à partir de ce moment, leur présence n'est plus tolérée, car il faut prendre des précautions pour la protection des œufs et des petits. Le moyen de défense est très simple et très efficace. Dès qu'un de ces ennemis est signalé au-dessus de la rookery, tous lèvent la tête en se dressant et présentent ainsi une surface hérissée de becs pointus qui l'empêchent d’atterrir.
Mais, contre d’autres ennemis, ils défendent leurs œufs non seulement avec le bee, mais aussi avec les ailerons (fig. 29). Pourtant, quand l’œuf est enlevé, ils semblent se résigner assez facilement à cette perte.
M. Charcot a pu constater avec plaisir que les filets de ces pauvres bêtes sont excellents ; leur viande rappelle celle de mulet. Elle est un peu ferme, rouge foncé et ne sent pas du tout le poisson, ce qui tient évidemment à ce que les Pingouins se nourrissent exclusivement de toutes petites Crevettes.
Les Pingouins, imbibésd'huilecommeilsle sont, brûlentadmirablement bien, os, chair, plumes. Pour le Phoque comme pour le Pingouin, d'ailleurs, la graisse se trouve immédiatement au-dessous de la peau et, chez les premiers, atteint de 10 à 20 centimètres d'épaisseur; c'est un véritable manteau dont la nature les a doués ; les muscles et autres organes en contiennent au contraire extrèmement peu. Débitée par pelits cubes, elle brûle facilement, donnant une chaleur très vive, avec une odeur pénétrante et écœurante.
Les chiens, au cours de l’'hivernage du « Français », ont tué plusieurs centaines de ces Oiseaux, sur lesquels ils se précipitaient avec férocité, et pourtant ils laissaient leurs cadavres gisant là où ils les avaient surpris.
Les ennemis les plus dangereux de leurs colonies sont les Üss/raga gigantea, toujours aux aguets pour chercher à voler un jeune ; les Chionis alba, qui savent si bien voler les œufs, et les WMegalestris antarctica, qui aiment et les jeunes et les œufs.
Quand les Manchots sont sur l’eau, les Léopards de mer (Ogmorhinus
leplonyx) en détruisent de grandes quantités.