‹ Oiseaux de passage: rimes fantastiques, rimes d'ébèneChapitre 45 sur 46 · CHUTE · texte numérisé non relu

CHUTE

Oh ! n'insultez jamais une femme qui tombe!

Victor Hugo.

Toi qui marches hagarde et blême, Sans ton époux, n'ayant plus même Ton fils : — il serait un soutien.

S'il ne dormait au cimetière, Près d'une croix, sous une pierre, — Je plains un sort comme le tien !

Ange de la désespérance,

Tes traits, flétris par la souffrance,

142 Rinies d'ébèue.

Sont fins et gracieux encor ; Et, sur ta gorge immaculée, — Reste d'une aisance envolée, — Rayonne une chaînette d'or.

Flairant la Faim dont les tenailles Déchirent tes maigres entrailles, Voici venir un grand flâneur:

Le rire à la lèvre, il t'affronte; Et t'offre, sans rougir de honte.

Avec le pain, le Déshonneur.

Te roidissant contre l'injure,

O femme, tu peux rester pure,

Et lutter avec l'âpre sort !

Tu peux reculer, chaste et fière;

Tu peux dire à cet homme : « Arrière !...))

Et n'as-tu pas ta chaîne d'or ?

Mais ce joyau, — pensée amère! — Pauvre malheureuse, ta mère Te l'offrit d'un air triomphant.

Le jour où,, debout auprès d'elle.

Tu sentis dans ton sein fidèle Tressaillir ton premier enfant !

Chute. 143

Oui, deux substances combinées Dans ce bijou sont enchaînées :

De rOr avec un Souvenir !...

Le joaillier dirait: « Mélange !

i< Fi de cet alliage étrange !

« Il ne saurait me convenir ! »

La Débauche frappe à ta porte.

Oh ! c'en est fait: ta faim l'emporte ;

Et soûle d'avoir tant pleuré,

Tu livres, vaincue, à l'infâme

Ta poitrine que gonfle, 6 femme,

Un grand souffle désespéré !

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