‹ Oiseaux de passageChapitre 25 sur 44 · CE QUE DISAIT LE FOL D'AMOUR · texte numérisé non relu

CE QUE DISAIT LE FOL D'AMOUR

Que ton amer dédain fait mal, ma chère Vie! Avale donc plutôt, hurlante, inassouvie,

Mon cerveau, ma chair et mon sang !

Ma chair deviendra tienne, et mon sang qui s'écoule Battra, lascif et fier, — tigresse qui roucoule, —

Dans ton cœur féroce et puissant !

Q.ue ma pensée alors se mélange à la tienne ! De ton festin barbare afin qu'il te souvienne. Renaissant dans ton sein, parfois je rugirai:

104 Rimes d'ébène.

Et parfois, quand le Bal te sacrera sa reine, Je mettrai le frisson sur ta lèvre sereine, Et, lugubre, j'y sourirai !

Tu restes insensible à ma sombre prière !

Tu dis : (c Vous vous moquez ! » — O déesse de pierre,

Je te contemple avec effroi !

Je ne me moque pas! non! non! tu peux me croire! Plutôt mourir percé des dents de ta mâchoire

Que des flèches de ton œil froid !

Tu veux m'assassiner lentement, à ta guise. Ta main sur ma poitrine et sur mon cœur aiguise L'inévitable fer dont ils seront blessés. O grâce ! ton regard glacial me dévore ! Ne me regarde plus!... tu regardes encore !.... Pitié donc ! pitié ! c'est assez !

O Femme!... Être marqué d'un infernal stigmate, Tu n'es que le stupide et charmant automate

Dont le propre est de déchirer Le cœur saignant de ceux que hante avec mystère L'amour du Féminin; — et l'Homme, sur la terre,

N'est qu'une machine à pleurer !

Page 1