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LA MORT DE MARS

Dans ces temps cruels et funèbres Où du globe on fait un enfer; Tandis qu'à travers les ténèbres Brille encor le glaive de fer;

Tandis que la Guerre — une reine — Une reine que l'on n'a point Détrônée, — est debout, sereine, Le casque au front, l'épée au poing ;

100 Rimes d'ébène.

Verrons-nous toujours, ô Génie, L'Art étaler ses floraisons Sur notre terre rajeunie?....

Au milieu des exhalaisons

Du sang humain et de la poudre, Une fleur peut-elle s'ouvrir?

Au fracas brutal de la foudre.

Elle se ferme pour mourir!

Hélas! que dis-je? Elle se ferme....

Plût au ciel qu'il en fût ainsi!

Mais non! — L'Art verdoyant renferme Trop de force et de sève ; — aussi

Parmi les horreurs criminelles,

— Fumier très-gras, quoique malsain — Il répand ses fleurs éternelles;

Mais il se corrompt : — un essaim

Butine aux corolles vermeilles Où jadis il a butiné... .

— Prenez garde, pauvres abeilles !

Votre miel est empoisonné!

La mort de Mars. loi

Le tertre où s'étalent, Génie, Ces végétaux au suc puissant, Est fait de chair et de sanie, D'ossements pourris et de sang !

Ce tertre, c'est le Réalisme, Détritus des siècles guerriers!

L'Idéal a brisé son prisme

Et sa couronne de lauriers.

Les terres reçoivent sur elles Un engrais toujours renaissant :

Le tribut des morts naturelles N'est-il pas assez nourrissant?

Oh! quand viendra le jour de gloire Où l'Esprit, calme et radieux.

Aura remporté la victoire Sur le plus atroce des Dieux ;

Quand de l'Olympe, où trône encore Sa Fureur, Mars précipité.

Broyé sous l'armure sonore, Verra tomber sa royauté ;

Rimes d'ébène.

Le monde pourra, d'âge en âge.

Plein de sève et baigné d^azur, Bien qu'alors sevré de carnage, S"épanouir comme un lys pur;

Et l'Art, conforme à la Nature, Fleurira, plus éblouissant, Sur un sol dont la nourriture Est autre chose que du sang!

^^f^tur

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